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Chronique : Vald – Xeu

Retour sur le deuxième album du rappeur du 93

Au moment de recevoir Xeu, environ un an s’est déroulé depuis la sortie du premier album de Vald, Agartha. Les avis ont bien évidemment divergé sur ce disque, mais une chose est sûre : ce fut un projet important. 2017 a été marqué par la confirmation de nombreux rappeurs considérés comme de grands espoirs : Niska, Damso, et bien évidemment le jeune blanc du 93. Son album est sorti tôt dans l’année, mais il a su l’exploiter parfaitement avec de nombreux clips et un retournement massif des festivals francophones. C’est à la fin de cette année productive qu’il a annoncé son nouvel album. Après un projet aussi créatif qu’Agartha, l’attente est grande. Le personnage Vald est bien installé, le rappeur est pris au sérieux, le MC n’a pas le droit à l’erreur mais cela ne semble pas l’inquiéter tant la communication autour de Xeu est minutieuse. Internet attendait la cover et faisait de nombreuses hypothèses, le contrepied est pris : pochette blanche ultra minimaliste. Le rappeur avait parié pour un leak de l’album 13 jours avant sa sortie : c’est finalement une compilation de sons non-mixés qui se retrouvent sur la toile. C’est pendant cette période de promotion active que j’ai pu écouter et analyser le second album de Vald. Le rappeur a avalé son cachet d’ecstasy, chroniquons Xeu.

 

1. Primitif : On commence sur les chapeaux de roue, le rythme est effréné mais Vald ne s’énerve pas tant que ça. La pilule commence à faire son effet et le coeur s’accélère sur fond de synthétiseur loopé. Le côté primitif se fait ressentir et se traduit aussi dans la performance du MC : seulement du rap, pas d’effet comme sur les premières maquettes. Pas de personnage étrange ni de scénario ici, Vald rappe ce qu’il pense vraiment : « Arrêtez les larmes c’est pathétique, arrêtez de vivre dans une tragédie, visez autre chose que les Assedic »Une intro étonnante dont j’ai trouvé l’intérêt après plusieurs écoutes, excellent morceau.

 

2. Seum : La violence est présente, le Xeu fait son effet et envahit le corps de Valentin. Le flow est saccadé, la voix est agressive. Cela colle parfaitement à la prod sombre à souhait, mais j’ai beaucoup de mal avec ce morceau. Un peu trop répétitif , assez linéaire de la prod à la rythmique du flow. Pas un mauvais morceau mais clairement pas un highlight de l’album.

« Licence de maths-info m’sert à rien, je travaille pas
J’reste tranquille, je racaille pas, j’reste sous l’drap, comme KKK »

 

3. DQTP : Là, c’est un immense oui. Si on doit comparer avec le précédent morceau, tout est bien mieux exécuté et plus créatif. La prod est davantage travaillée, et Vald glisse parfaitement sur celle-ci. Les flows sont variés et surtout il ne force pas sur sa voix, c’est beaucoup plus agréable. Puis bon, là le cachet fait vraiment effet et on n’est plus dans la haine pure comme sur Seum. Ici la pilule a décuplé ses forces, sa plume est tranchante et percutante comme jamais : « Ta putain de pute t’as quitté, au fond d’la classe agité, pour détailler t’as vrillé … Ces putains de thèmes j’en peux plus, parle plus de ça où j’t’encule, même si c’est pour faire un tube ». En plus, il utilise l’argot du sud alors cela peut que me plaire : « J’parle d’amour et de liberté, à chaque billet j’dis mercé ». Ça cogne à volonté donc je suis ravi !

 

4. Possédé : Ca s’adoucit et on ne dit pas non, ça fait du bien , surtout quand c’est bien fait. Le refrain est très simple mais la mélodie fonctionne parfaitement. Puis c’est tout de même impressionnant de sentir comment Vald maîtrise ses couplets, il n’y a jamais de remplissage. Quant à l’instru, elle laisse toute la place au rappeur pour tester des mélodies. Un très bon morceau.

 

5. Chépakichui : Après Kiétu, Vald donne une réponse à Damso avec un nouveau banger. Il est différent des deux premiers mais terriblement addictif. Comme depuis le début du projet Seezy fait plus que le taf et le MC lui fait honneur avec flow et punchlines une nouvelle fois affutés : « Ils font même pas de rap, ils dansent que la kizomba, ils parlent de trap maison qu’ils ont pas, bref disons qu’ils ont mal ». Ca sonne terriblement bien, la digne suite de Mégadose.

« Tout p’tit, j’me branlais sur la 4, aujourd’hui encore sur le plateau, je me branle sur la 4 »

6. Résidus : On change totalement d’univers sur une instrumentale gigantesque. Nous ne sommes pas dans la mélancolie mais plus dans le pessimisme. Vald alterne entre les lancinantes phrases étirées et les accélérations coupées par des « salope ». On se laisse facilement bercer par le violon et le piano de la prod, une promenade aux saveurs de pilule d’ecstasy mal passée. Très grand morceau. « On dira quoi aux gosses ? Qu’on a bien essayé? … »

 

7. Jentertain : On a un peu l’habitude, mais ici Vald fait le con. Cela colle bien avec la prod trap qui a des sonorités limites ‘drôles’. Le morceau est cohérent mais le flow répétitif du rappeur commence un peu à s’essouffler au bout de deux minutes. Ce n’est pas un moment fort du projet, mais ça se laisse écouter dans le fil de Xeu.

 

8. Rituel (feat. Sirius) : L’énergie que dégage ce track est vraiment énorme. Typiquement le son qu’il faut écouter quand t’es en retard et qu’il faut accélérer la cadence. C’est une nouvelle fois la prod de Seezy qui donne cette impression, mais Vald nous sort deux couplets techniquement parfaits. Sirius clôt le morceau avec une apparition très intéressante et qui prend la continuité du flow Valdesque. C’est énervé mais ça change des autres sons trap, excellent son.

 

9. Désaccordé : Clairement le morceau le plus addictif du projet. Tout glisse parfaitement, le flow est mélodieux, la prod cogne comme il faut mais pas trop non plus. Mettre Désaccordé en premier extrait de l’album est une excellente idée. Puis dans l’album elle est extrêmement bien placée. De plus, cela va sans dire que la technique du rappeur est impeccable, sans trop en faire. Des schémas de rime moins compliqués que sur Rictus, mais redoutablement efficaces. Ah ouais ouais ouais !

 

 

10. Gris : Lors de ma première écoute du projet, ce n’est pas ce son qui m’a frappé. Mais dès la seconde je me suis rendu compte de la puissance du morceau. On est clairement sur la meilleure partition de l’album, et dans mon coeur se place en tout en haut des morceaux de Vald. Il n’en fait pas trop dans les couplets, pas d’effet de voix, juste du rap extrêmement bien maîtrisé. Puis quel refrain, une véritable explosion de mélodies, saupoudrée d’autotune tonitruante. Le tout sur une prod à la hauteur de la performance du rappeur, bravo Sirius. C’est mélancolique mais c’est tellement bon que ça me donne forcément le sourire. Le cachet d’ecstasy donne à ce moment là le meilleur de son potentiel.

 

 

11. Réflexions basses : Après Strip où Sullyvan narrait une soirée dans un stripclub qui tourne mal, il passe une soirée tranquille avec son acolyte AD. Entre les dialogues tendus avec le serveur, Vald rappe littéralement ses réflexions basses, tout ce qui l’obsède et le rend en quelque sorte malheureux. Pas de montée en pression dans l’instru, tout est dans le flow du rappeur, qui va même faire un troisième couplet en kickant ivre. Très grosse performance de Valentin sur une prod qui colle parfaitement au thème. Décidément, cet album est très personnel.

 

12. Offshore (feat. Suikonblaz AD) : Pas vraiment de thème sur ce morceau mais la vibe est vraiment excellente. Le flow chanté du fidèle compagnon de route de Vald est très agréable. Les deux rappeurs se complètent vraiment, ils ont tenté autre chose que la violence de Blanc, et ça marche parfaitement.

 

13. Ne me déteste pas : Mais c’est trop court ! La digne suite de Selfie et Ma meilleure amie, mais à peine une minute c’est trop peu, on a pas le temps de rentrer dans le son, c’est dommage. Certainement le court effet « love » de l’ecstasy.

« Comment j’peux te faire confiance tu te vantes de surveiller l’ennemi devant ton propre miroir »

14. Rocking Chair : Ah ça y est, le Xeu donne des hallucinations à Vald : « J’arrive à dos d’T-Rex, avec ma coquine d’Aix, on efface tout quand je crache j’ai trempé ma bite dans un pot d’Tippex » Mais ça ne l’empêche pas de rapper bien au contraire, il en est plus imaginatif et va tenir la même rime sur le morceau en entier ! C’est fort ! Quand Sullyvan se prend pour une rockstar ça marche parfaitement, un des meilleurs sons de l’album !

 

15. Dragon (feat. Sofiane) : Les hallucinations continuent et ont même touché Fianso, son invité. Ils voient des dragons partout. Plus sérieusement, ce dragon est excellent et les deux rappeurs ont évité la facilité. Kicker un couplet chacun avec des multisyllabiques qui dragonnent bien aurait été un bon dragon, mais peut être trop attendu. Ici, pas de fast flow inutile, mais un détournement continu du mot « dragon ». C’est dragon, la prod dragonne à souhait, les dragons ont innové, que demander de plus. Quel excellent dragon !

 

16. Deviens génial : Final en apothéose. L’ultime sensation du cachet où tout explose dans le bonheur le plus total. Un morceau hymne qui pourrait passer dans les plus grands festivals d’électro. Y’a pas le choix, pour être aimé des autres faut emprunter le chemin de l’hypocrisie et devenir ce que la majorité des gens apprécient, un message cynique sur une instru qui respire la joie. Très surprenant à la première écoute, mais c’est une vraie réussite pour conclure cet album.

 

Avant de rentrer dans une analyse plus poussée, il est impératif de dire que ce second album de Vald est une franche réussite. Certes il y a certains défauts, des morceaux moins intéressants que d’autres. Je pense notamment à Seum ou Jentertain qui s’avèrent un peu répétitifs. Mais il y a également de vraies perles : DQTP pour le turn-up, Réflexions basses pour l’originalité, Gris et Résidus pour l’introspection. La grande majorité des productions sont de qualité, parfois simples mais efficaces comme Désaccordé, d’une puissance inégalable sur Gris, ou dans un autre registre que le rap sur Deviens génial, très gros travail de Seezy. En plus des 13 solos de Vald, les trois featurings sont excellents, cela ne se résume pas seulement qu’à un couplet ou un refrain, tout le monde s’est creusé la tête pour réussir les sons. Le rappeur a avalé son Xeu et s’est vu passer par toutes les sensations dues à son ingurgitation. Le bonheur, les hallucinations, la mélancolie, le talent décuplé, la rage, tout y passe dans un ordre plutôt cohérent : la montée sur l’intro Primitif, le climax sur Désaccordé et le bonheur des derniers instants sur l’outro. Agartha était une exploration de tout ce que Vald savait faire, ici c’est différent. Le cachet d’ecstasy à l’intérieur de son corps a permis au rappeur de plus se livrer, d’être beaucoup plus sérieux dans sa démarche de rappeur. Cet album est bien plus personnel que son prédécesseur, tout en gardant ce qui caractérise le MC : folie diversifiée et technique encore plus implacable. Meilleur que le précédent donc ? Chacun se fera son opinion, mais il va de soit que ce nouveau projet est un excellent opus dans la discographie de Valentin. Il a su se renouveler avec brio et espérons pour lui qu’une de ses réflexions basses se réalise : « Le disque de platine c’est de l’étirement ».

Note : 16/20

hugo@vrairapfrancais.fr

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