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Chronique : Usky – Porte Dorée

Retour sur le premier volume de "Porte Dorée"

Le Husky est originaire de Sibérie Orientale, la légende dit que le Husky est né de l’union de la lune avec un loup. Le Husky est donc un animal aux yeux clairs ayant évolué dans un environnement glacial, il peut être à la fois sauvage et accepter la domestication pour vivre en communauté. Cet avant-propos permet de mettre les choses en perspectives dans ma volonté d’analyser la musique ainsi que la complexité du personnage U$KY jeune rappeur de 25 ans issu de la Porte Dorée. Son premier projet Mojo avait déjà fait du bruit dans le microcosme hip-hop. L’image qu’il dégageait dans ses clips ainsi que sa manière si singulière d’interpréter ses titres en live en faisait déjà un rappeur atypique. La quête d’authenticité et la volonté de se différencier de la masse est le défi de tout individu, dans l’industrie du rap cette quête est une nécessité vitale. U$KY l’a bien compris et avec son deuxième projet « Outsider » sorti l’année dernière il expérimente d’autres sonorités afin de mieux affiner son style mais également avec la ferme intention de se mettre dans la posture de rookie aux dents aussi longues que son alter égo de Sibérie. Il revient en mars 2018 avec le projet « Porte Dorée » pour un retour aux sources sur ses terres ou pour une nouvelle expérimentation musicale? La réponse se trouve dans le projet.

 

1. Saori : Sur une prod grandiloquente signé Jackflaag Usky arrive avec autorité dès le premier morceau de son projet. Le titre est puissant et une atmosphère mélancolique se dégage avec notamment cette phase plein d’amertume «j’finirai seul avant de claquer» ce qui n’empêche pas à l’auditeur de s’ambiancer avec un refrain simple mais efficace. Sûrement l’un des meilleurs titres du projet.

 

2. Pour ça : « j’ai peur de finir en martyr dans ma ville » derrière cette phrase presque terrifiante on pourrait penser que U$KY veut à nouveau faire un morceau d’une grande tristesse. « Pour ça » est pourtant un morceau club avec une nouvelle fois un refrain d’une efficacité redoutable, assurément l’une des forces de l’artiste.

 

3. Kathy : A l’image de ce que peuvent faire une grande partie de la nouvelle génération aux Etats-Unis avec ce titre U$KY est avec ce titre à mi-chemin entre le rap et des sonorités plus rock. Cette ouverture musicale n’empêche pas l’artiste «d’être dans le Tieks». Le morceau est audacieux et pourtant très bien exécuté.

 

4. Jon Snow ft. Monsieur Nov : Monsieur Nov comme à son habitude apporte ses spécificités et sa voix si singulière pour un featuring de grande qualité qui rend un vibrant hommage au héros Game Of Thrones, le tout sur une prod vraiment particulière entre le RnB et la musique électronique.

 

5. Talon : Dans une atmosphère suave U$KY fait une véritable déclaration d’amour à une femme en particulier ou de manière générale à la gente féminine. Il évoque avec talent les bienfaits de l’acte sexuel. Le titre est une nouvelle fois une réussite car romantique mais pas niais caractéristique qu’on pouvait reprocher au RnB français dans les années 2000.

 

6. Côté : Avec ce titre l’artiste revient sur une prod plus en phase avec les standards du rap actuel et proclame qu’il veut «faire du sale». Ce titre est une nouvelle fois pour l’artiste, un prétexte pour affirmer sa différence avec le reste de la meute notamment au niveau de l’interprétation.

 

7. Patio : « J’suis dans le patio » c’est avec ces mots que U$KY sort du quartier mais revient pourtant avec violence et affirme sa virilité sur un titre qui fera plaisir à ceux et celles qui aiment bouger dans tous les sens sans réfléchir à la portée des mots. Assurément un titre à interpréter en live devant un auditoire en transe.

 

8. Puff Daddy ft. Some-1ne: Cette fois l’artiste revient avec brio dans le club. On sent une certaine confiance dans son interprétation. «J’suis à deux doigts de crier victoire» on ne peut pas être plus confiant. Ces sonorités peuvent surprendre le public rap mais cette prise de risque est en corrélation avec l’évolution du rap et une nouvelle fois très bien réalisé.

 

9. Môme ft. Icon : Dans un featuring avec un artiste anglophone U$KY est dans une démarche une nouvelle fois d’ouvrir sa musique avec des sonorités audacieuses et nous relate sa relation avec une femme ayant déjà un enfant. Ce thème n’a jamais été exploité par la concurrence, le titre est donc d’un grand intérêt.

 

10. Rodéo : « j’rêve d’une fille qui m’aime pas » U$KY dresse le tableau d’un homme désabusé qui souhaite juste  faire du Rodéo sur Porte Dorée. Sur une nouvelle prod de qualité, la mélancolie prend le dessus sur l’artiste.

 

 

11. Jimmy Hendrix : Avec une prod planante et une utilisation de l’autotune très prononcée , l’artiste rend tantôt un hommage à sa mère, tantôt à Jimmy Hendrix à qui il se compare. Rien que ça ! Le titre vous emmènera dans des contrées lointaines ou dans vos songes.

 

12. Tema le boss : «plus tu t’en bat les couilles, plus ça plaît» cette phase résume bien le morceau. U$KY y rappe avec conviction et veut s’imposer comme un boss. Sur une prod qui ravira un public avide de turn up.

 

13. Agathe Auproux : Ôde à la chroniqueuse de TPMP qui monte, ce morceau est une réponse à une polémique ayant eu lieu sur Twitter. Répondre en musique est souvent une bonne initiative, ce titre en est la parfaite illustration.

 

Avec ce projet U$KY s’affirme comme un outsider sérieux dans ce milieu ultra concurrentiel. Les productions sont denses et de grandes qualités. L’interprétation du rappeur est vraiment particulière et il réussit à imposer un style rarement entendu en France. Les influences du rappeur sont nombreuses entre Travis Scott en passant par Tory Lanez. Il réussit néanmoins à donner une identité à sa musique qui est un savoureux mélange de rap, de RnB, de sonorités électroniques et rock. Le parti pris de proposer une musique très orienté US est assumé et ressemble au moins dans l’initiative à ce que propose un groupe comme 13 Block. Un projet à écouter sans modération. Usky matérialise l’effondrement des barrières musicales, les frontières existantes entre les différents genres musicaux n’existent plus dans le rap version 2018. On ne va pas s’en plaindre.

15/20

 

majoie75@hotmail.fr

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