Chronique rédigée par Etienne.

Faisant son entrée dans le rap français avec le projet « Mojo », sorti en 2016, Usky confirmait l’essai en 2017 avec « Outsider ». Il sort ensuite de premier volume de sa trilogie « Porte Dorée » en 2018, un projet portant le nom du quartier dont il est originaire, dans le 12ème arrondissement de Paris. Après un deuxième volume en 2019, Usky est de retour avec la saison de trois de « Porte Dorée ».

« Silence » et « Saigne encore » ouvrent le projet sur des ambiances plutôt mélancoliques. Il y évoque l’amour et la violence, la déception « depuis tout petit », ou encore l’idée de sortir un dernier projet avant de « s’arracher ». Sur « Stone » il pousse un peu plus loin sa proposition mélodique, ainsi que
sa description de l’amour et de ses dangereuses influences.
« Dur à dire » est sûrement l’un des titres les plus réussis. Il semble en effet donner sa pleine mesure dans le registre de la ballade vaporeuse. Le featuring de Denza apporte un joli complément vocal au flow d’Usky.

L’efficace « Addiction », au beat légèrement grime, ouvre une seconde phase du projet, où Usky revient au rap. Sûrement de quoi assurer un bon turn up. Avec « Paris c’est Gotham », il accélère un peu le tempo. Sur une production aux accents house diablement entraînante signée Soulker, il donne de sa personne, emportant la mise. Le résultat est là : un banger parfait pour les clubs. Dur de dire s’il se voit plus du côté de Batman ou du Joker.. Chacun sera libre de se faire son idée, en lisant entre les lignes, une fois immergé dans l’univers musical de Usky. Mais nous retiendrons de ce titre qu’il pourrait bien donner une idée de ce qui pourrait constituer le pouvoir spécial de l’artiste.

Si Usky cultive un personnage au goût certain pour l’esthétisme lugubre et les sentiments ambigus, il sait aussi livrer quelques éléments clé de sa personnalité, par exemple quand il rappe préferer Alain Bashung à Lil Pump, à l’entame de « Confidentiel ». On peut alors se dire que son horizon
musical est au-delà du rap. Ou plus simplement, on peut n’y voir là que l’évidence d’une filiation cachée, en se rappelant que Bashung doit au rap français une de ses plus belles mélodies (si vous ne vous en rappelez pas ou ne l’avez jamais su, allez lire notre interview de Raphaël Malkin juste ici.)

Sur « Dark angel », Usky convie Monsieur Nov, qui apporte tout son savoir-faire vocal, pour un pur moment RnbB, sur une prod’ de We Are Major. De quoi revenir à une ambiance de « lover », qui reste dominante sur projet. Avec « Des pluies et des cendres », il renoue avec son personnage romantique. Un titre réussi, qui n’apporte toutefois pas grand chose de plus, par rapport aux premiers titres du projet. Néanmoins, il saura plaire à ceux et celles des auditeurs qui goûtent les joies de la tristesse planante et le réconfort subtil qu’on peut trouver dans un certain « lâcher prise » émotionnel.

Mais Usky a su réaliser un album bien structuré, et éviter le syndrome du « ventre mou ». Le titre suivant, en featuring avec K.point, apporte une autre couleur musicale, plus aérée. S’ouvrant sur quelques notes de guitare marquant la signature de K.point, le titre parlera aux amateurs de loveries légères. Il enchaîne ensuite avec un « Douce folie », featuring Doxx. Sûrement un des meilleurs titres, où il conjugue écriture nuancée et mélodie efficace. Le tout sur un support musical composé par le jeune Ysos, qui s’est notamment fait remarquer en travaillant pour Scylla, Gambi ou encore Ninho.

Après « Reset », Usky finit avec une version remix de « Addictions », où il convie une équipe qui envoie une série de flows placés comme un upercut dans le plexus (Cinco, Tengo John, Beeby, Ouenza et Eden Dillinger). Le titre touche sa cible, par une énergie où on ressent toute l’émulation qu’a pu provoquer ce rassemblement.

En somme, cette nouvelle saison de Porte Dorée est globalement une réussite. Si on se dit parfois qu’Usky pourrait certainement aller plus loin pour se démarquer du reste du rap français, il est néanmoins arrivé à un niveau montrant qu’on va devoir continuer à compter sur lui.

Sur ce nouveau projet, il semble de plus en plus à l’aise mélodiquement, mais se permet aussi de sérieux virages vers des flows rappés. Une manière de ne pas se laisser enfermer dans la case d’un rappeur mélancolique. Alors que « Porte Dorée 2 » était essentiellement imbibé de sonorités rock, avec de nombreuses incursions de guitare, il était également porté par une seule tonalité : profondément mélancolique.

A tel point qu’il nous expliquait en interview avoir dû pas mal secouer ses souvenirs personnels, au point d’atteindre un état de mélancolie assez avancé, en cohérence avec sa dynamique artistique. Surtout, des titres comme « Bonnie », « Dur à dire » ou encore « Des pluies à cendre » montrent sa capacité à aller plus loin dans une forme de chanson qui doit beaucoup au rap.

Au final représentatif d’une époque où il est de plus en plus difficile d’élaborer des classements musicaux étanches, Usky affine son style, qui pourrait évoquer par moments ceux de Post Malone ou encore Travis Scott, d’un point de vue musical. Mais qui peut à tout moment casser l’ambiance, ou la remettre avec des morceaux punchy comme « Paris c’est Gotham » et « Addictions », parfaits pour rappeler qu’il reste un véritable rappeur.