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CHRONIQUE: TSR CREW- PASSAGE FLOUTÉ

Notre avis sur l'autre groupe emblématique du 18ème arrondissement

Le TSR Crew, c’est 3 rappeurs du 18ème arrondissement de Paris : Hugo, Omry et Vin7. Le TSR Crew, c’est aussi 2 albums : le dernier À QUOI ÇA RIME ? est sorti en 2007… C’est donc 8 ans plus tard que le trio revient avec PASSAGE FLOUTÉ. Bon, comme à mon habitude, je ne vais pas y aller par quatre chemins : je n’écoute pas le TSR Crew, je ne suis donc pas de celles qui portent Hugo dans leur cœur… Non pas que le groupe soit m***, non pas du tout : je reconnais le talent d’écriture et de technique mais ce n’est pas MON rap, comme on dit. C’est donc avec un certain a priori que je commence cette chronique, a priori qui, comme a mon habitude, est susceptible de changer !

 

1/ Intro : Un florilège de passages de films, entrecoupés de « TSR CREW ! » martelés. Bon, je ne me suis pas trompée d’album, c’est déjà ça…

 

2/ Le silence se tait : Un titre dynamique, le groupe nous met dedans direct ! La forme est bonne : la prod est punchy, le refrain est bon, il doit même tout arracher en concert ! Dans le fond, les 3 couplets sont carrés, un texte simple, un thème prédominant : le silence se tait, le lien se fait nettement dans le refrain « Si le Rap meurt c’est que l’auditeur est devenu scatophile ».

 

3/ Tu connais le tarif : Le groupe nous avait dévoilé cet extrait il y a quelques semaines… La même identité que le titre précédent : 3 couplets carrés, un refrain TSRCrewisé, une prod intéressante. Le fossé se forme entre Hugo et les deux autres, chose que je ne trouvais pas sur « Le silence se tait » : le couplet de Hugo dans sa façon de poser est meilleur que ceux de Omry et Vin7 mais leur écriture est également très bonne. Par contre, je suis loin de m’être pris une claque…

 

4/ Seum drogue millionaire : Je pense que c’est le seul son de l’album qui m’a mis une claque justement : whouaaaa, la prod m’a portée tellement loin, ce sample de voix, ce violon (ouais, ça commence à se savoir que ce genre de connexion me touche graave, ahahah). Et mon problème commence : je ne sais pas si c’est parce que la prod est à ce point incroyable ou si le TSR Crew n’arrive pas à me captiver mais il a fallu que je me concentre pour que je suive le texte… La forme, un extrait de Fight Club comme intro, un titre reprenant le titre du film Slumdog Millionnaire : le groupe est cinéphile… Le fond, des couplets carrés avec de la technique : « Glaçon dans la rétine, sans raison la rue tue car ici la roue tourne moins vite que la routine… »

« Glaçon dans la rétine, sans raison la rue tue car ici la roue tourne moins vite que la routine… »

 

5/ Bloc opératoire : Une autre prod super lourde ! Et oui, une boucle de piano, du violon, un sample de voix sur le refrain, ahaha ! « Ça opère au fond du block mais ça sauve personne : les problèmes de santé jouent les sponsors pour les ambulanciers ». Le champ lexical du domaine médical donne beaucoup de force au morceau et au thème : témoignage de leur vie quotidienne avec la métaphore et l’image de la maladie, très bon délire ! Je trouve Omri un peu en dessous mais les 3 envoient du bon texte : on sent Hugo plus à l’aise dans le flow. Très bon morceau !

 

6/ Sans sommation, pt. 1 : Aïe, aïe, aïe !! Mais cette prod, je pourrais en pleurer, j’crois ! Une simple ritournelle de piano, une mélodie de dingue, la dernière note est ouf ! Bref… Ptn, en écoutant, j’ai même pas capté ce que disait Omry, ça commence à devenir mon habitude sur cet album… J’ai du mal avec son flow, son ton est linéaire, on n’y croit pas, on s’ennuie, il ne nous porte pas alors que ses textes – celui-ci notamment – sont très bons ! C’est un peu dommage, un peu frustrant mais j’adore ce titre malgré ça, et ce en graaaande partie grâce à la prod…

 

7/ Champs de vision : Un rap basique, sans prétention : un flow qui découle, un refrain sur la même lignée… Témoignage de leur vie quotidienne dans le 18ème. J’vais faire hurler les fans de Hugo, les TSR Crewtistes validés mais sérieux, c’est linéaire… Même le passe-passe entre Hugo et Vin7 est linéaire, c’est dingue. En plus, la prod est po-sée… Pas de frappe, je percute pas le délire : attention, ce n’est néanmoins pas « nul » mais il se passe rien, c’est relou…

 

8/ Ici : Une très belle mélodie, une danse mélancolique entre le piano et le violon, magnifique ! Description de la vie quotidienne, de la jeunesse française : pas forcément dans le 18ème arrondissement de Paris, tout le monde peut s’identifier aux propos d’Hugo. Un one shot, comme un freestyle : les refrains découlent sur les couplets. Du Hugo tout craché : j’ai l’impression d’écouter FENÊTRE SUR RUE, son 2ème album. Ce titre y aurait eu sa place : musicalité, flow et message semblable, l’univers d’Hugo dans toute sa splendeur !

 

9/ Montgolfière : Ptn, ils ont osé… Ils l’ont fait… Associer le mot « montgolfière » à une personne qui prend la grosse tête… Je suis outrée, c’est pas sérieux, on passe au prochain titre…

 

10/ Sans sommation, pt. 2 : Impossible de ne pas comparer les 3 titres « Sans sommation » et la partie 2, interprétée par Vin7, est nettement en dessous de la 1ère, par Omry : la musicalité me touche moins et le texte est moins bien écrit, il n’y a aucune plus-value ; Vin7 ne nous amène nulle part. Dans la technique, rien à dire : le flow est là, c’est carré mais le texte est vide…

 

11/ Crimes et sentiments : Titre avec deux références de choix : le livre « Crime et Châtiment » de Dostoïevski pour le titre et un extrait du film « La Haine » de Mathieu Kassovitz pour terminer le morceau. Une très bonne prod, du violon ahahah ! Et puis, un thème : le crime passionnel dans un couple, dans une embrouille entre amis, le côté irréversible des sentiments de haine et d’agressivité dans une relation… Omry commence et se fait littéralement écraser par Hugo, beaucoup plus à l’aise dans le flow. Ça se repose quand Vin7 prend la parole à son tour : malgré tout, les 3 textes sont carrés, bon titre !

 

12/ J’prends de l’âge : Encore une très belle prod, du piano, des cordes ! Omry se laisse aller, c’est son solo : un texte sérieux, grave, avec beaucoup de réflexion « J’parle en la mémoire d’mes parents panafricains ». Un hommage, en dénonçant la période esclavagiste qu’a subi le continent africain et ses conséquences aujourd’hui : « Leurs politiques de voleurs font plus de mal qu’Ebola, remettre en cause leur humanisme, j’ai peut-être tort mais ma tête tourne entre l’esclavage et la Venus Hottentote ». Un texte lourd, comme je les aime mais on ne croit pas en Omry : c’est monotone et c’est bien dommage pour tant de dénonciation ! « Tu sais, notre ignorance un jour on l’paiera cher ». Un interlude lourd de sens aussi signé Thomas Sankara : « Tant pis si par moment le langage est un peu cassant. Mais c’est langage de la vérité et la vérité est révolutionnaire ! »

 

13/ Bouteille à la Seine : Reprise de l’expression « bouteille à la mer », en lien avec leur quotidien parisien. J’aime beaucoup ce titre car TOUT se tient : le titre et les messages ! Le champs lexical de la mer dans tout le 1er couplet interprété par Hugo « Pas d’coquillages, j’essaye d’entendre les vagues du fond d’une canette vide ». Omri, lui, joue sur l’angle de l’échec, au hasard comme quand on jette une bouteille à la mer « Voyez, à force d’être en galère, j’ai l’pied marin […] Mon rap : une bouteille à la Seine qu’on jette salement » et Vin7, angle sur le mot bouteille : on noie l’échec, ce côté aléatoire avec l’alcool « Oui la chute est trop rapide, la bouteille faut que je la vide : c’est pas une thérapie, c’est pas pour être sauvé que j’écris… » Très beau titre !

« Oui la chute est trop rapide, la bouteille faut que je la vide : c’est pas une thérapie, c’est pas pour être sauvé que j’écris… »

 

14/ Sans sommation, pt. 3 : Au tour d’Hugo, bonne prod, plus dynamique que les deux autres : lui aussi, beaucoup plus à l’aise, son texte découle avec aisance. Un texte rempli de références de films: « Vol au-dessus d’un nid de coucous », « Kill Bill » ou encore « Retour vers le futur ». Une écriture digne de Hugo, et c’est seulement la 1ère fois que je la retrouve sur cet album et c’est assez triste « C’est l’asile ou la taule, la nuit j’m’envole au dessus d’un nid de coucous » Très bon !

 

15/ Savane sur du ciment : Prod lourde et sombre, texte sur la vie dans notre société : l’individualisme, le chacun pour soi, le fait que certains vont tout faire pour réussir, quitte à écraser les autres : notre côté animal prend le dessus. Champ lexical de l’animal, c’est la jungle ! Bon, pas un son coup de poing, dommage : on reste un peu sur notre faim (de loup… oui d’accord, je sooooors !)

 

16/ Mes frères : Et on termine cet album sur une très bonne note : quelle prod, mais quelle prod ! Ça me parle tellement bien : le piano est ouf avec ce sample de voix ! Un texte qui prend aussi, hommage et big up à leur proches, leurs frères, les membres du TSR Crew aussi, ceux qui galèrent, ceux qui veulent s’en sortir… Un titre qui rassemble, simple mais efficace. Et on termine sur une note cinématographique : un extrait du film « La Corde » de Hitchcock, pour célébrer la réussite.

Je l’avoue, sans cette chronique, je n’aurais sûrement jamais écouté cet album. Et après celle-ci, je retiendrai deux choses : le TSR Crew a des prods incroyables ! C’est sûrement un des albums qui possèdent le plus de prods sur lesquelles j’ai totalement bloqué. Mais la 2ème chose, c’est que le groupe ne les sublime pas et ce n’est pas dommage : c’est frustrant ! Je trouve aussi que les titres se ressemblent dans les messages d’une part mais aussi dans le ton des 3 membres et je trouve ça tellement linéaire mais aussi assez stupide : la force d’un groupe est d’avoir plusieurs identités en son sein, des plus-values. Hugo en était une mais est nettement en dessous de ce qu’on pouvait écouter de lui auparavant : c’est décevant ! Cet album va me marquer : j’ai vraiment galéré à l’écouter, encore plus à le chroniquer. Malgré tout, ce n’est pas un « mauvais » album.

Mon Top5 : Seum drogue millionaire, Sans sommation pt. 1, Crimes et Sentiments, Sans sommation pt. 3, Mes frères

NOTE : 12 / 20

proydelaunay974@hotmail.fr

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