Home / RAP FR  / Chroniques  / Chronique : Seth Gueko – Professeur Punchline

Chronique : Seth Gueko – Professeur Punchline

Le professeur punchline revient donner quelques cours

On croyait le rappeur tranquillement installé derrière le comptoir de son bar en Thaïlande, mais il n’en est rien. Depuis le 6 novembre dernier Seth Gueko est de retour avec « Professeur punchline ». Un projet qui s’est accompagné d’une communication parfaite autour de la cover de l’album. Le buzz de la main tatouée sur le visage a fait son petit effet. Depuis le temps, Seth Gueko s’est dessiné une grande place sur le tableau du rap français avec La chevalière (2009), Michto (2011), Bad Cowboy (2013), ainsi que 4 autres mixtapes, aujourd’hui le professeur revient 2 ans après pour nous donner une leçon de punchlines !

 

1/ Gros Dérapage : On débute avec une prod d’Hits Alive qu’on avait déjà trouvé sur le précédent album. C’est lent et sombre. Seth Gueko adopte lui aussi un flow lent pour ainsi mettre en avant son texte. Dès le départ on est bien servi, références et jeux de mots au menu. On est clairement sur un égo-trip saignant qui donne le ton de l’album. Et puisque l’album s’intitule professeur punchline Seth Gueko cuisine pour nous une petite punchline 2 étoiles, épicurienne à souhait.

« Jamais trahir quand t’as refait ce qu’on fit, on n’est pas des canards, mais on aime le confit »

 

2/ Val d’Oseille : Titre qui sonne comme un hymne au Val d’Oise, plus ou moins réussi… Je m’explique, j’avais bien apprécié le clip scénarisé façon Mad max. Des couplets qui tiennent leurs promesses, oùu on se marre bien sur 2, 3 punchlines bien grasses. En revanche, ce refrain autotuné à sa façon, ne m’a pas convaincu.

« J’te baise pas j’me branle avec ton corps, c’est pas pareil » ; c’est bien dégueulasse, mais ça m’a fait rire.

 

3/ Mr. L’agent : Première chose à laquelle j’accroche sur ce titre c’est la prod. Progressive et lente, très convaincante. Seth Gueko adopte encore un flow lent qui colle bien à la prod, mais en ce qui concerne le texte j’suis assez déçu niveau « punchlines », c’est un peu léger. Et le refrain très répétitif, c’est presque chiant.

 

4/ Delicatessen : Titre référence au film « Delicatessen » ? Long métrage absolument fou, qui plonge le spectateur dans un univers bizarre, et inquiétant. Ici, autre ambiance, autre style. On passe sur un son façon trap, en témoignent prod et flow. Un choix actuel et dans l’air du temps. Malgré mon attachement pour ce style lorsque prod et flow s’accordent parfaitement, ici les promesses de punchlines restent décevantes.

Une punchline « blague à 2 francs » : « J‘balance rien, le comble du barman c’est de se faire tirer les verres du nez »

 

5/ Chinatawaz feat. Gradur : Au premier abord, je remarque une prod « patate » signée Cody McFly, j’apprécie beaucoup l’énergie du titre. Seth Gueko et Gradur démontrent également une certaine vigeur. On est habitués à la détermination de Gradur en musique ! Très bon choix de featuring pour raviver un peu cet album qui me semble léger pour l‘instant. Le couplet de Seth Gueko est top et celui de Gradur très rythmé.

« Mes bécanes sont pas musulmanes, pourtant elle ont les roues voilées »

 

6/ Seth Gueko Bar : On reconnaît un petit « Mustard Beat », très en vogue cette année et la précédente notamment avec le Fresh Prince de Soprano, ou l’Abuzeur de Disiz. Tout le monde fait son titre sauce moutarde ! Je suis complètement morte de rire, ici Seth Gueko nous fait une grosse pub pour son bar en thaïlande. C’est festif, on a presque envie d’aller y boire un coup, dès le début du son on a carrément l’adresse ! Il y a de la meuf, des guests (Lacrim, Cut Killer, Dj Snake), la clim, de la « verte », du gros son et pas de videurs! Par contre d’après ce que j’ai compris il faut laisser un pouboire… « Fait péter la cloche ». Si vous allez y faire un tour dites-nous en des nouvelles 😉

 

7/ La meuf du moment feat. Misa : Au départ du son j’ai carrément cru entendre « Déconnectés de Dj Hamida ». Du coup on s’imagine vite au bord d’une piscine là… On débute sur un refrain de Misa autotuné et chantant. J’avoue que 2 sons de ce type à la suite ça m’emballe pas. Le thème, une meuf qu’on baise 2,3 semaines, c’est la meuf du moment quoi. Je trouve les textes quand même très pauvres et un refrain simpliste. Peu de « punchlines ». Très léger tout ça !

 

8/ Chantilly Nutella : Je suis a-b-s-o-l-u-m-e-n-t FAN de la prod. Hits Alive une fois de plus ! Je trouve qu’elle colle parfaitement au titre. J’me retrouve presque sur une prod à la Tyler. La douceur de la chantilly, colle à la douceur de l’instru. Seth Gueko quant à lui percute le beat avec un texte cru, il nous parle clairement de baise. Typiquement le genre de son « affrontement » prod/texte que j’apprécie. Pour l’instant, une de mes préférée j’crois bien ! Et en plus, de la punchline bien salasse…

« Les meufs vierges ça coûte un drap, les michtos ça coûte un bras »

 

9/ Comment on fait. Feat Lacrim : On repart sur une prod très énergique type Trap. Lacrim pose un couplet à la hauteur de sa réputation, très énergique, efficace, productif. Seth Gueko part sur un flow plus lent, qui colle également à la prod mais casse un peu le rythme. J’vous file une petite punchline bien dégueu pour la route :

« Nan, j’te lécherai pas l’minou si t’as des poils, entre nous, j’aurais l’impression d’rouler une pelle à Chabal »

 

10/ Les démons de Jésus : Après une avalanche de violence et de couplets incisifs en tout genre. Seth Guex s’élance dans une réflexion sur lui même et notre jeunesse. On débute sur un piano singulier, même si ça paraît un peu cliché… ça apparaît très sincère. Seth Gueko m’a surprise sur le choix de ce type de morceau. On lui découvre de nouvelles ressources. Ça change complètement le rythme de l’album qui nous laissait très peu respirer jusqu’à présent. Plutôt réussi.

 

11/ Titi Parisien : Une nouvelle ambiance, décidément cet album est bourré de surprise, je ne m’attendais pas du tout à écouter un tel truc ici. On est en terrasse d’un café Parisien dans les années 70, un café, un journal, et une cigarette au bec. La prod j’aime beaucoup. J’ai presque cru à un vieux bon Oxmo nostaligue. C’est très troublant d’écouter Seth Gueko sur ce type d’ambiance. Je vous avoue qu’on s’éloigne pas mal de la punchline boueuse ici, mais les références pleuvent.

« J’aurais refusé qu’on m’dise « Pédale » même si j’m’appelais Poulidor »

 

12/ Homme des neiges feat. Niska : Je ne suis pas vraiment fan de Niska. Ici on retourne sur quelque chose de plus énergique et angoissant. Une pluie de punchlines s’abat sur ce titre. Seth Gueko est bon mais je ne suis pas particulièrement emballée par la prod et la prestation de Niska…

« Fini l’château d’ma mère et la gloire de mon père, aujourd’hui c’est un glaire sur la chatte à Magloire »

 

13/ Joey Star Rmx : J’ai carrément l’impression d’écouter Gradur sur le refrain, une prod actuelle, mais c’est assez vu et revu. Le refrain est très répétitif, c’est pas terrible. Seth Gueko n’est pas vraiment transcendant sur ce couplet. Encore une fois très léger. Dans l’ensemble un titre décevant.

 

14/ Ça fonctionne feat. Alkpote : Un featuring avec le meilleur… j’ai nommé MÔSIEUR Alkpote (grosse vague d’objectivité dans cette chronique). Non plus sérieusement, j’suis même pas convaincue par ce titre, très répétitif, une prod bof, pas très percutante. Alkpote sous autotune c’est pas mauvais, mais je ne sais pas, je le trouve absent ou mal placé. Ça ne fonctionne pas.

 

15/ Gros gamin : On a une prod assez lente et des basses, des « bips » qui font penser à un vieux jeu vidéo. On a des références mythologiques ou historiques, Aïcha Kandisha (une espèce de fée de la culture maghrébine), ou encore Néfertiti (épouse du pharaon Akhenaton). Le texte ? Un égo-trip plutôt moyen… Je ne suis pas emballée. Un refrain assez répétitif et pas très harmonieux. Bof…

 

16/ Boulette de métal feat. Joke & Sadek : Très surprise de voir Joke ici tiens ! Le rappeur de chez moi. Puis on a Sadek en featuring, incontestable tête d’affiche du moment, 2 choix judicieux. Ici une prod trap et sombre, une ambiance qui convient aux 3. On commence par Sadek sur un couplet efficace, rythmé, fluide. Seth Guex arrive sur un flow lent et maitrisé, il entame un couplet riche en « punchlines », vraiment très bon ! Enfin vient Joke, bon, c’est spécial, son flow nonchalant, habituel. On aime ou on n’aime pas. Moi je trouve ce titre réussi.

« Grosses couilles, gros pénis, comme si j’avais l’éléphantiasis, Jack Dada’ c’est ma potion magique, la chatte à Panoramix »

 

17/ Paracétamol : On va parler de la prod, Hits Alive aux commandes encore une fois, je la trouve vraiment top. Elle donne une ambiance très sombre, des impressions de films d’épouvantes. Seth Gueko lui aussi est sur un « mode » sanglant. Le texte est cru, on a le chant lexical du corps humain, du sang, de la fièvre, des crânes, Satan, une ambiance carrément diabolique. Le flow et la place des mots collent parfaitement à cet environnement. J’apprécie beaucoup en tout cas, c’est cohérent et l’effet recherché est réussi.

Une dernière punchline « Doliprane » :  « J’baise les vendeuses, j’ai la fièvre acheteuse »

 

Je ne sais que dire de cet album. Je suis complètement partagée. J’ai trouvé certains titres sans intérêts, chiants, des titres que je n’écouterais probablement pas 2 fois. Mais j’en ai trouvé d’autres qui m’ont surprise, m’ont fait rire et kiffer. Dans l’ensemble, je dois dire que je m’attendais à mieux. Les promesses en terme de punchlines ne m’ont pas époustouflée il faut dire… Malgré tout, un album vivant, on passe parfois du Coq à l’âne mais c’est assez complet. Peut-être que cet album sur 12 titres aurait été parfait.

NOTE : 11/20

Loukoum@vrairapfrancais.fr

Review overview