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Chronique : SCH – Anarchie

SCH présente son 1er album

Le napolitain Roberto Saviano, journaliste, écrivain, créateur du best-seller « Gomorra », et grand inspirateur de la série éponyme, lancée le 6 mai 2014 très précisément, doit actuellement se poser beaucoup de questions quand aux effets des ses histoires mafieuses italiennes dont s’est grandement inspirés SCH (bien entendu, seulement si il connaît  l’aubagnais). Un style vestimentaire, comment dire, très spécial, une voix grave, sans doute anéantie par la clope et le pilon, des cheveux lisses qui doivent être plus soignés que les jambes de Yohan Gourcuff et d’Abou Diaby réunis… Sacré recette n’est-ce pas ? Mais ai-je vraiment besoin de vous présenter ce spécimen ? Les mois sont passés depuis l’époque de « La Malette »… Depuis, les morceaux « Gomorra », « A7 », « Liquide », « Fusil » et bien évidemment l’incontournable « Champs-Elysées » sont entrés dans la danse.  Si l’actualité du rappeur se fait aussi plus active que la vie de Don Pietro Savastano, à la poursuite de sa liberté depuis sa sortie de prison… celui qui voulait de l’or à la place des canines, n’a pas cessé une seconde de mettre la main à la pâte depuis la sortie de sa fameuse mixtape A7, aujourd’hui Disque D’Or. C’est donc environ 7 mois après la présentation de son dernier projet, qu’SCH décide de nous présenter son premier album, intitulé Anarchie. Êtes vous prêt à sombrer dans la pénombre en compagnie d’un fervent fan du Bayern Munich et de moi même ? Passons à l’écoute.

 

01/ Anarchie : Du sang, du sang, et encore du sang. Un son violent sur les phrases, et très sombre sur la prod’, ce qui offre une belle complémentarité. Un extrait qui pose le ton sur le reste du projet. C’est une très bonne introduction, sur le fond ou la forme. L’autotune est très largement maîtrisé par le sudiste. Le son est parfait. Ça donne envie d’écouter le reste de l’album. « Tu veux nous imiter, on a trop d’identité, ils nous reconnaissent au blind-test ». 

 

02/ Trop énorme : Le refrain mis en première partie de l’extrait met en place la puissance du morceau. SCH alterne entre douceur et violence. Mais quel refrain… C’est juste la folie. L’instrumental est très complèt, c’est un caviar venant de Kore à destination de l’aubagnais. C’est très convainquant. On commence très bien l’écoute. « T’as pas l’air enthousiaste on peut de faire un sourire au cutter ».

 

03/ Je la connais : C’est le tube de l’album, celui qui passera toutes les heures sur Skyrock. L’extrait est un peu plus doux cette fois, mais entrainant tout de même. En soi, le morceau est assez dansant, parfait pour une soirée en boîte. Beaucoup moins sur un projet aussi noir, surtout placé après les morceaux précédents. Le contraste est trop important.  Le mix est juste parfait. Ça sonne bien, tout est calé à la perfection, l’autotune nous fait entrer tout de même dans l’atmosphère du morceau… Je suis assez mitigé, mais on est plus dans le positif que le négatif. « Achetons une grande villa sans TVA. On finit sur une île au large. Loin d’eux, nous deux. Bah ouais, j’t’emmène ».

 

04/ Cartine Cartier feat Sfera Ebbasta : « Cartine » signifie une feuille à rouler, « Cartier » représente la marque de luxe, un parallèle entre la valeur de ces deux nominations et une comparaison entre l’homme et la femme, prône continuellement tout au long de l’extrait. « Quoi ? C’est qui lui ? », voilà, je l’admets, c’était ma première pensée quand j’ai vu le tracklisting de l’album. Un seul featuring, un italien. À l’écoute, je peux maintenant vous dire que le choix d’appeler ce fameux Sfera Ebbasta pour le premier couplet de cet extrait, était tout d’abord très risqué, mais clairement payant. Le rendu est d’un sombre morbide, une voix légère alliée à une prod’ assez « triste » est un pari rentable. Depuis je me suis renseigné quand à l’actualité du rappeur italien, et j’aime beaucoup la musicalité qu’il dégage. Je vous mets un lien -> ici. Pour revenir à l’extrait, Sfera Ebbasta fait le travail, SCH ne trahit pas ses codes, même si le niveau n’est pas vraiment très élevé pour le coup. Le rendu reste tout de même satisfaisant. Les univers des deux artistes s’accordent très bien. Vraiment. « Pense à moi comme si j’étais. Jamais parti du quartier ».

 

05/ Le Doc : Doc Gyneco, sors de ce corps. Du sexe, du sexe, du sexe et encore du sexe. Une ambiance totalement décalée prône dans ce morceau. SCH tient le rôle du toubib, et décrit ses ébats sans retenue. Le thème est plutôt bien mené, mais peut être un peu trop lourd à un certain moment, le surplus d’autotune, bien moins maîtrisé qu’auparavant, hisse le morceau au statut de « vraiment pas indispensable au tracklisting ».

 

06/ Neuer : SCH s’est mit en mode « Neuer », mais celui du match Allemagne-Algérie pendant la Coupe du Monde 2014, irréprochable ; pas celui face au Barça un soir compliqué du 6 mais 2015. Une insolence rare, un débit modulable à divers moments de l’extrait, des phrases crades comme jamais, et un refrain rayonnant d’efficacité. L’égotrip est solide. Le morceau est réussi. « On est sur tes côtes dans les ventes aussi dehors. Ils nous r’gardaient de haut, ça a changé d’puis lors ».

 

07/ Alleluia : Mathafaaaaaaack ! Le sudiste nous présente le petit monde qui se cache au fin fond de son esprit. On dirait que plusieurs rappeurs viennent poser sur l’extrait. Le rendu passe d’un froid glacial à une énergie lumineuse. SCH s’adapte et se balade sur la prod’ d’une manière très insolente. Le résultat est vraiment bluffant, et, j’espère vraiment savoir ce qu’il se passe dans le cerveau de l’artiste au moment de l’écriture de ses textes. « Tout mon p’tit monde dans une grande loge. Tout ton p’tit monde dans un gros coffre ».

 

08/ Allo maman : L’une des règles basiques dans la carrière d’un rappeur français est le fameux hommage à celle qui nous a mis au monde. Une remise en question touchante axée sur une thématique encore assez sombre, malgré l’instrumental, qui, à la première écoute, ne dégage pas réellement ce sentiment. Si « Allo maman » est assez répétitif, cet hommage personnel mélangé à la sauce SCH se trouve dans une lignée convaincante. Le refrain rentre bien en tête. L’extrait est pas mal. « Peut-être qu’il fallait que j’te retienne. Qu’il fallait que je te prenne, qu’il fallait qu’on s’tire. Mais Maman devait vivre mieux, maman mérite un empire ».

 

09/ Quand on était môme : Vous voyez ce qu’est la nuit ? C’est sombre non ? Ce morceau peut s’affilier à cela sans aucun problème quelconque. Une rétrospective sur sa vie « d’avant » épauler par une instrumentale plutôt bonne. Une remise en question très profonde qui peut toucher l’auditeur. La plume d’SCH « s’envole dans les tourbillons de vent ». Le fond, la forme et le thème sont maîtrisés. Le seul hic serait le flow, vraiment beaucoup trop lent, ce qu’il ne le fait pas réellement rentrer dans les temps et donc logiquement, beaucoup trop inconstant. « Solides, la nuit j’vois des amis morts. Des choix qui nous lient trop fort ».

« Sur un R1, la mort, j’ai pas compté mes tords
J’ai enfilé mon survet
J’suis sur tous les terrains, dans tous les fours
T’es toujours sur Internet »

 

10/ Dix-Neuf : Sans voix. J’étais sans voix à la première écoute de l’extrait. La force que dégage le morceau est juste im-pre-ssio-nante. Le refrain est juste parfait. Le monde du S s’affiche au grand public. Si vous cherchez tous les vices possibles et imaginables en un morceau, optez pour celui-là, sans aucunes hésitations possible. « J’remets l’eau, j’remélange dans la sine-cui. J’rentre, j’achète, gosse, on a trop léché d’vitrines ».

 

11/ Himalaya : Froid, comme l’Himalaya, le plus grand sommet du monde. À croire que le studio d’enregistrement se situait dans le réfrigérateur de Def Jam. À l’écoute du morceau, mes sourcils se sont froncés instinctivement, j’avais la haine, je ne savais même pas pourquoi. SCH montre une telle prestation, et une telle sensation de vérité, qu’on peut facilement imaginer dans quel genre d’esprit se trouvait la plume de l’aubagnais. « Violent dans l’attitude et les verbes. Millionaire avec, c’est de l’art moderne ».

 

12/ Essuies tes larmes : Une tristesse profonde se montre en écoutant ce morceau. Une grande nostalgie et des regrets saisissants l’artiste se montrent d’une clarté incontestable. J’aime bien ce morceau, on sent une part d’honnêteté et de sensibilité à travers ses dires. L’instrumentale et les paroles font un bon mélange. Une réussite. « Pour un oui ou pour un non, on peut s’buter pour si peu, on veut vivre de respect, tant qu’on respire ».

 

13/ Murcielago : Fini la féfé pas louée en roulant sur les Champs-Elysées accompagnée d’une bonne ambiance pour l’occasion. Fini l’étalon, place au taureau. La Murcielago humaine est prête à montrer tout ce qu’elle a dans le coffre. La prod’ assez complexe, n’aide pas le rappeur. Et pourtant, SCH roule littéralement sur le travail de Kore, sans aucunes pressions visibles. Le résultat est incroyable. Le S fini son projet comme il l’avait commencé. Sombre, et toujours avec une violence lyricale impressionnante. « Tu connais bien mon rôle, on les abîme, scélérat. Nous on connaît tout ton hall, paraffine, Véléda ».

 

Pour décrire grossièrement cet album, on a : du sang, du sombre, de la mélancolie, un peu de lumière (vraiment très très peu de lumière), de l’insolence, et de l’audace. Le travail de DJ Kore n’est pas mauvais, mais l’empreinte Katrina Squad que l’on peut retrouver sur des morceaux d’A7, manque à l’univers d’SCH. On peut assimiler plusieurs prod’ à différents morceaux lors de l’écoute, certaines instrus se ressemblent un peu. Plusieurs extraits du projet ne sont vraiment pas indispensables (je pense à « Le Doc » instinctivement). Mais voilà, je trouve que le personnage sombre et mélancolique d’SCH est à l’apogée de son art sur ce projet. Il s’inscrit dans la continuité de ce qu’il avait pu faire auparavant avec sa dernière mixtape. Anarchie est un bon album, mais, quelques failles s’inscrivent inéluctablement sur celui-ci. Nous avons pu voir des opinions très partagées à l’écoute de ce projet. Moi, je décide tout de même de mettre une note plutôt convaincante malgré les petits faux pas.

NOTE : 14/20

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