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CHRONIQUE : SCH – A7

Découverte du 1er projet de SCH

J+1 mois et des poussières. A7, la très attendue mixtape d’SCH est dans les bacs depuis la sinistre date du 13 novembre dernier. Fâcheux timing en effet, mais avec un peu plus de 12 000 ventes en première semaine le poulain de Def Jam France s’en est finalement plutôt bien sorti. Avec son univers impressionniste et sa musique grinçante, SCH s’est imposé comme l’une des révélations de l’année. De son utilisation frénétique de l’autotune à son allure, son phrasé, l’atmosphère dans laquelle il baigne, le rappeur d’Aubagne est un véritable repoussoir à puristes. Et on serait presque tenté de dire que c’est tant mieux. L’émulation qu’il peut créer autour de lui, un peu à la manière de PNL, est fascinante. En même temps, difficile de rester de marbre face à un énergumène à la gestuelle perturbante, aux cheveux plus lisses que la plupart des filles de ton entourage et vêtu de sapes dont tu n’aurais parfois même pas soupçonné l’existence. Abomination pour les uns, nouvelle valeur sûre pour d’autres, SCH a fait du chemin depuis sa terre provençale chère à Marcel Pagnol. Alors qu’il avait patiemment fait monter la sauce extrait par extrait, SCH a donc finalement pondu son premier « vrai » projet. Avec une première constatation, A7 est littéralement scindé en deux : la première partie étant majoritairement produite par Katrina Squad, remarquable groupe de beatmakers (déjà marquants sur French Riviera de Hooss), la seconde partie menée, elle, par DJ Kore, véritable machine à tubes, et actuellement en pleine bourre aux côtés -ou presque- de Lacrim.

 

1/ John Lennon : « Ils ont senti mon bras jusqu’à mon épaule / Pourtant j’ai glissé que le doigt », ou comment écrire sa légende en partant sur des bases bien odieuses. Une intro calibrée comme il faut, des phases incisives qui se succèdent, les obus viennent d’un peu partout. En 2 minutes ça part dans tous les sens : Mère Theresa, Nagasaki, Chihiro, Beatles, et bien sûr Götze… on n’est pas encore complètement la tête sous l’eau mais pas loin.

 

2/ A7 : Quel morceau incroyable. Musicalement d’abord, c’est magistral, sur le fond comme sur la forme. La gestion du tempo, du flow, c’est chirurgical, notamment sur les ponts entre les couplets et le refrain. Ensuite, le clip vaut tout autant le détour. Pour les esthètes d’entre vous, on notera les flammes sur le perfecto, la palette de couleurs, le serpent, ou encore la réalisation puissante. Les autres, allez voir au moins pour la meuf zombie.

 

3/ Solides : En demi-teinte. « Solides » est une espèce de ballade crapuleuse, pas complètement inintéressante, mais qui a un peu de mal à décoller. Ou du moins à nous embarquer totalement.

 

4/ Gédéon : Dans la continuité du track précédent, sur un rythme flâneur, mais davantage sur un ton de règlements de comptes. « Reu-fré j’ai mes raisons si j’réponds plus au tel / Quand j’étais dans l’trou tu trainais avec ceux qu’ont tenu les pelles ». Bon, SCH quand il règle ses comptes, il tape quand même des références à Lilo & Stitch, on ne se refait pas. Plus convaincant que « Solides », mais moins que ce qui va suivre.

 

5/ Rêves de gosse : Le train reprend vraiment marche. Lorsque le morceau démarre, on pourrait penser que l’on va continuer sur ce faux rythme, dans la lignée des deux sons précédents, jusqu’à ce qu’un « J’ai pas vécu mes rêves de gosse / J’veux m’sentir vivre! » vienne déchirer la torpeur. Suivi d’un refrain tout en colère, comme un déchaînement frénétique. « Donc j’vais t’la foutre au fond d’la gorge / On t’fait la guerre, on t’fait l’amour / On t’fait des prix, on t’vend la mort / On devient les pires enfants à bord ! ». Poignant, n’est-ce-pas ?

 

6 & 7/ Genny & Ciro / Gomorra : Une longue intro. Très longue. Très très longue. Et pourtant pertinente. Nécessaire même. A l’instar d’ « A7 », « Gomorra » est un tout. Le son, la voix triturée, l’imagerie théâtrale, c’est un produit audiovisuel, tout simplement. Du charme, un peu. De la violence, beaucoup.

 

8/ Mauvaise idées : Après la cornemuse enragée sur « Aniki, mon frère » avec Hooss, Katrina Squad nous fait cadeau d’une espèce de clavecin funeste sur l’instrumental. J’ai du mal à être complètement convaincu, je trouve qu’il y a parfois un petit décalage entre l’ambiance de la prod et le morceau en lui-même, notamment sur le refrain. Pas dégueulasse pour autant.

 

9/ Liquide feat Lacrim : Évidemment. Après les différentes collaborations par ci par là, il FALLAIT associer les deux artistes estampillés Def Jam France sur un même morceau. Avec Jemiblack et Kore à la baguette, naturellement. Le résultat est finalement assez inégal. Beaucoup auront salué, à juste titre, le passage ultra percutant de Lacrim, qui ravirait presque la vedette à son protégé. À titre personnel, je trouve un peu dommage qu’il se soit relâché en fin de couplet. Sinon, le morceau en général est à prendre comme un grand défouloir. Tiens, petit défi : sans tricher sur Rap Genius, parvenir à comprendre/distinguer ce qu’SCH dit sur les échos entre les lines du refrain.

 

10/ Pas de manières feat Sadek & Lapso : Le titre bête et méchant, tout simplement. Genre très bête et très méchant. « Enlève ta culotte salope pas de manières / Prends ma bite en main bébé veut faire carrière ». Et pourtant, ce n’est pas à jeter, le refrain est très entraînant, l’instru convaincante, et l’ambiance est délicieusement perfide. En revanche, pour les couplets on repassera.

 

11/ Drogue prohibée : Une production qu’un DJ Mustard outre-Atlantique n’aurait sûrement pas reniée. Comme une ambiance un peu club, mais pas dansant, genre le fin fond du club, là où gisent les épaves. SCH déambule au milieu de cette ambiance délétère, pour un morceau qui colle bien à l’univers du projet.

 

12/ Champs-Élysée : Une infection à la hauteur du personnage. On nage dans l’affreux esprit du scélérat, entre fantasme et mégalomanie. De la phase bien toxique, des aventures vocales périlleuses, à la limite d’une caricature de lui-même, pourtant il reste convaincant. Capillairement et vestimentairement parlant le clip vaut le coup d’oeil. Ce lissage bon dieu, ce lissage.

 

13/ J’reviens de loin : Quel rappeur n’a pas encore fait de morceaux sur le thème du « Je reviens de loin » ? Quoi qu’il en soit, quand c’est SCH, c’est forcément un peu plus atypique. Avec sa vision artistique, son interpretation, son flow… C’est morbide, désabusé : « Juste nettoyer l’game au Napalm, j’suis juste venu niquer des mères / Ils ont mis des fusils dans les mains des Apaches pour nous faire la guerre ».

 

14/ Fusil : Un petit, que dis-je un GROS coup de cœur. Plus minimaliste, ce qui laisse idéalement le devant de la scène à l’artiste. Très bien écrit, avec des cassures, des envolées, ce qui permet de pas se retrouver avec un morceau plat et monotone. Au contraire, le registre sied à merveille à SCH, sur un créneau à la fois très introspectif et très puissant. Less is more.

PS : Non, il ne dit pas « Matuidi je t’aime » sur le troisième couplet. Sacrebleu.

 

Encore une fois c’est assez curieux cette configuration moitié-moitié Katrina Squad / DJ Kore. Comme s’il y avait un avant-après Def Jam. Pourtant, les deux parties ont de grosses qualités, la mixtape en général a des arguments très convaincants et la musique d’SCH a cette faculté à susciter la curiosité, avec un effet très quitte ou double. Avec cette couleur à la fois très noire, désabusée, mais surtout décomplexée, « A7 » s’inscrit dans la tendance. Attention gros mot ! La « tendance » ce n’est pas péjoratif. Ce sont ces artistes qui se fixent très peu de barrières, n’utilisent plus l’autotune comme un simple cache-misère, ont leur gestuelle, chantonnent, se trémoussent même parfois et ont un goût bien particulier pour foutre un grand coup de pieds dans la fourmilière. Sch, est de ceux-là. À voir si Def Jam, saura travailler en connaissance de cause dans le temps, sans tronquer ce qui fait la singularité d’un tel artiste, à savoir, son imprévisibilité. « A7 » est en tous les cas un projet sérieux, pas forcément abouti mais c’est aussi le charme d’une mixtape, et peut compter sur de très gros morceaux comme le titre éponyme « A7 » justement, Gomorra ou encore Fusil. Avec le charisme d’SCH et sa manière de balancer et rebondir sur ses mots, ses lines, le projet du Jack Sparrow -le chapeau en moins, pour l’instant- du rap français a de bons arguments et devrait contenter la majeure partie de son auditoire. Jusqu’à la prochaine étape.

Note : 14/20

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tomlansard21@hotmail.fr

Tom, jeune et bien élevé. Sudiste et sans accent, le journalisme comme choix de vie le zin. On aime une mesure bien tournée comme un juron bien senti. De l’autotune sur les tartines le matin, les premières romances avec la nocturne le vendredi soir, pas peur d’aller s’enfoncer dans les abysses des suggestions Youtube. Tout a plus ou moins commencé avec Rohff, mais comme souvent les histoires d’amour finissent mal, en général.

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