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CHRONIQUE : SAM’S – DIEU EST GRAND

Sam's nous présente enfin son 1er album

Le 23 octobre sortait enfin le premier album de Sam’s « Dieu est grand ». Pourquoi enfin ? Après plus de 10 ans à écumer la scène rap et dans une époque où les projets affluent à vitesse grand V, il fait figure d’ovni à n’être qu’à son premier album. Mais Sam’s a des circonstances atténuantes, en effet il partage sa vie entre le rap et le cinéma, mais aujourd’hui c’est son rôle dans le rap game qui nous intéresse. « Ici on aime se saper chic, mais chez nous « D&G » ça veut dire Dieu est grand ».  C’est par cette phrase dans le morceau Gestlude part.1 sur l’album Noir D*** de Youssoupha que Sam’s se fait un peu plus connaître, au point de devenir l’emblème de statuts ou groupes Facebook. Entre temps, Sam’s à été très productif : il y’a eu le E.P « Gestlife révolution », la mixtape « Je suis petit » et les fameux « #sundaysoundclound » pour nous faire patienter jusqu’à l’album. Au fur et à mesure de sa carrière on se rend bien compte qu’il avait distillé quelques indices concernant le nom de son premier album. « Dieu est grand », cette appellation est symboliquement très forte quand on a connaissance de son parcours très atypique.  Sam’s,  scène 01, Dieu est grand l’album… ACTION !!

 

1/ Je suis petit : Une petite note de piano… Bienvenue dans le monde de Sam’s ! Il donne le ton d’entrée : « Si j’étais homophobe j’dirais : Quelle époque de P.D » . La prod’ laisse largement la place pour que l’on puisse se concentrer sur les lyrics. En pleine prise de recul , il décortique aujourd’hui la vision de son environnement étant jeune, l’angle de vue est très intéressant. Mais bon ce n’est pas la véritable intro… Rdv au track 5.

 

 

2/ Microbes : La prod’ faussement épurée est parfaite. Agréablement surpris à la première écoute d’entendre Sam’s dans cet exercice. Le flow est excellent sans être linéaire, le refrain est efficace pour la scène et il y a un véritable sens surtout dans ce morceau. Sam’s y raconte son quotidien, son environnement et une routine fortement exprimée dans le refrain… Mais ce n’est pas le Moussa d’aujourd’hui qui le raconte.

 

3/ Les 24h du banc : Une phrase samplée de « Demain c’est loin » ça commence bien et ça donne le ton. L’ambiance de ce titre est particulière, la prod’ est linéaire, le flow nonchalant tout ça colle parfaitement avec la routine du quartier qu’exprime Sam’s. Pour aller plus loin encore dans le concept, une rivière de mesures sans refrain aurait été intéressant (moins digeste aussi c’est sûr) . Après Shurik’n samplé au début du morceau on finit avec cousin Hub’ et sa fameuse phrase… Je suis comblé.

« Postichés sur c’putain d’banc depuis 10 heures du mat’
Dans ce quartier je prends racine comme les Fleurs du Mal »

 

4/ Que Dieu nous pardonne : Sam’s met en avant de façon habile sa spiritualité. Nous ne sommes pas du tout dans un prosélytisme, mais dans une véritable confession tout au long de ce projet. Le morceau est en parfaite cohérence avec l’album, la prod’ est simple et efficace. Le refrain est très bon, l’écriture de Sam’s est sans fioritures et c’est très pertinent à chaque fois. La vraie bonne idée de ce morceau, c’est l’interlude en slam par Khalid : ça détonne avec l’ambiance mais ça amène une petite bouffée d’oxygène.


5/ F.F.F (Fuck le Foot Frère) : 
Le morceau le plus important de l’album. Nous avons tous des potes qui ont raté une carrière pro de footballeur à cause d’une blessure (plus souvent par manque de talent je vous l’accorde) et on en rigole parfois. Le dénouement de cette histoire fait figure de  deuxième naissance pour Sam’s. C’est un rêve brisé, Sam’s a aujourd’hui le recul nécessaire pour en parler et il le fait bien. Pour la petite histoire , il a écrit ce texte d’un trait, comme si il devait vomir tout ce qu’il avait enfoui en lui depuis toutes ces années. Si on élargit le champ de vision, ce morceau nous renvoie à nos échecs et surtout aux rêves auxquelles on s’accroche. Faites une entorse au tracklist et commencez l’album par ce titre et vous allez mieux comprendre l’état d’esprit qui l’anime. Excellent morceau !

 

6/ Teranga : Je ne suis pas vraiment fan de ce genre de morceau, non pas qu’il soit mauvais mais j’ai le sentiment que chaque album a son chantre à l’Afrique. Cependant il colle parfaitement au concept de l’album, le sample est parfait. Cette quête d’identité est perpétuelle dans cet album, même avec « les siens  » il a le cul entre deux chaises.

 

7/ Les gens deviennent  : Un peu moins fan de ce morceau, à vrai dire je trouve le thème assez simpliste. Cependant j’adore la prod’, Sam’s aurait dû lui-même faire le refrain fait par Youssoupha, l’entendre dans cet exercice aurait été intéressant.

 

8/ Vu d’en bas : À la première écoute ce morceau fut mon coup de cœur de l’album. J’adore vraiment ce type d’exercice : un boom bap comme à l’ancienne et ça kicke sans refrain. Une ambiance jazzy renforce l’atmosphère de la première partie. Car oui, le morceau a deux univers, deux prods différentes. Plus égotrip dans la deuxième partie, le morceau se termine pendant que Sam’s pose… À quand la suite ?

 

9/ S01EP09 feat. Gimenez E : Dans les séries généralement c’est à l’épisode 09 qu’il se passe véritablement quelque chose. Vous racontez donc ce morceau,  serait un spoiler et rien d’autre. Foncez donc écouter ce morceau, petite précision : C’est une histoire vraie .

 

10/  J’ai plus le temps feat. Luidji : Très bonne idée d’avoir inviter Luidji ! Légèrement autotuné, Sam’s montre une autre facette de son rap. La combinaison est sacrément efficace, personne n’étouffe l’autre, ils sont totalement complémentaires. À écouter en boucle.

 

11/ Pute : Après avoir vu ce titre sur la tracklist j’étais impatient de découvrir le morceau. À travers deux histoires de couples avec la fille en commun (2 hommes, 1 femme), j’ai eu du mal à entrer véritablement dans l’univers de ce morceau, il m’a fallu du temps. Après plusieurs écoutes je trouve ce morceau assez bon, mais je trouve qu’il dénote un peu avec le reste de l’album. On prend du plaisir à écouter Sam’s quand il est dans l’introspection ou la description de son environnement. Dans ce rôle de narrateur- spectateur, j’ai un peu plus de mal.

 

12/ Ma mélodie feat. Féfé & Youssoupha : Sur ce morceau on sent clairement la patte du producteur, à savoir Youssoupha. Sa recette est simple mais surtout efficace : Une prod’ très musicale, un feat sur le refrain et des couplets positifs et surtout sans gros mots. Mais du coup dans cette recette bien ficelée, Sam’s est assez effacé par un Féfé excellent qui prend une énorme place et cet univers est assez loin du sien. Hors contexte, le morceau est vraiment très bon, mais Sam’s est l’invité de son propre morceau… Dommage !

 

13/ 1000 morceaux : Ce morceau résume assez bien l’album et également la cover du projet. Pour raconter la vie de Sam’s il faudrait mille morceaux. Le morceau est vraiment très bon, Sam’s trouve toujours le bon flow pour que le message soit le plus limpide possible. Je le trouve tout de même un peu trop long, un peu plus court et plus dynamique aurait été parfait.

« J’te raconte ma vie, pour la comprendre
Faudrait au moins mille morceaux »

 

14/ En attendant demain… : Titre en lien avec les débuts de sa carrière de comédien. Une boucle de piano, des couplets efficaces et sans refrain, Sam’s se suffit à lui-même. C’est sobre et très efficace. Pour la petite histoire, Zaho devait initialement apparaître sur le refrain, j’ai entendu une version également avec une autre chanteuse… Croyez-moi nous avons évitez le pire.

 

15/ Dieu est grand : Magnifique morceau pour clôturer cet album, j’adore vraiment. La prod’ est excellente, je suis surpris par la cohérence jusqu’au bout de ce projet. Le slam également pour finir c’est parfait. Pas grand chose à dire sur ce titre… Savourez !

 

Je comprends mieux à présent la longue attente pour pondre son premier album. Sam’s fait du « rap de vie » c’est indéniable, je ressors littéralement conquis par ce projet. L’opus est cohérent du début à la fin, Sam’s prend un recul assez déroutant sur son environnement et c’est réussi. Cependant à la fin de l’écoute on se dit que Sam’s n’a répondu à aucune de ses propres questions, il se tourmente continuellement, c’est un homme mature mais pas encore apaisé. Mieux qu’un album ce projet est un livre ouvert, non seulement j’apprécie sa musique mais à travers elle je fais connaissance avec l’artiste. La difficulté de faire un album « concept » c’est que certains morceaux ont du mal à se marier avec le reste, la lecture aléatoire peut être utile dans ce cas. C’est un album en plusieurs parties, plusieurs tranches de vies, c’est très subtil ; pour vous aider les interludes slam font les transitions. 2015 est une année très riche dans le rap français, Sam’s est clairement au rendez-vous mais j’ai l’impression que le rap n’est pas véritablement sa priorité. Habitué aux seconds rôles au cinéma, Sam’s l’est également chez Bomayé… Mais pour combien de temps ? Il a tout pour passer une autre étape. Après l’avoir vu quelques minutes sur scène, ma chère collègue Paoline m’ a dit : « Pourquoi il ne perce pas ?« , je n’ai pas su quoi lui répondre. J’ai le souvenir d’une interview d’Oxmo Puccino qui disait avoir « trop » travaillé son album « L’amour est mort », et à certains moments Sam’s est dans ce cas, il devrait un peu plus se lâcher. Dieu est grand, et non Sam’s, tu n’es pas petit : tu fais partie des grands à présent. Chapeau l’artiste !

NOTE : 16/20

 

Notre interview avec  SAM’S

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