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Chronique : Sadek – Vulgaire, violent & ravi d’être là

"Vulgaire, violent & ravi d'être là" est le deuxième album de Sadek, il est disponible partout depuis le 15 septembre 2017

Depuis son précédent projet, Sadek semble vouloir sortir de ses retranchements un peu plus chaque fois. Tout au long de l’année 2016, Sadek s’est glissé dans les codes du rap actuels comme un gant. Au volant de ma Toyota Yaris année 2004, je me vois encore me trémousser sur « Andale ! Andale ! Andale ! ». Avec « Nique le Casino » Sadek a rassemblé même les moins avertis, en témoigne son succès commercial. Un an après, Sadek revient avec un deuxième album au titre volontairement provocateur. « Vulgaire, violent & ravi d’être là » dans les bacs depuis le 15 septembre dernier, sonne comme une confirmation artistique. On peut le deviner dans la –très remarquable- cover de ce projet, Sadek ne cesse d’évoluer et semble vouloir divertir son public. Un titre à la machette, des mamies bling-bling, une partie de scrabble et du thé, l’idée est claire, on ne fait pas du rap de rigolos et pourtant qu’est ce qu’on se marre. Comme sur son précédent projet, le rappeur fait référence au jeu pour nous rappeler que nous sommes de grands enfants. On retrouve sur ce visuel –réalisé par Fifou– un Sadek rayonnant qui mets les petits plats dans les grands.

 

1. Bender : On démarre donc ce projet avec comme titre le meilleur personnage de « Futurama ». Sadek ne pouvait mieux illustrer le concept de « VVRDL » qu’avec la référence à ce robot kleptomane, passioné par l’agent, égoïste, pervers, cynique et pourtant si drôle. J’adore ! Pour ce qui est de la prod, on est dans l’ambiance robotesque, respectant le thème. Lyricalement ça ressemble à un défouloir, c’est un égo-trip à la fois lent et intense, Sadek prend le dessus sur la prod, c’est propre.

Fuck l’humanité, j’suis de’vnu un robot
Le cœur métallisé, j’ai réalisé qu’on est des animaux

2. Les gants : Sadek s’exerce sur une prod toujours aussi lunaire mais crache un refrain qui nous remet tout de suite les pieds sur terre, je le connais déjà par coeur. 3 couplets servis à point, entre violence et légèreté, j’ai pas le temps de comprendre, je presse replay. « Chichon, cacheton, baston, fin de détention… » Mes amis… Quel Banger ! « Les gants » tourne en boucle à la maison !

 

3. La rue c’est paro : Sur un rythme plus mélodieux, le troisième tableau de ce nouveau projet est beaucoup moins détaché. Sadek songe aux souvenirs d’une jeunesse insouciante qui semble déjà très loin. Ce titre évoque l’amertume de ceux qui ont du faire des sacrifices pour voir leurs « noms de famille survivre à leurs prénoms. ». Apaisant.

Frérot, j’sais que j’vais brûler mais j’le fais pour la mif
Parce que j’veux que l’nom d’famille survive à nos prénoms

4. Napoli : La lourdeur est de retour avec des basses et une prod progressive. Justement, on n’avait pas encore parlé de ceux qui sont aux fourneaux de cette prod et des deux précédentes, c’est Abis Musique, aussi connus pour avoir produit « Jusqu’au dernier gramme » de PNL. Les producteurs érigent un travail subtil qui fait ressortir le flow de Sadek. L’accord entre eux est top. Sadek alterne les flows, accélère, ralentit, chante, il ne nous laisse pas de répit, c’est très complet. Un bon titre bien que je reste encore sur « Les gants ».

 

5. Madre mia feat. Ninho : Dès les premières notes on sait que Kore a pris la relève. J’apprécie ce changement de décor d’une track à l’autre. Pour le premier featuring de cet album Sadek s’accompagne du nouveau chouchou du game : Ninho. Le duo choisit de faire un morceau pour la radio. On se déhanche, et c’est le but. C’est un peu bizarre, j’ai du mal à les dissocier l’un de l’autre, probablement dû au refrain commun. Je reste assez perplexe. Je passe à la suivante.

 

6. Cartier Panthère : On repart sur quelque chose de plus singulier. Sur une prod moins agressive, Sadek nous livre deux couplets ou sa voix prend l’ascendant sur le reste. À travers ce morceau le rappeur fait un parallèle entre les deux mondes qui font de lui ce qu’il est devenu, « Quartier Dangereux, Cartier Panthère. » Il exprime un avant et un après avec une certaine désillusion. C’est un bon morceau mais je reste sur ma fin, seulement 2 min 47.

 

7. En leuleu feat. Niska : Pour le deuxième featuring de ce projet Sadek s’entoure du boss des stats en ce moment, j’ai nommé Niska. On devine rapidement qu’ils ne feront pas dans la dentelle. Sur cette track idéale pour les samedis soirs endiablés on retrouve Kore aux manettes, un registre qu’il connaît bien. En fait, il n’y a rien d’intéressant, je dois dire que je n’accroche pas du tout, c’est semblable à ce qu’on nous rabâche déjà sur le marché actuel.

 

8. Sanz : Voilà l’hymne des sans âmes. « Sanz » est l’expression utilisée par Sadek et ses amis pour définir le comportement d’un individu indifférent et peu soucieux des conséquences de ses actes. C’est un peu le nouveau « Carpe-diem ». Ce morceau est un bel exemple de divertissement, il colle au poil avec le fait d’être « râvi d’être là », mais une fois de plus rien d’intéressant ici, je m’ennuie et passe à autre chose.

 

9. Zahouania : Nouveau morceau club pour un album qui semble déjà se répéter. Ce titre porte le nom d’une chanteuse algérienne dont Sadek fait mention sur un refrain chanté. Je ne trouve pas de sens à ce morceau, j’imagine qu’il n’en a pas. Vraiment sans intérêt.

 

10. La tour feat. Jok’Air : Troisième et dernier duo de ce projet. Les featurings sont bien choisis, on a 3 artistes aux univers différents pour enrichir ce projet. Cette fois ils se sont répartis la tache, Sadek sur les couplets, Jok’Air au refrain. C’est une très bonne combinaison, j’apprécie la musicalité, notamment la prestation autotunée de Sadek sur le dernier couplet. On touche à un nouveau thème jusqu’à présent absent : l’Amour, c’est un champ qui convient bien à l’invité. Très propre.

 

11. Petit Prince : 1er extrait de cet album qui nous avait mis une claque. Je vais probablement passer pour une vieille qui radote. Mais sur cette track Sadek est excellent, 6 minutes, 1 seul couplet, pas de refrain, c’est sans artifice, on va droit au but, il met la barre très haute. Quoi qu’on dise, il montre ce qu’il sait faire de mieux ici. Sur ce morceau Sadek donne un clin d’œil profond à l’œuvre de Saint-Exupéry. Pour ce qui est du thème, il s’adresse à un « Petit-prince » des temps modernes à qui il prédit l’avenir. Excellent encore une fois.

 

12. La Vache : Après la référence littéraire on passe à la référence cinématographique, « La Vache » est tirée d’une phrase de Tony Montana dans Scarface, cette référence témoigne de la volonté du rappeur à évoluer dans l’esprit « entertainment ». C’est un très bon morceau qui tourne déjà en boucle sur nos radios, il apporte une fois de plus cette légèreté à laquelle tient tant Sadek. On apprécie.

 

13. Imma : C’est la case à laquelle on n’échappe pas, le thème traditionnel, celui des Mamans. Sadek se livre et offre une vraie déclaration d’amour à celle qui l’a mise au monde. On sent qu’on arrive sur une partie de l’album plus personnelle. J’aime beaucoup la prod (Kore), on passe un bon moment et on apprends à connaître Sadek un peu plus.

 

14. Maladie : Effectivement, Sadek a décidé de nous ouvrir la porte. Ici il s’adresse probablement à celle qui partage sa vie. D’une façon maladroite, il tente de lui dire que malgré les parasites de la vie, il fera tout pour la retenir. « J’ai l’impression que la fin du monde porte ton prénom ». C’est un bon morceau.

Tu m’dis « fais ta vie » mais c’est toi ma vie
T’es ma guérison et ma maladie

15. Villa : Cette track est un trait fort de ce qu’exprime Sadek tout au long du projet. On revient assez souvent sur le prix à payer pour la réussite. C’est même le thème central de l’album. Sadek a découvert la recette du succès, mais il sait ce que cela lui coutera. La prod plus sombre confère une ambiance sérieuse, le tout reste cohérent.

 

16. Dans la lune : C’est le deuxième extrait de cet album. Dans le même esprit, Sadek est tiraillé entre les conseils de ses parents et la hauteur de ses ambitions. Dur de rester soi-même quant on veut la « Villa ». Petite spéciale pour un top refrain sur une prod aux couleurs « neo-orientale ». On kiffe hein !

 

17. Yankee Stadium : Avant la fin de ce projet, on s’arrête à la station égotrip. Sadek revient sur sa réussite et ses ambitions. La prod et ce sample donnent une ambiance majestueuse, comme pour célébrer un aboutissement. Ce morceau est bien trop court, 2 min 43, c’est vraiment dommage. Dommage !

 

18. Ca va aller : Pour refermer la marche, Sadek se forme sur une prod de Double X, duo de beatmakers qu’il fallait également mentionner pour leur présence sur la plus part des titres de l’album. Le duo est aussi connus pour ses collaborations avec Damso, Kaaris ou encore SCH. Sadek s’entoure sans nul doute des meilleurs et c’est pour cette raison que « Ca va aller ». Pour revenir au morceau, Sadek se rassure, pour lui le plus dur est fait, même si le prix est fort, il touche enfin à la lumière. Honnête conclusion !

 

Dans la continuité de « Nique Le Casino », « VVRDL » installe le « nouveau Sadek » à la place des grands. Un disque d’or et une prestation au cinéma avec Depardieu, Sadek ne va pas en rester là. Bien que je ne connaisse pas le prix exact de la réussite, une chose est sûre je commence à connaître la recette de la performance sur les plateformes de streaming : des tracks de plus en plus courtes et des projets de plus en plus long. Sadek s’est entouré des plus influents du moment et c’est un choix pertinent. Cependant, j’ai trouvé ce projet pollué par des titres qui n’avaient peu de sens, je pense notamment à l’enchainement En Leuleu, Sanz, Zahounia, ou je me suis clairement ennuyée. Heureusement, Sadek nous propose un « catalogue » hétérogène et cohérent qui se caractérise par de belles prods, des thèmes variés et un esprit commun pour rassembler le tout.

 

14/20

 

Loukoum@vrairapfrancais.fr

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