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Chronique : Sadek – Johnny Niuum ne meurt jamais

Jonhnny Niuum ne meurt jamais, il revient avec une mixtape

La mixtape de Sadek, JOHNNY NIUUM NE MEURT JAMAIS vient de sortir et je dois avouer qu’en faire une chronique me plaît assez… Sadek a réussi à piquer ma curiosité avec les extraits qu’il a dévoilés et m’a clairement convaincue avec certains, alors qu’à la base, il n’est pas un des rappeurs qui siègent dans mes playlists ! Je garde en tête que ce projet n’est qu’une mixtape (pas un album donc) et j’attends de voir si Johnny Niuum va réussir à me convaincre totalement !

 

01/ La chute : Extrait dévoilé avant la sortie de JNNMJ et je me rappelle avoir violé le bouton replay pendant toute la journée ! La prod est lourde, Sadek dessus est dingue : entre punchlines « J’traîne avec quelques analphabètes qui suivent mes instructions à la lettre ! » et références « Mes adversaires, c’est les Lumières, Voltaire, Jay Z, Jacques Prévert ! » : c’est sale et insolent « Il baise ta meuf quand t’es à l’entraînement : j’appelle ça un poto rentrant ! » et j’adore ça ! Le flow est bon, les ambiances « Nininiiium » et le ton aussi, le jeu de Sadek magnifique : j’ai bloqué sur le clip ! Très bon titre, avec beaucoup d’équilibre, tout ce que j’aime !

« J’traîne avec quelques analphabètes qui suivent mes instructions à la lettre ! »

 

02/ NRV : Extrait lui aussi dévoilé et c’est sur NRV que j’ai eu un coup de coeur pour Sadek ! Une prod et un flow dynamiques, des punchlines, une nonchalance et une insolence qui en imposent : vous mélangez tout ça, et ça rend un titre vraiment pas mal ! Le clip est simple mais bon : tout repose sur le jeu de Sadek, sa gestuelle. Et cette insolence est tellement sale, j’adore ! « Moi j’veux plus fréquenter celles qui ont plein d’qualités : j’les ai tellement trompées… qu’on devrait m’lapider ! »

 

03/ Banlieue : Une prod très lourde qui ne me parle pas plus que ça, un flow saccadé que je n’aime pas : clairement, ce titre rassemble tout ce que je déteste et vous savez quoi ? ÇA PASSE TELLEMENT BIEN ! Je bouge la tête, je connais le refrain par cœur, tout se tient, Sadek se balade, son flow découle. Il me fait rentrer dans son univers musical alors que j’étais loin d’être la cible : je n’ai même jamais habité en banlieue ! Le texte, un hommage à la banlieue donc, à la réussite de certains « J’écoutais NTM, Lunatic, Ärsenik, la Mafia K1Fry : ils ont tout niqué et j’en suis ravi ! » De la punchline insolente : « Chut, j’les crois pas : c’est quand même pas les médias qui vont m’dire c’qui s’passe chez moi ! »

 

04/ T’étonne pas : De la fraîcheur, ce titre passe tellement bien ! Sadek « pousse la chansonnette » sur les couplets, ça change. Le refrain, dynamique. Le pont, ponctué par ses ambiances en fond. Un texte simple mais en réflexion « On m’a dit «Vend d’la drogue : faut qu’tu t’enrichisses», j’ai répondu «Mon pote, j’ai d’autres objectifs» ». Un Sadek plus posé, plus dans personnel « J’pourrais dire qu’c’est toutes des putes, on m’a brisé l’cœur mais j’ai quand même une mère, j’ai quand même une sœur » Bon titre.

 

05/ C’est clair Feat Silax : Titre également dévoilé et c’est sur lui que j’ai moins accroché. Grosse prod qui me parle pas, je rentre pas dans le refrain. « Ah ouais, c’est clair, hein! » Un texte en rime -R, qui traite d’une vérité par les deux rappeurs, d’une certaine logique commune d’où leur accord « Ah ouais, c’est clair ». C’est trop lourd pour moi dans le flow, c’est vraiment posé. Le couplet de Silax, sur la même lignée que celui de Sadek : les deux sont cohérents. Un bon son pour les amateurs de grosses prods !

 

06/ Défonce : Un Sadek plus doux dans son ton, un texte sur la défonce : l’échec, le cercle vicieux… Sadek nous plonge dans son délire, il joue : ses prises de conscience sont rappées, ses délires sont chantonnés avec un peu de vocodeur « Fume une taffe, allume un oinj et bois cul sec à ma santé : tu verras bien qu’au final, la vie fait moins mal défoncé ». La prod est évasive : une belle cohérence, Sadek nous chuchote même à l’oreille sur la fin du track. Bon titre dans l’ensemble.

 

07/ Le jeu : On retrouve Sadek, au naturel vulgaire : « Jeune laud-sa qui se sort les doigts du cul pour les rentrer dans la chatte de la République ! » La prod est sombre, lourde : Sadek règle ses comptes. Le jeu de la vie, ses pertes, ses gains. L’envie de s’en sortir malgré les règles biaisées dès le départ (inégalités sociales et raciales). Un texte bien réaliste, sensé mais sans pour autant être pessimiste : « On continue à jouer tant qu’il y a de l’enjeu… » Sadek montre son côté sérieux, capable aussi de balancer du texte avec de la réflexion, très bon !

 

08/ Des sous : Titre dévoilé lui aussi et je n’ai pas du tout adhéré : la prod est loin d’être ouf, le refain est assez nul, le message est des plus simples : ouais, pour vivre faut des sous… Comment les faire ? Proprement, salement ? « Dois-je braquer un pâtissier pour avoir la part du gâteau » Gênant… Le deuxième couplet est meilleur, le flow découle mais je ne retiendrai pas ce titre, trop pauvre.

 

09/ Heisenberg : « J’me sens comme Walter White quand il fait sa meeeth ! » Le rap français à découvert la série Breaking Bad avec un peu de retard ! Le prod ne me parle pas mais Sadek est très fort dessus, même le refrain est bon alors que c’est loin de ce que j’aime normalement. Changements de flow sur le track, ça dynamise le tout avec des punchlines bien sales qui font la marque de Sadek : « Aujourd’hui, j’te mets des doigts : demain, j’te demanderai peut-être ta main » Bon titre !

 

10/ Jacquie et Michel : Le titre me fait peur, ahaha ! Mais en fait ça va, mis à part le traditionnel « On dit merci qui ? Merci Jacquie et Micheeeel ». Assez sympa ! Sinon, pas grand chose dans ce titre au niveau du texte : c’est plus au niveau technique que ça se passe : dans le refain, Sadek a personnifié des marques grâce à leurs noms (Jack Daniel, Jacquie et Michel, Smith et Wesson et Phillip Morris) : nous avons la chance d’apprendre que lorsque Sadek se fait des sessions hôtel, il se tape des pornos bas de gamme en buvant du sky et en fumant des clopes, le tout armé d’un flingue, voilà ! Le couplet, en -I et -A, Sadek part dans les aiguës pour ses rimes en -I, une autre manière de dynamiser le titre.

 

11/ Tu vas rien faire Feat Brulux : C’est au bout de quelques écoutes que j’ai commencé à kiffer le morceau. Au début, je voyais une copie de « C’est clair » : un feat, des rimes en -R, une prod lourde… Un texte sur les embrouilles, les gars qui ne valent rien dans les affaires. Ça passe tranquillement, c’est calé dans le ton et la prod. Brulux est bon aussi, cohérent avec le ton de Sadek. Bon titre dans l’ensemble.

 

12/ Pas de galère : Le titre que je n’écouterai plus sur cette mixtape : il n’apporte rien de spécial. La prod est simple, pas de grosses punchs sauf ce magique « La France m’a baisé, j’me sens comme Julie Gayet » qui m’a bien fait rire ! Le refrain supra simple, ponctué de « Y a pas de galère » mais j’vois pas le lien entre sa 1ère partie et sa 2ème… Le texte idem, rien de ouf mais je pensais qu’un titre comme ça, une redescente arriverait bien plus tôt dans la tracklist !

« La France m’a baisé, j’me sens comme Julie Gayet »

 

13/ Zanotti : Dévoilé il y a presqu’un an maintenant, un track louuuurd ! Déjà par la prod, des cordes bien dynamiques. Sadek incisif dans les couplets, peut-être un refrain « en dessous », je ne rentre pas dans le refrain chantonné mais les couplets sont dingues, ses ambiances en fond aussi ! Sale, insolent, de la folie surtout sur le 1er couplet ! « Bébé, avant d’t’embrasser, j’pensais déjà à te faire avorter ! ». Les répétitions rapprochées amènent beaucoup de force au track « Qui croient encore que leurs daronnes sont vierges, que leurs, que leurs, que leurs, que leurs daronnes sont vierges ?! » Bon titre !

 

14/ Liberta : Mon coup de cœur ! Un Sadek sérieux, posé, réfléchi, laissant son insolence et sa folie de côté. Quel morceau et quelle prod : douce, sereine, c’est beau. Lui, on l’écoute et il bluff d’autant plus. La liberté en général, message universel bien traité par le rappeur. Un coup de gueule envers l’État qui choisit les mauvaises solutions pour régler les mauvais problèmes. « La moindre étincelle de révolte, gérée par des canadairs » / « Plus de procédures pleines de vices, que de vices de procédures ». Un très bon refrain aussi, pour un très bon titre !

 

15/ Le sang, la sueur et les larmes : On retrouve un Sadek dur pour terminer ce projet. La prod est lourde et mélodieuse : j’aime beaucoup ! Le rappeur est énervé et il est fort dans ce registre, haineux, déversant son venin ! « Ils ont le seum sur Johnny depuis qu’il a maigri, et bah c’est lui qu’elles préfèrent ! » / « C’est 93, Neuilly-Plaisance, c’est normal : j’vous baise avec une certaine aisance ! » C’est amer, authentique : Johnny nous parle et remet les points sur les i, comme une mise en garde, un avertissement pour la suite. Très bon titre !

Et bien, c’est une très bonne mixtape ! Un projet qu’on écoute sans se prendre la tête. Je trouve que Sadek est un rappeur complet : un flow qui peut changer d’un track à un autre, parfois même d’un couplet à l’autre. C’est vif, grinçant… Ça pique, on sourit à ses images assez sales, on s’ambiance avec ses « Nininiuuum ! » en fond : on ne s’arrête pas ! Je ne me suis pas ennuyée pendant l’écoute, malgré deux titres que j’aurais enlevé du projet (C’est clair et Pas de galère). Il y a aussi du fond, de la répartie, de l’idée. Malgré ça, je ne retiendrai pas les prods qui dans l’ensemble ne sont pas ouf, mais la technique et la voix de Sadek sont à prendre en compte. Mention spéciale aussi pour le jeu, la gestuelle de Sadek dans ses clips, qui leur donne beaucoup de force.

Mon Top 5: La chute / Liberta / NRV / T’étonnes pas / Le sang, la sueur et les larmes

NOTE : 14/20

proydelaunay974@hotmail.fr

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