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Chronique : PNL – Que la famille

Premier projet d'un groupe bientôt culte

Sorti le 2 mars, c’est un peu sur le tard que « Que la Famille » est arrivé jusque dans ma discothèque. PNL c’est Ademo et N.O.S, mais surtout PNL c’est la force du bouche à oreille. Un projet de douze titres (le format idéal selon moi) qui investit les écouteurs de plus en plus de monde, et qui divise, comme souvent. Largement plébiscité par des acteurs du « journalisme game » comme Medhi Maizi (l’abcdr du son) ou Genono, fondateur du site Captchamag (voir article : PNL, des mains faites pour les disques d’or), la fièvre Peace’N’Lovés grappille lentement mais sûrement du terrain dans le microcosme du rap. Le train PNL est en marche, premier arrêt : Que la famille.

 

1/ Je vis je visser : Le top titre du projet si l’on se fie à Deezer, et finalement assez révélateur de sa couleur. Instru transportante, autotune maitrisée, paroles nonchalantes pour raconter  une réalité bien éloignée de la vie en rose. « Je m’ennuie (…) J’bibi (…) Je m’enfuis », pour l’originalité du thème on repassera, pour celle de la forme en revanche c’est là que PNL fait toute la différence. Bienvenue dans leur propre dimension. Bon titre porte-drapeau pour se plonger dans l’album.

« Y’a que quand tu descends en enfer
Qu’tu veux m’renvoyer l’ascenseur »

 

2/ Lala : Une boucle jazz, un rythme indolent, on embarque sur le bateau de croisière PNL. Les frangins du quartier des Tarterêts savent y faire pour planter une ambiance. Mollasson pour les uns, délicieuse force tranquille pour les autres, je me range plutôt dans le deuxième camp. C’est un style relativement inexploré que manie PNL, souvent planant, mais toujours avec un côté street.

 

3/ Différents : Après deux tracks enivrants, la fratrie prend enfin les armes, sur une instru conquérante, on passe en mode gladiateur. Davantage percutant, on ne prend le temps de respirer que sur le refrain un peu plus chantant, sinon c’est une déferlante de lyrics sanglants. Toujours cette touche vocoder, mais pas plus dérangeante que ça. C’est comme si les bougres avaient déjà trouvé la bonne ligne de mire dès leur premier projet. OUNGA OUNGA !

 

4/ Obligés de prendre : L’impression d’être dans une bulle en haute altitude…Ce ne sont certes pas les plus grands paroliers de l’hexagone mais tout le charme réside dans l’atmosphère créée. Difficile, voir impossible de leur reprocher de faire comme tout le monde. Bon morceau, lyrics, instru, fond et forme, tout est cohérent dans ce son.

 

5/ De la fenêtre au ter-ter feat Bizon, Ilinas & Spion : Si les anti-autotunes extrémistes ont survécu jusqu’ici, ce cinquième track devrait porter l’estocade ! Pour les autres, pas de surprise, la direction artistique du morceau est dans la lignée des précédents. Les invités se relaient sans homogénéité mais le travail reste bien fait, pas de couplet particulièrement mémorable, en revanche un refrain entêtant qui porte le tout.

 

6/ PNL : Le titre éponyme se place idéalement en plein milieu du projet, et il est plutôt bon. PNL a le sens de la formule et l’art du refrain efficace, et il n’en faut pas plus pour obtenir un cocktail qui marche. « PNL, le caleçon pue la beuh ». Pas grand chose à redire, il suffit d’apprécier.

 

7/ J’comprends pas : La nonchalance, encore et toujours. La puissance, encore et toujours. Le refrain parfait, encore et toujours. L’impression de se répéter, mais c’est comme si PNL avait trouvé une recette savoureuse qui se dérive à l’infini. « J’comprends pas pourquoi on me comprend pas ». Taga, armes & crise de conscience, ou comment traiter des thèmes graves avec une légèreté rarement utilisée dans le rap francophone.

 

8/ Gala Gala : Les onomatopées, un autre atout charme d’Ademo et N.O.S, le risque aurait été de donner un air d’attardé à leur musique, sauf que c’est une dimension sauvage que prennent finalement les morceaux du groupe lorsque les deux frères utilisent le procédé. Un morceau plein de rage, ambitieux, fédérateur et bien sûr égotrip à souhait, mais pas que. « C’est grâce au hram qu’on a mis des zéros sur nos salaires » « J’ai pas d’Audi TT, j’pars pas, pas l’choix, j’bibi c’t’été » PNL ne roule pas encore en lambo sur les côtes californiennes, donc l’heure est au charbon pour espérer un horizon moins gris.

« J’croyais sauver l’monde, pardonnez-moi je n’y changerai rien
Dans le présent, dans le futur, j’pète une niax avec le dernier terrien »

 

9/ La petite voix : Ce morceau, c’est une berceuse. Une berceuse qu’on écouterait dans une boîte de strip-tease, les yeux plissés par la fumée, à l’heure où l’aube pointe le bout de son nez. Un des meilleurs tracks de l’album, un univers parallèle, les sentiers battus du rap ça fait longtemps qu’on les a perdus de vue . Au fait, tout ce qui sera consommé à l’écoute de ce son devra l’être avec modération svp.

 

10/ Athéna feat Rkm & N’dirty Deh : Retour sur Terre, refrain au flow saccadé, comme on l’a entendu 1000 fois ces dernières années, mais bizarrement, ça passe. Décidément…J’accroche pas pas plus que ça aux couplets en revanche, oui fallait bien trouver un truc. Pas le chef d’oeuvre du projet.

 

11/ Recherche du bonheur : A force de balancer « Ounga Ounga » à chaque morceau on se demanderait presque si on a bien changé de piste. A part ça le son est très convaincant. Introspectif,  dans « Recherche du bonheur » PNL a les dents longues. « Donne moi des ailes pour que j’m’envole / J’regarde le ciel cloué au sol ». Quitte à s’y brûler comme Icare…

 

12/  Simba : Le son se dessine assez clairement en deux parties distinctes, divisé par le couplet d’NOS puis d’Ademo (d’ailleurs je crois que c’est la seule fois où j’arrive à les distinguer les doigts dans le nez). Evidemment, on ne pouvait pas conclure l’album par un morceau qui boucle la boucle. Ben non, on fait jamais rien comme tout le monde chez PNL. Morceau OVNI, comme tous ses compères, cette fois ci le flow laborieux d’Nos vient précéder le couplet coup de poing de son frangin, le tout sublimé par le refrain. Les mecs te mettent limite l’eau à la bouche alors que c’est le dernier track. Dans le jargon des séries tv on appellerait ça un cliffhanger, et c’en est un.

 

Dans l’outro de « Mowgli », Ademo lâchait « Je suis pas un rappeur, sans vocodeur je suis claqué »… Bon du coup vous êtes quoi ? Ce n’est même pas important après tout. «

Que la famille » et PNL ne ressemblent à rien ni personne. J’avais lu un commentaire Youtube qui disait « ce n’est pas du rap performance mais c’est du rap d’ambiance ». Je crois qu’on est dans le mille, et il n’y a rien de rabaissant à ce qualificatif, bien au contraire. 2015 nous a réservé quelques (très) bons skeuds, mais ce projet c’est le vrai sang neuf de l’année. Et pourtant, nul doute qu’il va diviser (et il divise déjà) les esprits, mais comme cela a été dit précédemment : le train est en marche. Les sceptiques interrogent déjà la capacité à se renouveler, on en est pas encore là. La locomotive c’est la famille, et seulement la famille ; le chemin n’est pas encore tracé mais PNL a la carrosserie pour tout défourailler. Prochain arrêt : Le Monde Chico.

NOTE : 15/20

tomlansard21@hotmail.fr

Tom, jeune et bien élevé. Sudiste et sans accent, le journalisme comme choix de vie le zin. On aime une mesure bien tournée comme un juron bien senti. De l’autotune sur les tartines le matin, les premières romances avec la nocturne le vendredi soir, pas peur d’aller s’enfoncer dans les abysses des suggestions Youtube. Tout a plus ou moins commencé avec Rohff, mais comme souvent les histoires d’amour finissent mal, en général.

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