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Chronique : PNL – Le monde Chico

Après l'énorme succès d'estime du 1er projet, PNL présente son 1er album

Bon sang. Qu’est-ce qui n’a pas encore été dit sur PNL ? Depuis «Que la famille», sorti début mars, c’est comme s’il était passé un ouragan, qui aurait foutu un sacré bordel dans le microcosme du rap… PNL c’est de la merde, PNL ce sont des génies, « vide lyrical », « mirages mélodiques », « nivellement du rap par le bas », « phénomène rap », « PNL a changé ma vie » (bon ok ça c’est de moi), « deux Saiyans », « kékés gominés », même une théorie de complot… Non franchement, depuis quelques mois c’est bien trop le bordel sur internet. Avec la sortie de leur deuxième projet en moins d’un an, « Le Monde Chico » le 30 octobre, PNL s’est tout simplement approprié cette année 2015. Leur silence médiatique a mis les crocs à tout le monde, les sites ont la bave au lèvres, Laurent Bouneau a déjà fait le ménage à Skyrock pour le Planète Rap, et sur Facebook et Twitter apprécier PNL ou pas divise plus la populace que « Je suis Charlie ». Moi-même je mets mes relations sociales à rude épreuve quand le sujet vient sur la table. « Mais comment tu peux sucer de telles merdes cramées à l’autotune qui chantent ounga ounga comme des mongols et faire le difficile avec Nekfeu ou Big Flo & Oli qui ont une tonne de références variées et ont taffé dur ??? ». Mais cessons de parler de moi, ces gens-là sauront à quoi s’en tenir lors du jugement dernier. On disait donc : Qu’est-ce qui n’a pas encore été dit sur PNL ? Et bien, si on parlait de l’album, pour changer.

« – Toi tu peux apprendre, moi je veux posséder ce qui me revient.
– Et qu’est ce qui te revient à toi Tony ?
– Le monde, chico, et tout ce qu’il y a dedans. »

 

1/ Le monde ou rien : Ce morceau, c’est le thermomètre de « phénomène » PNL. Plus de 10 millions de vues sur Youtube, loin devant le reste de la discographie. Le clip et la musique de ce track ont fourni de quoi débattre, écrire des articles, et découvrir le groupe pour les 4 mois suivant sa publication. Les paroles, les gimmicks, la gestuelle, le choix du décor, la réalisation, le refrain ahurissant, il n’y a pas un détail qui ne soit pas mythique dans cette vidéo, une carte de visite en somme. Donc Ademo c’est le gominé avec le collier de Robert Hue et N.O.S c’est celui avec le catogan qui a, à peu de choses près, le corps de Broly. Voilà pour les retardataires.

 

2/ Sur Paname : Sur twitter j’ai pu voir « Sur Paname de PNL > Tout le dernier album de Lino ». La dure loi de la jungle. Dire que c’est vrai relèverait peut-être un peu de l’extrême, mais dire que c’est complètement faux ce serait se donner une fausse bonne conscience. Je me mouille à peine. Plus sérieusement, quel morceau délectable… Au diable le premier couplet un peu laborieux et crapuleusement vulgaire. Une fois arrivé au refrain il suffit de se laisser flotter, puis glisser sous les lumières de la capitale dans une limousine d’autotune (imagine putain).

 

3/ Oh lala : Les mauvaises langues ne se retiendront pas d’y aller de leur petit commentaire : « Après Lala, Gala Gala, voilà Oh lala lol mdr », ne mangeons pas de ce pain là. Avalez le venin comme dirait señor Bielsa. Toujours quelques saillies bien senties pour entamer le morceau, puis place à l’oeuvre. Généralement, deux chemins s’offrent à vous, notamment en regardant le clip : soit on est encore plus convaincu que PNL c’est vraiment de la grosse merde, soit on tamponne sa carte de la secte Peace’N’Lovés. Musicalement, c’est sans doute ce qui se rapproche le plus de ce qu’on pourrait appeler du cloud rap à la française.

 

4/ J’vends : Toute ressemblance du refrain à Leonard de Vitry et son « Pointeur hebdomadaire » dans Radiostars ne serait que fortuite. On espère, du moins. La musicalité n’est pas négligé pour autant, après tout l’a-t-elle déjà été ? Généralement, PNL parle pas mal de bicrave, voire beaucoup. « J’vends » est un peu l’ode à cette pratique. Indigeste ? Un peu. Addictif ? Évidemment.

 

5/ Abonné : Plus qu’un coup de coeur, une claque atomique. L’équilibre majestueux entre des couplets efficaces et un refrain, comment dire, sauvage. Quand les frangins laissent de côté leur nonchalance caractéristique pour lâcher les loups dans la nature, ça fait aussi son effet, et quel effet !

 

6/ J’suis PNL : Calvin Harris, DJ Snake, Majoz Lazer… ce beau monde peut bien aller se rhabiller. Car au fond, on sait tous que le hit de l’été c’est celui là. Un clip tout en rayons de soleil, narguilé et tartines de Nutella. Ce côté mystique, qui enivre les foules, comment ne pas vouloir aller, nous aussi, à Alicante faire l’avion avec ses bras de toute son envergure, les yeux balayant le sol.

 

7/ Mexico : Très complet. Le décor prédomine encore une fois, le fond est appliqué, les premiers retour après la sortie de l’album n’ont pas manqué de saluer ce très bon morceau. Mention très spéciale pour « J’suis ce genre de cassos qui drague une Anglaise en espagnol ».

 

8/ Porte de Mesrine : Le paradoxe entre un refrain chantonné, presque insipide, et des couplets d’une intensité rare. Tant dans l’interprétation que dans le contenu, on se fait marteler les lines dans les oreilles. Un registre relativement inexploré jusqu’ici par le groupe. Terriblement séduisant.

 

9/ Dans ta rue : Après la banlieue napolitaine et le sud-est de l’Espagne, retour au quartier. Comme un symbole du travail de PNL en général, tout nous rapporte à la cité et ce qui lui colle à la peau, pourtant une force céleste nous maintient au dessus de ce paysage grisâtre. Des fois, on a un élan de lucidité, on se dit : « mince, je suis transcendé sur le morceau de deux personnages un peu loufoques qui répètent 50 fois « Hi-hé Hi-Hé », et de plus en plus fort de surcroît ». Mais ça ne dure jamais bien longtemps.

 

10/ Laisse : « Nos clips méritent le festival de Cannes », voir un jour Vincent Lindon et Patrick Dempsey se bousculer sur le tapis rouge pour la projection en avant première de Simba 2.0, ça vaudra son pesant d’or. Sinon ce titre est un bébé typique de la formule PNL, un ensemble très carré, propre, et un refrain délicieux. À ce niveau là, on n’est plus très loin de la sorcellerie.

 

11/ Loin des hommes : Une ambiance presque solennelle, glaçante de sincérité, « ça caille en bas du bat’, j’visser, l’hiver / Les dents qui claquent, pas les couilles ». Moins de fantaisies, plus de sobriété. Less is more.

 

12/ Le M : Encore un copie très propre, que ce soit dans la structure ou les changements de tonalité vocale. On emballe le flow au bon moment et on temporise quand il le faut. Et puis ce sens de la gimmick ; cette capacité à attribuer à chaque morceau, et surtout pour les refrains, ces interjections qu’on retient, à travers lesquelles passent les émotions et qui marquent l’identité du morceau.

 

13/ Rebenga (feat RKM) : L’une des nombreuses pépites du projet. Les ruptures entre les flows et le rythme général du morceau sont encore une fois remarquablement maitrisées. RKM, la moitié du groupe DTF (oui la dictature du blaze à 3 lettres est plus influente que ce que l’on croit), s’inscrit dans le projet de manière on ne peut plus cohérente. Sans surprise, vu la direction artistique de DTF en général, à la limite du mimétisme avec PNL. Refrain minimaliste impeccable.

 

14/ Plus Tony que Sosa : Le premier extrait de l’album vieillit plutôt bien, lui qui avait emboîté le pas au superbe « Simba », dernier morceau clippé du premier projet. Plus street et moins aérien, l’exercice de style est maitrisé. Le clip par ailleurs, s’il n’a de révolutionnaire dégage une vraie puissance et s’ajoute à la pertinence du propos.

 

15/ Que la mif : Deux lectures sur ce morceau, on devine que c’est le son où on fait tourner la cuillère : Alors d’une part l’enthousiasme général est appréciable, et même communicatif. En revanche le niveau n’est pas exceptionnel, et finalement l’intérêt d’un tel track pour l’auditeur reste discutable .

 

16/ Tempête : Une force tranquille. Le refrain faussement poussif dégage une superbe vibe, Ademo qui reprend son début de couplet de « J’comprends pas », bon sang il y a même de la nostalgie dans ce disque.

 

17/ Dans la soucoupe : Grosse instrumentale, les voix pesantes des deux rappeurs écrasent le morceau. Belle sortie de scène, et comme un symbole, dans la soucoupe vers un autre monde.

 

Il y avait pourtant de quoi se viander. Avec cette furie fanatique tout autour, la réalité de certaines carences lyricales, le choix d’opter pour un format plutôt long, et cette fois-ci pas d’effet de surprise… Il n’en fut rien, Le monde Chico est un album remarquable, à la fois cohérent dans sa direction artistique et varié dans ce qu’il propose. Il n’en demeure pas moins vrai que les sujets sont parfois redondants et ces obscures histoires de prods non créditées entachent quelque peu le rendu final. D’un autre côté, Que la famille, que la famille et rien que la famille, PNL nous bousille avec son crédo, alors pour UNE fois que des rappeurs vont au bout de leur idée, bon. Ce deuxième projet est dans la continuité du précédent, avec une vraie valeur ajoutée, de très bonnes idées, une imagerie propre et une écriture qui alimente une identité très forte. Musicalement, le contrat est rempli, et quand il faudra faire les comptes en fin d’année, on ne risque pas grand chose à mettre un piécette sur PNL, tant son impact a eu une portée retentissante. La suite ? Leur rapport futur aux médias, leur adaptation sur scène, leur prochains choix artistiques, comment tirer le meilleur de cet album, l’arrivée probable de centaine de clones, tant de questions que va devoir affronter le groupe et bien malin celui qui saura d’ores et déjà prédire de quoi l’avenir de nos deux frangins sera fait. En attendant, marquons une pause dans cette consommation boulimique à cent à l’heure de tous les projets que cette fructueuse année nous fait ingérer, et apprécions Le monde Chico à sa juste valeur. Le plus longtemps possible.

NOTE : 16/20

tomlansard21@hotmail.fr

Tom, jeune et bien élevé. Sudiste et sans accent, le journalisme comme choix de vie le zin. On aime une mesure bien tournée comme un juron bien senti. De l’autotune sur les tartines le matin, les premières romances avec la nocturne le vendredi soir, pas peur d’aller s’enfoncer dans les abysses des suggestions Youtube. Tout a plus ou moins commencé avec Rohff, mais comme souvent les histoires d’amour finissent mal, en général.

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