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Chronique : PNL – Dans la légende

Chronique sur le dernier album de PNL "Dans la légende"

« Marquons une pause dans cette consommation boulimique à cent à l’heure de tous les projets que cette fructueuse année nous fait ingérer, et apprécions Le Monde Chico à sa juste valeur. Le plus longtemps possible. ». C’était les dernières lignes de ma conclusion sur la chronique de Le Monde Chico, sorti le 30 octobre 2015. Oui, je me cite moi-même. Vous pourriez considérer ça comme de la branlette cosmique, et vous auriez raison. Mais ça va faire un poil moins d’un an que l’album de l’explosion est sorti pour PNL, et JAMAIS il ne s’est essoufflé. Au départ on comptait les jours, puis les semaines, et mêmes les mois après sa sortie, la pertinence est restée intacte. Un vrai tour de force là où les projets de rap semblent plus lourds que Mauvais Oeil le vendredi soir selon Twitter -ou le mercredi/jeudi quand ça a leaké- et dont on a oublié le nom de l’artiste deux week-ends plus tard. Dans la foulée de sa nouvelle exposition, PNL a entretenu l’intérêt autour de son travail jusqu’à Dans la légende d’une main de maître. Toujours pas d’interviews, mais une communication d’une précision chirurgicale. Tout au long de l’année et malgré quelques accrocs comme la suppression du clip de « Tchiki Tchiki », le clan PNL a disposé ses pions avec une maitrise étonnante pour des artistes rap : artworks du duo, clips, teasing, annonces, proximité, cover… Le duo -bien entouré, et c’est primordial- a fait des réseaux sociaux et d’Internet en général son grand échiquier. Tout ça pour nous maintenir en haleine et nous amener vers ce nouvel album, extrêmement attendu, forcément. Un sentiment d’agitation, d’espérance, de crainte aussi envahit les esprits. Il y a un an le monde ouvrait les yeux sur ce groupe à trois lettres qui brûlait les oreilles des porte-paroles du bon rap. Depuis, c’est le fait de pas lâcher un mot en interview qui turlupine les médias, aboutissant à un concerto d’articles sur le « mythe PNL ». Ici, c’est bien sur la musique sur quoi PNL est plus que tout attendu au tournant. Allez, chauffe Marcel !

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1/ DA : Le choix de la sécurité. Placé en début de disque, « DA » met dans de bonnes dispositions. Parce qu’on a tous -sauf peut-être quelques impies errants- été convaincus par « DA ». C’était vraisemblablement le meilleur extrait de l’album, Ademo y bastonne la prod de Soulayman Beats sans relâche, impérial au couplet comme au refrain. N.O.S fait le travail, pose sa patte plus langoureuse et casse un peu le rythme. Le singe ricaneur sur le trône, le retourné comme Papin, le disque d’or au quartier et Eva Mendes sous le charme, la copie est parfaite.

 

 

2/ Naha : Le fameux morceau teasé à la fin du clip de « DA », qui a laissé les fans du groupe dans une impatience dévorante. Référence probable à la capitale d’Okinawa, petite île préfecture du Japon -et accessoirement berceau du karaté pour les amoureux de Chuck Norris ou de Jean-Claude Van Damme. Très bon lever de rideau d’N.O.S, Ademo toujours soigné, une ambiance captivante, des clins d’oeil à la culture nippone, à Zelda, à Raï, aux anciens morceaux, et à l’organe féminin. Un refrain entrecoupé de « hmmm » qui vient tronquer chaque bout de phrase. Pas de doute possible, vous êtes bien dans un morceau de PNL.

 

Et le clip, quel clip ! Un exercice de mini fiction, qu’on avait déjà pu voir dans « Plus Tony Que Sosa », qui n’était pas mal du tout, et plus globalement sur certains morceaux de QLF où les deux se mettaient en retrait pour le bien de la storytelling du clip. « Naha » est franchement bien foutu. Surtout qu’un court-métrage avec une histoire très quartier, ça peut vite tourner au kitsch si c’est mal réalisé. Mess, à la réalisation, quasiment le troisième membre de PNL.

 

 

3/ Dans la légende : Exquis. On remet du rythme après la balade de Naha, ça rebondit agilement entre les mesures, très bien construit, à peu près tous les ingrédients qui font la recette et la réussite du groupe. « Xin xin xin xin zang / Khey khey khey khey khey / J’sors des mots de merde/ Et tu m’payes payes payes payes payes » Un bon petit pied de nez au passage. C’est tellement bien foutu qu’on a même pas envie de pinailler sur cet acharnement à prononcer Miami « Maïamaï ». Un nouveau très bon passage pour N.O.S qui tranche avec les apparitions pas toujours étincelantes qu’on avait pu avoir depuis Le Monde Chico.

 

4/ Mira : Une vraie sucrerie. S’il fallait choisir un morceau qui dégage le plus les couleurs de l’illustration du projet « Mira » serait l’heureux élu. Baille broliker à la production -qu’on retrouve sur « Zer » de Booba notamment (Nero Nemesis)-,  Le piège pour le duo quand il s’attaque à ce registre  très cloud qu’il maitrise si bien et le caractérise tant c’est de sombrer dans du ‘‘PNL qui ferait du PNL’’. C’est-à-dire se poser sur un registre acquis, où ils ont leurs repères, des facilités, et balancer un truc sans trop forcer en sachant qu’avec deux-trois pantalonnades le tour est joué. Il n’en fut rien, « Mira » est superbe, dans l’atmosphère, la mise en forme et le rendu.

 

PS : Je profite du « petit pelican » qu’on retrouve sur le refrain : lors du ‘’passage’’ de PNL dans Planète Rap, Skyrock a diffusé un inédit intitulé « Petit Pélican » malheureusement introuvable en qualité mp3 et débarrassé du jingle de la radio -planté juste en début de refrain histoire de bien putréfier le truc, GENIUS- alors appel aux décisionnaires, faites un geste.

 

5/ J’suis QLF : Un terrain connu, puisqu’on l’a plus ou moins tous poncé cet été. Sorte d’écho tropical à « J’suis PNL » dans Le Monde Chico, déjà prédestiné à être un hymne de la période estivale. Quand « J’suis PNL » te reflétait le plein soleil dans les yeux et te chatouillait du sable du de la Costa Blanca, « J’suis QLF » plonge tes panards dans la mer et te met un petit coup de Brumisateur dans tes cheveux. Un travail audiovisuel parfaitement calibré pour le clip, et voilà qu’on avait de quoi patienter jusqu’au 16 septembre. Sans doute moins ambitieux musicalement que ne l’était son grand frère du précédent projet, « J’suis QLF » reste un bon cocktail de chantonnades à savourer sans modération. À noter que la prod est assurée par MKSB, qui officiait déjà sur « J’suis QLF » et « Le Monde ou rien ».

 

 

6/ La vie est belle : Première flèche décochée en Mars dernier après le succès retentissant de Le Monde Chico -mis à part les inédits livrés à Skyrock pour le Planète Rap- , « La vie est belle » laissait un peu perplexe. Le concept d’ « Oh Lala » revisité sous un autre prisme musical et visuel mais très attaché aux mêmes codes. À l’usure le morceau convainc mais sur le coup il y a cette frustration de flotter au dessus du sol sans jamais vraiment s’élever pour de bon. Mine de rien, le morceau a ses petits artifices qui fonctionnent bien, son envolée virevoltante qui se déclenche après le « Oh, la vie est belle », et puis le clip, véritable usine à screen potentiels pour chaque plan -chapeau au talentueux Mess à la réalisation encore une fois dont le travail dépasse presque le son en lui-même.

 

 

7/ Kratos : L’impitoyable et féroce personnage de God of War comme analogie générale. « Yemma, yemma, yemma  / J’ai tant de haine, j’charbonne, j’fais pas de pause (…) J’deviens mauvais, comme Kratos » On peut regretter un morceau un poil monotone qu’on aurait aimé voir décoller davantage. La maman en hommage -que serait un album de rap français sans cela-, une forme très guimauve en opposition à un fond plus brutal, mais aussi bercé par les rêves de gloire. Pas forcément marquant aux premières écoutes, plus prenant avec le temps en s’arrêtant mieux sur le propos.

 

« Plus très loin du sommet, j’veux garder les pieds sur terre, je garde une photo d’en bas / J’me rapprocherai de l’enfer pour éloigner les démons de la nouvelle villa ».

 

8/ Luz de Luna : Surprenant. Surprenant dans ses caresses de guitare en fond, comme un clin d’oeil léger aux musiques espagnoles, surprenant par le couplet d’Ademo tourné en dialogue avec lui-même, ou encore par un refrain axé sur la répétition à outrance. Petite prise de risque tout de même dans un registre rarement -même jamais- abordé. Tout un enchaînement de mesures qui font références à d’autres passages plus ou moins connus de la discographie du groupe. Comme souvent chez PNL, le morceau se bonifie avec les réécoutes, pour tranquillement trouver sa place de choix dans la tracklist.

« J’monte sur scène, l’impression d’être une bête de foire / Pas envie de parler, pas envie de te voir »

 

9/ Tu sais pas : Un des titres les plus intéressants et intrigants de l’album. Peut-être même l’un des  plus importants. Jamais la proximité entre les deux moitiés de PNL n’aura été si exhibée. Comme un sentiment de défoulement, une revendication décomplexée de la satisfaction d’en être là aujourd’hui. Beaucoup d’entrain, un corps-à-corps maîtrisé avec la prod, et un refrain déchirant l’autotune pour aller chatouiller les cieux. « Tu sais pas » est à ranger dans les hauteurs.

 

10/ Sheita : Dans les discussions autour de Dans la Légende « Sheita » reste un peu sur le banc des oubliés. Pas vraiment encensée, ni même descendue pour autant, la dixième piste a le malheur d’être la transition entre deux des meilleurs morceaux de l’album. Lorsque le projet tourne un boucle, en aléatoire comme en lecture classique, le son est un liant entre deux titres, un rythme indolent, un peu en dessous de la moyenne mais pas dérangeant. Simplement en manque d’un marqueur fort de son identité, comme une grosse gimmick, un refrain prenant, un couplet qui dépote ou même une prod vraiment intrigante. Ok, il y a quand même les petits sifflements. Une prestation propre mais pas renversante, Gilles Lellouche dans La French. Tu l’avais pas vu venir celle-là.

 

11/ Humain : Ceux qui n’avaient pas encore mis la main sur le leak de l’album en milieu de semaine dernière ont très vite vu circuler les réactions de chacun à la découverte d’ « Humain » : des images d’explosions ou d’écouteurs en feu pour illustrer toute la déflagration qu’est ce track. À raison. Comme un épisode de Gomorra, « Humain » te laisse en sueur dans tes vêtements, gisant au milieu du lit un pied par terre et le regard dans le vide. Ademo fracasse encore plus fort que sur « DA » et ne laisse que des miettes au petit frère qui remplit quand même le contrat. Le teaser posté pendant l’été ne laissait entrevoir que quelques écailles du monstre. Jeux de voix, de flow, d’interprétation, maitrise du refrain, tout en performance.

 

12/ Bambina : Chantonnant, mélodique, « Bambina » n’est ni plus ni moins qu’une balade « PNLienne ». Une parenthèse brumeuse. Il fallait bien mettre un coup d’extincteur sur les braises laissées par « Humain ».

« Mes frères savent bien qu’j’les oublierai pas / La mif sait bien : sans elle j’m’en irai pas / Elle est belle, mais elle kiffe trop PNL /J’pourrai jamais lui présenter mes séquelles »

 

13/ Bené : PNL inaugure sa première zumba certifiée. 3 minutes 10 de déhanché sucré. Forcément au début, ça surprend un peu. Non pas qu’on soit fermé d’esprit -en 2016 ce serait un comble mais quand même, ce n’était encore jamais arrivé que l’on retrouve ce genre de rythmiques dans le registre du duo. Mais là où beaucoup d’artistes ont opté pour un tempo bien plus emballant histoire de s’assurer au moins que l’auditeur trémoussera machinalement des épaules même si le son est passable, ici la structure est plus ralentie, les mouvements décomposés, ce qui facilite sans doute l’adaptation pour les deux frangins . Dans cet exercice périlleux et vraisemblablement inhabituel, N.O.S est assez surprenant, Ademo convaincant -au refrain notamment-, pas un tremblement de terre mais une jolie pirouette.

 

14/ Uranus : J’ai déjà utilisé ‘‘la balade PNLienne’’ et ‘‘parenthèse brumeuse’’pour « Bambina » ? Faites un upgrade et vous obtiendrez « Uranus ». Par son application dans la mise en place de l’atmosphère générale, dans l’ambiance voulue du morceau, PNL fait d’ « Uranus » son hypotypose (fallait pas dessiner sur la table en seconde). Ou plus simplement : quand dire c’est voir. Les frangins de Tarterêts ne font pas que dire, mais ils utilisent au maximum le potentiel de la prod et leurs outils de réalisation pour donner de la pertinence à leurs ambitions artistiques.

« J’voulais le monde, aujourd’hui je veux jongler avec / Demain j’lui pisse dessus et j’pars sur Namek »

 

15/ Onizuka : À nouveau un morceau à la tendance très cloud, à la croisée des chemins entre les boules féminins et les mangas japonais. Dès la première écoute, « Onizuka » te marque. À la seconde il te séduit encore davantage, la troisième est généralement la plus fatale, tu adores « Onizuka ». Les notes du « Ouuuuh » tirées jusqu’aux nuages sur le refrain avant de ramener brutalement au sol y sont pour beaucoup. Très bon titre. D’ailleurs, ne pas hésiter à jeter un coup d’oeil à Rap Genius où le co-producteur BBP apporte son petit commentaire sur la réalisation finale.

 

16/ Jusqu’au dernier gramme : Vous et moi savions déjà que N.O.S et Ademo, ça défonce. Mais pour certains -mécréants, je vous l’accorde- ça n’écrit pas assez, ça se repose sur les artifices, et c’est mal coiffé. Pour le dernier point, ce morceau ne changera probablement rien, en revanche pour le reste c’est un joli majeur levé. Deux solos, chacun sa partition, pas de refrain, le tout sublimé par une prod exceptionnelle d’Abis Musique qui vient suspendre le temps autour de la fratrie. La voix saturée d’Ademo en guise d’outro pour finir en apothéose.

 

17/ Cramés (Version Rose) : Le teint de voix de Nabil aka N.O.S résonne un peu différemment qu’à l’accoutumé. Le phrasé moins mâché, le rendu est bon, très bon. Contrairement à ce que la couleur aurait pu laisser présager, les détenteurs de la ‘‘Version Rose’’ n’écopent pas d’une balade. Ils ont même là un morceau super bien foutu, qui gagnerait sûrement beaucoup à être mis en avant (par un clip ?) plutôt qu’à être relégué comme simple bonus alternatif.

 

18/ Je t’haine (Version orange) : BBP, derrière cette prod, indique sur Rap Genius qu’il avait d’abord proposé son produit à Vald, sans succès. Elle atterrira finalement dans les studios de PNL, qui l’utiliseront pour leur second bonus track, ce qui est tout à fait appréciable, le morceau « Je t’haine » étant bien produit, et les deux frères dans leur zone de confort. Douceur.

Dans la légende porte-t-il bien son nom ? Un grand OUI. D’abord parce qu’il a complètement déréglé la sphère médiatique, tout le monde a voulu son article accompagné d’un artwork ou d’un cliché du duo pour son média. Jusqu’à l’écoeurement. On était pas loin de Jean-Pierre Pernaut qui annonce la sortie du projet le 16 septembre à 13h, t-shirt QLF sur les épaules. Dans la légende vient s’ajouter à la saga PNL le plus naturellement du monde. Assez différent pour se démarquer, et assez cohérent pour s’y retrouver. L’effet de surprise est moindre que par le passé, mais le contenu donne toujours autant de satisfaction. Ce troisième projet expose plus que jamais la maitrise du groupe sur sa gestion des voix, sa manière se sublimer les instrus, découper les morceaux. Quand on distinguait difficilement les parties d’Ademo et N.O.S sur Que la famille, on parle maintenant de Nabil et Tarik, les rejetons de René Andrieu, tant le rapport du public avec le groupe s’est fortifié, bien que toujours cloitré derrière le silence. Tout passe par la musique, et c’est tant mieux. Peut-être même plus encore que dans Le Monde Chico, Dans la légende regorge de couplets ultra riches, à l’écriture affûtée et percutante et toujours bourrée d’images et de références. Ademo qui clamait « J’suis pas un rappeur sans vocodeur j’suis claqué » se fait plus que jamais mentir, et N.O.S est bien au dessus de ses prestations apparues dans les extraits qui précédaient la sortie de l’album.

Les sceptiques balayés et les gardiens du rap écorchés, PNL poursuit ses sauts de planète en planète, jusqu’où ? Avec le recul, les deux albums précédents ont été un peu sous-notés. Que ce soit pour QLF ou LMC les projets du binôme ont toujours eu une durée de vie bien au-delà des habituelles sorties rap actuelles, notamment grâce à l’exploitation remarquable de leurs morceaux -un jour viendra où il faudra se pencher sur l’importance énorme de Mess derrière la caméra, dont les réalisations prolongent complètement les sons du groupe.

Le présent s’écrit en lettres roses et oranges.

NOTE : 16/20

tomlansard21@hotmail.fr

<p>Tom, jeune et bien élevé. Sudiste et sans accent, le journalisme comme choix de vie le zin. On aime une mesure bien tournée comme un juron bien senti. De l’autotune sur les tartines le matin, les premières romances avec la nocturne le vendredi soir, pas peur d’aller s’enfoncer dans les abysses des suggestions Youtube. Tout a plus ou moins commencé avec Rohff, mais comme souvent les histoires d’amour finissent mal, en général.</p>

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