« Un rap toujours poétique »

C’est le retour du Black Desperado avec un 8ème album studio. Si il n’a jamais oublié le rap, Oxmo s’est essayé avec succès à d’autres styles musicaux comme sur l’album Lipopette Bar en collaboration avec The Jazzbastards. Mais pour La Nuit du Réveil, il est revenu à son premier amour le rap, un rap toujours poétique et plein de malice.

Tracklist

1. Le droit de chanter

Entrée en matière de l’album, ce titre, avec à la prod Edouard Ardan et ses douces guitare et trompette, est un manifeste où Oxmo revendique d’où qu’on vienne le Droit de chanter « D’une descendance pauvre, c’qu’on cherche, c’est la fierté des nôtres ». Cependant ce n’est pas non plus un droit de chanter égoïstes ou uniquement pour les siens mais aussi pour tenter de faire du bien au plus grand nombre, « Sans permission, guérir les âmes c’est mon ambition ».

2. Peuvent pas

Peuvent pas : Sur une prod au couleur plus trap de Phazz, le Black Popeye s’essaye avec succès à un rap aux couleurs actuelles. Ce titre prouve qu’il sait s’adapter et surtout en tout en gardant sa plume, à ce type de prod, sans que cela fasse rappeur has-been sur le retour.

3. Social Club

Avec Eddie Purple et Phazz à la prod, Oxmo se retrouve dans un exercice qui impose le chill. En effet le sujet du titre est sans détour la weed, sa consommation et ses bienfaits
(bien évidemment la consommation de cannabis ne va pas à tout le monde comme l’alcool), ce qui nécessite nécessairement la présence sur ce morceau du duo belge Caballero & JeanJass qui sont sûrement les meilleurs ambassadeurs de cette plante qu’est la marijuana notamment avec leur programme High et Fines Herbes.

4. La peau de l’ours

Max Antoine et Brodinsky donnent la couleur musicale à ce morceau, sur lequel Oxmo a l’air de parler de ces gens qui s’inventent des vies, ces gens chez qui le manque de franchise va jusqu’au mensonge, ces gens faux, « ils ont tous le peau de l’ours, mais il a tué quelqu’un hier ». Si on avait l’habitude d’entendre la maxime « il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué », Oxmo vient lui d’inventer sa version de la peau de l’ours.

5. Le nombril

Ce morceau est une manière des plus intéressantes pour se raconter. Il narre le début de son histoire, mais son histoire vécue du ventre de sa mère avec son nombril qui lui sert de hublot pour observer le monde. Sans faire dans le mélodrame, il s’épanche sur une histoire familiale difficile, « Très vite les premières nausées, avec un frère défunt j’suis comme un exaucé ». Il a ce début de parcours en dehors des sentiers battus qui est un prélude à l’artiste qu’il deviendra.

6. Ma life

Ce feat avec Orelsan est une sorte d’égo-trip sur la réussite présente des deux artistes.
Entre Orelsan qui nous dit « Oui, oui j’maîtrise la chimie, si y’a du rap de iencli, j’dois être le scientifique, celui qui s’enrichit » et Oxmo qui nous dit « Cohibas, Chivas, j’ai réussi ma life, un nouveau moulinet, j’ai réussit ma life » , on comprend bien que les deux artistes sont arrivés dans une phase plus sereine de leur life même si au fond on ne sait jamais de quoi demain est fait…

7. Ali Baba

Un morceau qui peut être dur à décrypter au premier abord, mais une fois passée cette phase d’incompréhension, on se rend compte qu’Oxmo nous emmène sur un de ses terrains de prédilection les relations amoureuses. Malheureusement la prod de Phazz n’y fera rien, la relation entre Ali et cette fille ne fonctionne pas, « Son coeur été fermé, tu voulais être aimé ».

8. A ton âge

Sur une prod plus mélancolique de Phazz, Oxmo égraine les atermoiements et les frustrations dus à l’âge et aux phases de nos vies.

9. Flèche épistolaire

« Lyricalement réconfortant, créateur de souvenirs importants », voilà comment Oxmo définit les lettres musicales qu’il nous envoie. Il envoie ses mots en plein coeur à tel point qu’il en fait un art martial, « Au micro j’fais des prises de phrase-maga ». Il ne cesse jamais nous rappeler que son moteur c’est l’amour et son but est d’en distribuer le plus possible.

10. 10 000

Dix mille euros, dix mille heures, dix mille fumeurs, dix mille amis, dix mille jours…
Finalement dix mille quoi ?

11. Trop d’amour

Sur une prod plus sombre de Phazz & Edouard Ardan, Oxmo nous rappe encore un de ses sujets de prédilection l’Amour. Mais cette fois c’est cet Amour qui en devient malsain, car il y en a trop. D’après lui « Trop d’amour, pire que pas assez » pour dire ensuite « Pire que pas d’amour : Trop d’amour » ce qui peut créer une certaine ambivalence sur le morceau. Sur ce titre l’Amour peut parfois être un sentiment trouble, sombre et nébuleux.

12. Le réveil

Avec des instruments plus prégnants sur cette prod d’Edouard Ardan, le Black Popeye traite de « l’ouverture du 3ème oeil ». Ouverture qui permet de sortir de l’ignorance mais
avec un prix à payer, « Ignorant que tu te la coulais douce et au jour où tu te lèves : tout s’écroule ».

13. Horizon sensuel

Ne vous y trompez ce morceau produit par Edouard Ardan n’est pas la suite de Toucher l’horizon (issu de l’album Cactus de Sibérie sorti en 2004). Il s’agit clairement d’un road-trip sensuel voire même sexuel, le long de courbes féminines. Sans que ce soit trash ou
manquant de subtilités, Oxmo nous emmène sans détours, dans sa balade sensuel.

14. Parce que la vie

Ce morceau avec Gaël Faye, produit par Phazz et Edouard Ardan est finalement une ode à la vie, un chant à la vie. La vie qui n’est pas toujours ce qu’on veut, parfois inexplicable, tantôt insaisissable mais en même temps tellement agréable. On notera pour l’habillage musicale une prod aux accents de musique de film policier type Blaxploitation (qui est
un courant cinématographique américain des années 70 qui revalorisait les Afro Américains en leur donnant des rôles de premier plan) avec cette funk qui en est typique.

15. Je reviendrai pas

Sur ce titre, il prend certains codes du rap actuel à contre-pied tout en abordant un de ses sujets de prédilection (sur le 1er couplet) : le Rue. Il n’en fait pas l’apologie c’est même le contraire « Je me sauve sans regret ni surprise. Fatigué d’apprendre qui a tiré sur qui. La rue ne fait pas rêver ceux qui y grandissent ». En tout cas Oxmo ne reviendra pas quelque soit les enjeux sur ses propos.

Pour celui qui clamait et déclamait 2001 que L’Amour est mort, Oxmo en a fait un des thèmes principaux de ce 8ème opus. L’amour avec ses nombreuses facettes, tantôt sensuel, familiale, parfois l’amour du rap, l’amour de sa poésie, ou même l’amour de la weed. Accompagné, musicalement par Phazz, Edouard Ardan, Eddie Purlple, Max Antoine et Brodinski, ont su construire un squelette musicale cohérent avec l’univers Oxmo tout en lui ajoutant une certaine touche de modernité. Le Black Desperado lui-même a remanié ses textes en les écourtant (dans le rap actuel beaucoup de morceau sont finalement assez courts), sans toutefois sacrifier sa plume. Plume qui peu s’avérer parfois un peu trop sibylline aux premières écoutes, ce qui peut donner à l’auditeur l’impression que quelques fois il n’a pas toutes les clefs pour pénétrer l’univers onirique et poétique d’Oxmo. La nuit du réveil est un album qui s’écoute et se réécoute, pour tenter d’apercevoir toutes les nuances qui défilent entre le crépuscule et l’aube. Sans doute, ce format de morceau moins dense donnera aux nouveaux auditeurs les moyens de percevoir plus facilement son univers, tout en se laissant porter par sa prose.

14,5/20