« L’Alpha pour l’Omega »

Sûrement un des meilleurs rookies de l’année 2019, Oboy entre mumble, trap et cloud, nous présente son 3ème projet, en solo. Projet qui est surtout un premier album qui arrive un peu plus d’un an après son dernier EP Southside sorti le 16 mars 2018.

Même si ce projet porte le nom d’Omega (la dernière de l’alphabet grec), Oboy n’a pas travaillé cet album comme si celui-ci allait être le dernier.

Tracklist

1. Alpha

Titre bien nommé pour ouvrir un album, alpha est la première lettre de l’alphabet grec et
premier morceau de l’album à être arrivé aux oreilles du grand public. Dans une atmosphère mélancolique, ce premier titre mis en musique par Le Side. Oboy nous fait bien comprendre qu’il aimerait quitter le binks mais ce n’est pas si simple, car il l’aime. Il nous expose ses contradictions, le tout coincé entre alcool et volutes de fumée comme une sorte d’échappatoire.

2. Wu-tang

On ne présente plus ce groupe mythique, mais où veut-il nous emmener avec le Wu ?
Sur une prod inquiétante orchestrée par Aloïs Zandry, Guy Ziré et Yohan Batantou, il se lance dans un égo-trip ténébreux. Les ténèbres c’est le chaînon manquant en lui et le Wu, il nous expose les différentes facettes de cette vie ténébreuse qu’il mène. Il s’identifie également aux côtés sombres émanant de John Wayne ( acteur mythique américain qui a tué beaucoup trop d’amérindiens dans ses films) et Bruce Wayne (alter-égo de Batman).

3. Boy

On revient sur ce titre à une ambiance mélancolique aux accents autobiographiques. Oboy navigue toujours entre cette envie d’ailleurs et cette vie dans le binks avec cette impression que les psychotropes restent une échappatoire. Même si il y passe sa vie pour lui l’extérieur reste noir avec la sensation que personne même lui ne pourra sortir de ce mode de vie.

4. Je m’en tape

Accompagné par Aya Nakamura et le Hollandais Dopebwoy, on le retrouve ici sur
une prod signée Le Side et Ever Mihigo, calibrée pour faire bouger les foules dans des clubs à l’atmosphère humide. Mais il reste toujours dans l’ambiance quelque chose d’inquiétant qui plane.

5. Lazer/Champagne

Une ambiance angoissante pour commencer où il aborde un de ses sujets de
prédilection la vente de stups tout en consommant en alcool et cannabis. Il nous fait la surprise d’un twiste dans la prod avec un changement d’atmosphère radicale où l’auditeur se retrouve dans une ambiance plus légère et lounge. Il y trinque au champagne en délicate compagnie tout en prévenant que ce n’est sûrement pas le mec le plus clean qui soit, il noie son côté sombre dans le champagne.

6. Avec toi

Sûrement le morceau le plus pop de l’album par sa prod, on peut y reconnaître une
inspiration qui fait penser à Nightcall de Kavinsky qui apparaît sur la BO de Drive. Ce qui tombe bien il cherche à emmener une fille pas comme les autres dans une escapade « romantique » motorisée, cette fille fait aussi office d’échappatoire,c’est peut-être la seule capable de lui faire oublier ses démons intérieures ne serait-ce que quelques instants.

7. Beta

Toujours dans cette mélancolie qui n’appartient qu’a lui avec cette idée de sortir du binks,
mais pour en sortir avec sa mère, il faut des gros sous et il travaille pour ça. Il essaye d’appréhender le futur mais les ancrages du passé le retiennent dans le bendo, c’est un mode de vie qui l’a bercé.

8. Massa

Encore une atmosphère inquiétante dans laquelle il cale certaines lyrics du titre Rien à
fêter. Avec toujours la même obsession de faire de la mula sans se laisser parasiter par les autres en restant dans cette bulle de fumée qu’il s’est créé.

9. Léwé

Il clame qu’il fait ses sous le tout articulé sur une prod, aux accents de psychotropes, de
Guy Ziré. Néanmoins il fait des sous mais accompagné de ses loups avec cette impression qu’il court toujours après le temps.

10. R10

La référence à Ronaldinho est plus qu’évidente sur une prod baile funk, si R10 fait des
virgules et petits ponts sur un terrain de foot, Oboy lui en fait mais sur le rinté du binks. Ce n’est pas la situation des plus idéales, il sait pertinemment qui sera mieux là-haut avec ses acolytes.

11. Roots

Il avoue une fois de plus à une femme que son mode de vie n’est pas très sain. Il se bat
contre ses démons « je me tape contre le sheitan, mais je t’épargne les détails ». Elle voudrait qu’il est une vie plus saine juste un court instant mais pour lui ce n’est pas possible.

12. Rien à fêter

Un de ses titres les plus dansants sur un air de baile funk/grime. Si la prod donne
immédiatement envie de bouger, une fois de plus ses lyrics restent bressom. Il n’a rien à fêter mais il fête, cette fois-ci la fête sert d’échappatoire mais il ne perd pas le nord il faut brasser des sous. Ce morceau reflète bien l’air de faire bouger les foule sur des lyrics plutôt sombres (ce qu’on pourrait mettre en parallèle avec un Alors on danse de Stromae, ce n’est pas une comparaison juste un parallèle)

13. Popo

Il cherche toujours l’oseille son leitmotive tout au long de l’album ce qui le force à
barouder continuellement pour assouvir ce besoin.

14. Olympe

Il a un but , sans doute atteindre ce qui représente son olympe (qui dans la mythologie
grecque est le domaine des dieux) « je les vois venir de toupar, là-bas j’irai ». Comme un fil rouge tout au long du projet le khapta l’aide à avoir les idées claires. On retrouve sur la fin de la prod de Machynist la mélodie au piano ce qui donne plus profondeur au morceau. Accompagné d’un clip réalisé par Vladimir Boudnikoff, qui évoque cette idée de solitude

15. 200

Il arrive sur une prod avec une mélodie à la guitare sèche avec une « flûte de pan » sur le refrain. Mais il est toujours dans sa recette khapta et cette volonté de s’échapper physiquement du bendo.

« il tourne en rond tel un hamster dans sa roue »

Oboy est dans cette dynamique de mélancolie du binks, sur des prod tantôt aux accents plus mélancoliques, tantôt plus dansantes, tantôt aux atmosphères plus inquiétantes. Que ce soit le collectif de beatmakers Le Side (Aloïs Zandry, Machynist, Some-1ne), Vladimir Boudnikoff, Yohan Batantou, Ever Mihigo, Guy Ziré ou Oboy lui-même, tout ce monde a su donner une architecture musicale cohérente à Omega. Ce qui donne souvent une dimension en plus à l’univers d’Oboy.


Parfois on peut avoir une impression de répétition, les sujets à aborder sont relativement les mêmes, ce qui peut servir le fait que sur ce fameux rinté il tourne en rond tel un hamster dans sa roue. Les filles qui finalement ne tiennent pas la distance ou qu’il tient à distance à l’exception de celle d’Avec Toi, la potion, la maille, les doobies, le rinté sont ses sujets de prédilection, le tout saupoudré name dropping de marques de luxe telles qu’Audemars, Balmain ou encore Gucci et LV.


Néanmoins l’idée de s’échapper de ce mode de vie avec sa mère est distillé durant les 45min de l’album. Il est dans la continuité de son précédent projet Southside, avec une évolution notable dans ses flows et les prods qui sont sur Oméga moins monocordes. On reste sur un album bien construit avec cependant cette idée d’écho et de répétition qui peut parfois placer l’auditeur lui aussi dans la roue du hamster.

14/20