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Chronique : Niska- Charo Life

La révélation rap de cette année sortira son 1er projet cette année

Niska, c’est l’évènement de cette fin d’année : arrivé comme une balle, un réel engouement s’est créé autour de lui, en particulier sur les réseaux sociaux. Niska, c’est une voix, une énergie, des ambiances à base de « Bendo na bendo ! » enragés. Tout a commencé grâce à un freestyle, à un match de foot et à des pas de danse qui ont permis au rappeur du 91 de profiter d’une belle promo de la part des médias ! Depuis, le Charo ne s’arrête plus : on le retrouve même sur la pilule bleue de MON COEUR AVAIT RAISON, le dernier album de Maitre Gims ! « Sapés comme jamais » a fait son buzz lui aussi, avec un très bon couplet de Niska, jusqu’à être validé par Youssoupha ! CHARO LIFE, sa 1ere mixtape, est sortie, et s’est vendue à un peu plus de 8 000 exemplaires en 1ere semaine : les mérite-t-elle ? C’est ce qu’on va voir, ah oui oui !

 

1 / Intro : Une prod qui ne me parle pas plus que ça, c’est Niska qui me cueille direct avec cette intro : sa voix porte, sa rage aussi « Hé, à part mon Dieu, moi je n’dois rien à personne (Bendo !) à part à ma mère (Ouii !) ou à mon Swith & Wesson (Rhlaaa !) » La force de Niska, ce sont ses ambiances, j’insiste là-dessus : ses titres vivent grâce à ça. Le rappeur a la dalle en ce début de projet « J’ai pas encore graille ma ration (ah oui oui !) : j’suis l’king de ma génération ! (ah oui oui !) » Une intro sans début et sans fin, ça part dans tous les sens mais je dois avouer que je rentre dedans.

 

2 / Matuidi Charo (PSG) ft Trafiquinte, Madrane, Rako et Brigistone : Le titre avec lequel tout a commencé : pour la petite histoire, Blaise Matuidi, joueur au PSG a, pour célébrer un de ses buts lors d’un match, repris les pas de danses que Niska pratique dans son clip. La 1ere fois que j’ai écouté ce titre en regardant le clip, je n’ai rien compris mais j’étais assurée d’une chose : j’ai adoré cette énergie ! Cette bande de garçons, qui dansent et braillent dans tous les sens, m’a séduite : tellement improbable, on ne sait pas comment c’est parti ni comment ça va finir « Danse comme un charo (Oui !) Petit, ninguisa loketo (ninguisa loketo !) » Un truc bien à eux, un flow, des phrasés, des ambiances : je rentre dedans « Paris-Saint-Germain, Matuidi Charo ! Attaquant, défense, Matuidi Charo ! Matuidi Charo, Matuidi Charo, Matuidi Charo, Matuidi Charo ! »

 

3 / CVTQLF : « Comment veux-tu que l’on fasse ? » On retrouve pour la 1ere fois un Niska plus terre à terre, un peu moins brouillon : comment faire avec les meufs, avec les affaires, comment faire pour y arriver ? « J’ai le mal de mer, j’me fais mener en paquebot : tellement africain, j’fais des mandats à Laurent Gbagbo » Quelques problèmes de rimes, de techniques d’écriture et de propos : il essaye de faire quelque chose de posé et de réfléchi, avec de réelles idées mais ça ne fonctionne pas, malheureusement.

 

4 / Gros bonnets ft Madrane : « J’ai pas plaidé coupable (Nooon !) J’ai pas plaidé coupable (Ouiii !) » Quel titre ! J’ai cassé la tête à tout le monde cet été avec ça ! Tout ce que j’aime dans ce genre de délire que je n’aime pas d’habitude : tout est parfait de l’intro à l’outro ! La prod nous prend, tellement d’énergie, les 2 sont en parfaite adéquation dessus, les ambiances sont dingues, le pont avant le refrain est magique « Hé t’sais pour l’homme, c’est quoi le comble ? (Imbéciiiile !) Si sa femme est stérile et sa pute est féconde ! » et le refrain, n’en parlons pas : tout découle super bien, on rentre dedans et on la remet sans compter !

« Hé t’sais pour l’homme, c’est quoi le comble ? (Imbéciiiile !) Si sa femme est stérile et sa pute est féconde ! »

 

5 / Minuit : « Minuit c’est l’heure des fêtes, mais c’est l’heure du murder » Enfin une prod qui me parle vraiment, une vraie mélodie : on se pose un peu. À la 1ere écoute, le refrain me donnait la nausée mais à force d’écoute, il passe plutôt bien : la structure du titre est carrée, Niska a taffé dessus, ça se sent. Au niveau du texte, des efforts ont été fournis aussi « T’es mon frère, mets la haine entre parenthèses : la rue nous a fait, nous a parenté ok, et j’cracherai ma haine, hardcore sur du piano… »

 

6 / Ohlolo : Un texte tout en technique, ohlolo ! « Donne-moi des plans pour me gaver, je n’baisse pas mon cavu. Les vrais escrocs sont en grève : t’as plus d’argent, t’es comme Govou ! » Les 2 couplets sont fous, son jeu est vraiment bon aussi ! Je n’aime pas la prod et le refrain est pété par contre : ces répétitions de « Big money on my mind » et « Trap » sont lassantes…

 

7 / Alien : « Steve Jobs congolais, un manioc remplacerait la pomme ! » Encore un problème de prod pour ma part : dingue comme c’est dégueulasse, ah oui oui ! Mais Niska prend toute la place en fait toujours grâce à ses ambiances. De gros problèmes de rimes et de refrain, c’est dommage mais il arrive à se rattraper avec son jeu et son flow « Tu penses qu’une poucave de tes à l’droit de dire «Nique la police» ?! (Nooon !) Jamais ! J’ai mon bras droit : j’suis pas Jamel ! »

 

8 / 911 ft Skaodi : La similitude entre les deux rappeurs est frappante ! Même ton, même énergie, même flow… « J’fais du blé, j’ai rajouté du lait sur mes céréales » ce genre de punchlines assez gênantes… La prod est meilleure que d’habitude par contre, beaucoup plus harmonieuse. Mais quelque chose me stoppe un peu : Niska utilise les marques « Michael Kors » et « Philipp Morris » les même références que sur le titre « CVTQLF », c’est abusé… Commence-t-on déjà à tourner en rond ?

 

9 / Ochoa : J’ai pas adhéré au délire à sa sortie mais plus je l’écoute, mieux ça va : la prod est bonne, le ton plus posé de Niska est appréciable, surtout à cette place du projet. Le problème que je rencontre avec des sons moins énergiques de Niska, c’est que je prête attention à ses textes et là, c’est compliqué : des rimes très pauvres, des idées et des constructions de phrases super minimalistes comme le montrent ici le pré-refrain et le refrain. C’est dommage ! « Mama n’a pas le bac de lecture pourtant, elle sait lire les factures » et faire rimer ça avec « Gradur », limite quoi…

 

10 / True : « J’ai volé chez les gens, j’ai volé du kamas (Bendo na Bendo !) Compter sur les autres c’est pas comme ça que ça marche (Jamais ! Jamain !!) » Je retrouve Niska que j’aime, « mon » Niska comme certains me l’ont attribué, ahahah ! « Non t’inquiète mon p’tit lapin, je n’parle pas qu’à toi » n’était pas nécessaire malgré tout, hihihi ! Tout se tient : la prod qui est plutôt bonne, les couplets et les refrains sont cohérents et se mêle bien avec ses ambiances. Mais quand on creuse un peu plus, on a de la pépite « La vengeance se mange froid, j’achète un Magnum ».

 

11 / Tchibili – Tabala : Je n’aime ni la prod ni le refrain : c’est vraiment pauvre… D’après Niska, “«Tchibili-Tabala» n’a aucune signification précise » mais même cette ambiance ne prend pas pour moi, je ne rentre pas dedans comme d’habitude. En plus, la reprise de « On crève la dalle comme au Darfour » comme dans le track précédent, (« Ici, c’est le Darfour : on souffre de la famine ») c’est relou : Niska manque-t-il à ce point d’imagination pour ses références ?

 

12 / On veut du yellow ft Trafiquinte, Madrane et Brigistone : Le son passe bien, la prod est tranquille, les 4 sont dans le même délire (Je suis encore subjuguée par la similitude entre Madrane et Niska) Niska est en dessous des 3 autres par contre : il ne s’est pas pris la tête sur son couplet et surtout sur ses rimes (quand il y’en a…) « Je ne bronze pas, j’ai mon chapeau, y’a écrit «Charo» sur mon capot » et malgré tout ça, ça passe tranquillement : c’est assez bluffant.

 

13 / Mama : « J’engraine pas les petits frères à devenir des grands gangsters. La rue, c’est pas un jeu : on t’oublie dès qu’on t’enterre… » La prod est sombre et lourde, Niska réhausse le tout avec des propos plus « profonds » qu’à son habitude et c’est assez chouette : Niska est lucide sur sa situation dans la rue et dans les studios. « Mama, t’inquiète pas, Papa, t’inquiète pas » Je vais retenir ce titre.

« J’engraine pas les petits frères à devenir des grands gangsters. La rue, c’est pas un jeu : on t’oublie dès qu’on t’enterre… »

 

14 / Tony Montana ft Trafiquinte, Madrane, Rako et Brigistone : On termine ce projet comme on le commence : même équipe, même délire de name dropping, même répétition de ce nom, même délire de prod. « Matuidi Charo » est remplacé par « Tony Montana » : ça va être plus compliqué de le voir danser celui-là… Tony Montana, personnage principal de SCARFACE, symbole de toute puissance et de détermination : réussir à aller là où on ne l’attendait pas, un peu comme Niska et son essor fulgurant, en espérant sincèrement que sa fin ne soit pas la même.

J’ai bataillé pour pouvoir faire cette chronique et elle me paraissait nécessaire : Niska fait partie du paysage rap français de cette année et je respecte l’engouement qu’il suscite depuis quelques mois. Je suis la première étonnée à avoir été intéressée par son travail : ça part dans tous les sens, ça crie, je ne comprends que la moitié de ses textes et même quand je creuse un peu, je ne sais toujours pas où Niska veut m’emmener mais est-ce vraiment important ? Niska, c’est l’ambiance, cette patte bien à lui qu’il amène dans le rap français et c’est ça que j’aime chez lui : cette simplicité sans fioriture, le gars fait son truc (assez brouillon) et c’est ça que je vais retenir.

NOTE : 11/20

 

proydelaunay974@hotmail.fr

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