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CHRONIQUE : NIRO – OR GAME

Niro dévoile un dernier album surprise

Laisse moi démarrer le moteur, referme la portière, assieds toi. Je sais l’attache ceinture est cassé, mais tu n’as peur de rien, je te connais.  Il y a des vieilles bouteilles d’eau  vides et périmées, je n’ai pas eu le temps de les jeter, pas la peine de m’vanner. J’enfonce la clef, merde j’suis en réserve, heureusement que tu es la pour m’accompagner, de toute façon même si t’en as pas envie j’ai enclenché la fermeture centralisée.  Je te vois déjà venir, tu cherches du feu ? Regarde dans mon sac. Branches ton téléphone met ce que tu veux. Et merde, tu me fais déjà mal à la tête je sens qu’on va passer un sale trajet. T’as augmenté le volume pour que j’ferme ma gueule ? Eh bah ce n’est pas grave, je vais crier plus fort pour que tu m’entendes. Putain mais t’as 28 ans t’es chiant, t’es pas obligé d’ouvrir la fenêtre jusqu’en bas, il pleut des cordes. Quel temps de merde à Blois, c’est comme ça tout le temps ? 18 titres agressifs dans cette vieille bagnole pourrie c’est Paraplégique qui ouvre le bal, j’avais des poches sous les yeux, déjà 4 ans, j’étais encore une gamine, je te rassure, comme toi j’ai pas beaucoup grandit. Mais attends changes pas, laisses celle la, c’est du rap de pauvre à l’image de notre petite virée. Tu deviens insupportable, tu râles toutes les 5 minutes, faut qu’on rétablisse la relation. Allez balance la suite, on part en Rééducation. Complètement raté cette métaphore. Clope sur clope j’avais Les mains sales mais les oreilles au petit soin. Oui je sais mes commentaires te filent la migraine, c’est pour ça que je t’ai obligé à monter dans la voiture. T’en as rien à foutre, ça aussi je sais, quoi que… Attends j’me gare, il y a une station essence juste ici, on est sauvé : Miraculé ? Tu crois ? Chacun ses raisons. Tiens, il y a un mec là-bas qui demande à une pute si elle prends les chèques loisir je suis morte de rire, regarde : Si je me souviens, c’est pas toi qui en connais un rayon ? Vivastreet. Je ne suis pas drôle ? Toi non plus. Attends 2 min, qu’est ce que tu as encore ? Il faut que tu arrêtes avec ton délire de table chirurgicale, j’suis pas médecin légiste. Non, non, je ne vais pas ouvrir ton abdomen pour y sortir tes boyaux, tu te trompes, même si parfois je meurs d’envie de t’arracher la langue avec une grue et… Bref, allez descends, pour celui ci je vais me débrouiller sans toi. Or Game, tu as finalement décidé de t’en mettre plein les fouilles ?

 

01/ Intro :  On reconnaît tout de suite la patte de Wealstarr, une prod trainarde et sinueuse. Dans une ambiance proche du goudron Niro déblatère un truc bien crade, comme on aime. Le vif du sujet, c’est le cas de le dire : la rue comme élément central. Un seul et unique couplet, pas de refrain, pas de superflus,  c’est brut et juste.

« T’es resté au bord d’la dépression comme un CRS, et si mes chiens ont la dalle j’leur donne même pas tes restes, petit fils de pute est-ce que j’ai l’air de leur ressembler ? J’leur ai donné presque tout mon pain à l’époque ou j’traînais sans blé »

 

02/ J’espère : Je suis très surprise par ce titre, l’éclectisme de cet album « surprise » pour le coup, débute dès le second track. On embarque sur une prod « piano »  singulière réalisée par Seezy. C’est un appel à l’apaisement et un retour au calme. J’apprécie cette courte rétrospection dans laquelle Niro sait nous mener.

 

03/ 87 : Sur une instru tranchante de Therapy, Niro poursuit avec un hommage aux anciens, ici, un seul couplet dans lequel pleuvent des références à sa génération. Esquisse d’une vie de malfrat instable, c’est sale, le flow saccadé illustre très bien le contexte. On fini sur une « cassded » aux quartiers, c’est significatif. Dommage, musicalement j’me met pas dans ce titre.

 

04/ Do It : Ici Soulayman beats aux manettes, une prod progressive qui s’ajuste au rythme du texte. Le genre d’exercice que je salue à chaque fois. D’ailleurs, textuellement Niro fait fort sur ce titre, prod et flow s’entremêlent, musicalement on est très bien servis, je bouge la tête pour la première fois depuis le début de l’écoute du projet. Départ sur un refrain très énergique, je te le conseille sur l’autoroute dans la golf volume à fond. Je chante la : LEURS SALOPES JOUISSENT, ON S’ENTEND PLUS PARLER.

 

05/ Le compte y est feat. Nino B : Premier featuring de l’album ! Autre très bonne surprise musicale pour ce titre, rythme soutenu et refrain efficace. Niro reste de très bon conseil, on ne partira pas en vacances sans oublier notre sachet, cependant il faut rester vigilent, la pêche aux Saint-Jacques peut coûter très cher. Niro est productif sur cet album, c’est clair et net. Très bon titre.

 

06/ On s’aime pas : Un thème très intéressant et réel abordé ici. L’absence de solidarité malgré des conditions similaires. Tous dans la même merde, et pourtant… La prod est particulière, pas trop agressive, ça fait du bien. Niro nous offre deux couplets de qualité, on a même une petite référence au titre Plus vite que les balles, par le Ministère A.M.E.R. Une fine touche d’autotune en fin de track ? Encore un titre persuasif.

« Personne est intouchable dans le rap et dans le bando, j’ai jamais vu personne courir plus vite que les bastos »

 

07/ Comme dab : Un retour sur le terrain avec un titre qui nous replace dans un contexte cafardeux. Niro parle de la réalité dans laquelle il évolue, pas de Zanotti, pas de ceintures Gucci, on n’est pas à la télé, on est dans la vraie vie. Mais oui on a compris. T’es pas un vendu… files moi une clope, tu m’agaces. Une fois de plus, très efficace sur un titre cuisant et sincère.

 

08/ À la tienne : Alors là, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais je suis tombée raide dingue de ce track. J’écoute cette merde en boucle. Comme le dit si bien Niro, le temps s’arrête ici. Je trouve la prod incroyable, Seezy très présent sur cet album fait un travail édifiant. Niro nous mène une fois de plus vers l’ambiance qu’il veut conférer, ici la pause s’impose, ou oubli nos maux et on lève nos verres.

 

09/ Outro : J’ai l’impression que plus on avance dans ce projet, plus on monte en qualité. Dans cette « Outro » je retrouve le Niro de Paraplégique, déterminé et sans pitié. On prend un torgnole, histoire de se remettre les idées en place. Le flow maitrisé et brut. Toujours pas de superflus, un couplet unique, on va a l’essentiel. Voilà 2 :15 dans lesquelles Niro me soutient qu’il en a clairement RIEN A FOUTRE, et il est très convaincant. D’ailleurs il recommence avec sa table chirurgicale, ce qui m’en touche à moi aussi un ovaire sans en faire bouger l’autre.

« Les mecs de cités sucent la bite des mecs de la hype, les mecs de la hype sucent la bite des mecs de cités »

 

10/ Jaja : « Willi, willi, willi, parle de moi tu m’fais des guilli-guilli », on sent bien que ça te chatouille oui. En dehors de la sensibilité corporelle de Niro, Wealstarr fait le taff sur une prod farouche. Niro semble néanmoins prendre de plus en plus la mouche sur cet album, le voilà qu’il s’attaque de front à tous ceux qui ont la langue trop pendue. Objectif atteint.

 

11/ Merco Benz : Ah oui, c’est bien ça, Niro est en roue libre. Musicalement, c’est tout bonnement le top.  Le refrain s’immisce directement dans le lobe frontal. Bien installé dans le Merco Benz Niro suggère une multitude d’activités hétérodoxes. Pour résumé, ambiance cradingue et performance. Encore un titre concluant.

« D’ailleurs m’en veux pas si j’te donne pas d’nouvelles, si t’as la bouche, le trou d’balle et la chatte ouverte, sur le siège chauffant dans le Merco Benz, t’auras d’quoi mettre leurs soeurettes en levrette »

 

12/ À la source : Une signature Therapy reconnaissable même avec des boules quies. Une prod en retrait qui met en valeur le texte, c’est appréciable d’autant plus que Niro semble être déterminé à nous arracher une jugulaire. On apprécie !

« On va mourir en essayant, déjà assez souffert, la première rafale est payante, la deuxième est offerte »

 

13/ On s’en remettra : On termine sur un titre plus tiède, Niro s’éclipse sur une note plus calme.  Après avoir agonisé sous une pluie sordide, Niro nous laisse relativiser. La prod convient au contexte. Décidément, cet album m’a vraiment convaincu…  

 

Niro c’est ici que nos chemins se séparent, et j’espère ne plus te voir trainer dans le coin. On l’aura compris tu n’es pas conformiste, et tu préfères m’envoyer chier. Ton album reste néanmoins un des meilleurs de ce milieu d’année et je vais pas m’en cacher. Tu nous craches un truc assez venimeux, et c’est ce que tu sais faire de mieux.

NOTE : 17/20

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