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Chronique : Ninho – Comme prévu

Un album qui est déjà un succès, notre avis sur le dernier album de Ninho "Comme prévu"

Ninho fait parti des rappeurs que l’on connaît, sans même avoir écouté un seul des sons. Chaque année, voire chaque semestre, le public rap a son chouchou, aujourd’hui c’est lui, du moins quelques semaines encore. À vrai dire, j’avais du mal à comprendre les commentaires dithyrambiques à son égard tout comme les commentaires haineux. Pour moi, il n’apporte rien d’extraordinaire au rap, à l’inverse d’anciens chouchous comme Gradur, MHD ou SCH pour ne citer qu’eux. Concernant la sortie de « Comme prévu » on peut clairement dire que c’est le phénomène de la rentrée, après 77 998 exemplaires vendus en deux semaines d’exploitation, cet album est un carton ! Au delà des chiffres « Comme prévu », est-il à la hauteur ?

 

1/ Comme prévu : À l’instar d’albums classiques tels que « L’école du micro d’argent » ou bien « Temps mort », Ninho démarre par le morceau qui porte le nom du projet. Avec cette phrase « Ils étaient pas au courant, ils l’ont su tout se passe comme prévu« , on comprend de suite le nom de cet album en référence à ses autres projets. L’entrée en matière est réussie, la prod’ se prête à cette exercice du premier track. Ninho ne surprend pas, il rassure, on sait où l’on met les pieds, tant mieux nous n’étions pas venus pour autre chose. Pour l’instant, tout se passe comme prévu…

 

2/ Chino : Je suis assez mitigé sur ce premier vrai morceau de l’album. Ninho rappe bien, c’est indéniable. Le premier couplet est excellent, et petit à petit le morceau s’essouffle. Le refrain sous autotune aujourd’hui est plus que prévisible. La manière dont il varie son flow est vraiment très intéressante, ça en devient presque un instrument supplémentaire à la prod’. Un morceau « freestyle » quelconque certes, mais au final cela reste efficace.

 

3/ Mamacita : La tête de gondole de cet album, cette mode de donner des titres à consonances hispaniques Ninho n’y échappe pas, malheureusement. Si l’objectif était de faire un refrain qui reste dans la tête, c’est réussi, et du coup je me bats pour qu’il sorte vite. Il y avait beaucoup mieux à faire avec cette prod’, au final on assiste à un morceau réalisé selon les standards de Laurent Bouneau, si il enlève les couplets on ne voit pas la différence. Morceau sans intérêt.

 

 

4/ Caramelo : Très agréablement surpris par ce titre. Certes dans la tendance, de ce qui à été initié par PNL, mais force est de constater que Ninho est très à l’aise dans cet exercice. Le refrain est vraiment excellent, accompagné d’un texte cohérent de bout en bout, il montre une facette de lui qui détonne. Il y a une vraie ambiance autour de ce titre, la réalisation est quasi parfaite… En boucle !

 

5/ Laisse pas trainer ton fils feat. Sofiane : Quand on invite Fianso sur un de ses morceaux il faut être sur de soi, il ne laisse aucune miette. Ninho a les épaules solides certes, mais cela n’a pas suffi. Ce morceau aurait très bien pu être sur un projet de Fianso avec Ninho en invité, tellement ce dernier est en retrait. Le refrain est très efficace, mais malgré cette belle affiche la mayonnaise ne prend pas. C’était l’occasion de prendre un peu plus de risques, les deux sont dans une zone de confort, mais l’expérience de Fianso est « trop » flagrante.

 

6/ Roro : Pour le roro c’est déjà fait, on attend désormais le platine. La prod’ est parfaite pour lui, on le sent, c’est dans cet univers qu’il prend le plus de plaisir. On a tous penser un peu à Rohff je pense avec cette voix modifiée. Au delà de son gimmick efficace, le morceau tourne clairement en rond. Cependant, contrairement à d’autres, il reste sur des fondamentaux en rappant… vraiment. Selon moi, nous sommes encore dans un esprit mixtape avec ce type de morceaux, il le fait bien, mais de manière trop expéditive, 3 minutes de kickage et c’est bon.

Moi ? J’ai tellement rêvé du disque d’or que je n’en dors plus la noche
J’dirais que la vie est une grosse chienne et faut pas être en chien pour la dresser

7/ HLM ou Palace : Ce morceau ressemble à beaucoup d’autres, mais il est un peu plus abouti. À partir de 2’09 , il se passe vraiment quelque chose, le morceau change un peu d’atmosphère, malheureusement cela dure 15 secondes. C’était vraiment une bonne direction, au final c’est un pétard mouillé, dommage on touchait quelque chose. Il reste tout de même au niveau, tout comme la réalisation. On sent encore un peu le frein, Ninho lâche toi un peu plus !

 

8/ Rose : À l’écoute de ce morceau, je pense à la MZ. Des lyrics en lien avec la rue, un mélange entre le chant et le rap et un rapport avec la gent féminine. Hormis le refrain très bon, il surfe sur quelque chose qu’il maitrise peu. C’est bien réalisé, mais cela reste très fade. Si l’objectif dans le cahier des charges était d’avoir un morceau « cloud », objectif atteint, passons à autre chose.

 

9/ De l’autre côté feat. Nekfeu : Mon coup de coeur ! Avec cette prod’, il met Nekfeu dans des chaussons, bien joué. Ce morceau à clairement l’étoffe d’être le prochain morceau en playlist, Ninho le sait, il est très bon. On le savait déjà, mais Nekfeu ne déçoit jamais quand on l’invite. On a le sentiment que tout est facile pour lui, il se ballade sur la prod’, au final la collaboration est excellente, Ninho s’est mis au diapason, tant mieux. Merci pour ce tube.

Pas un bonhomme pour stopper la baston
Sapristi, sommes-nous des bestiaux ?
Mon gava baisse toi d’ici à Boston

 

10/ Elle m’a eu : La personnification de la rue est un classique dans le rap français. Ninho casse le suspense assez vite, on comprend vite à quoi il fait référence. Une prod’ simple et efficace avec une fois de plus un très bon refrain. Je le préfère largement dans cet exercice. Petit bémol tout de même, il parle de lui souvent à travers la rue en toile de fond, cet album était aussi l’occasion de livrer quelques morceaux plus personnels. C’est l’un des meilleurs titres de l’album sans aucun doute.

 

11/ Ce soir feat. Alonzo : De qui se moque t-on ? Que Ninho tente quelque chose et se foire cela fait partie du jeu, mais Alonzo avec toute son expérience je ne comprends pas, il est pa-thé-tique ! C’est une parodie ratée d’afro trap.  Mais au final, Alonzo résume très bien ce morceau en disant lui même « J‘te prends pour un con et tu chantes ma chanson« . Affligeant !

 

12/Dita feat. Hös Copperfield : Le mélange des genres surprend au départ, mais au final le cocktail est réussi. La touche africaine est magnifiquement dosée, sans tomber dans une « zumba » à outrance. Une ambiance très world music, que l’on retrouve habituellement chez des rappeurs plus matures. Ninho réussit largement les différentes prises de risques, c’est toujours très cohérent. Cependant, encore une fois, le morceau est vraiment trop court.

 

13/ Pourquoi : Les gens qui changent, les jaloux et ceux qui retournent leurs vestes…Un des sujets préférés des rappeurs. Je ne suis sûrement pas la cible, mais Ninho empile dans cet album quelques morceaux quelconques, pas mauvais, mais insignifiant. Dans l’intro je disais qu’il n’apportait rien d’extraordinaire, il a son univers, mais cela tourne en rond. Il a une vraie maturité dans son rap, mais parfois cela lui cause du tort, il prend les mêmes recettes de ce qui se fait depuis des années déjà. Une prod sombre, un peu de kickage et un refrain sous autotune. Il alterne entre la fraîcheur et le réchauffé, le tout est tiède.

 

14/Lové feat. Gradur : Passage de témoin entre l’ancienne et la nouvelle coqueluche. Avoir Gradur sur son album aujourd’hui est presque démodé, dure loi du buzz. Les lacunes du rappeur du 59 sont flagrantes, ça a au moins l’avantage de mettre en lumière Ninho. Je m’attendais, à une démonstration de force de la part des deux protagonistes, on assiste à une balade où Jok’air n’en n’aurait fait qu’une bouchée. C’est assez dommage d’avoir pris cette direction, avec ses deux personnalités il y avait de quoi faire un banger, il en manque d’ailleurs dans cet album.

 

15/ Carbozo : Ninho termine l’album comme il a commencé, la même structure. Très bonne idée en soi, on savait où on mettait les pieds à la fin on oublie pas ce qu’est Ninho. Il débite un flow avec une facilité déconcertante. En soi le morceau ne surprend pas, c’est clairement du réchauffé. D’un autre côté il rassure, il se rattache au rap qui l’a construit, une sorte de mélange entre Rohff, Mac Tyer et L.I.M. Une porte de sortie, en lien sans doute avec le prochain projet.

 

Cet album est incontestablement très bien réalisé. Paradoxalement, il dénote avec ce qui sort ces derniers temps, c’est très rap,  il est cohérent, juste et rassurant pour un artiste en pleine ascension. Ninho fait preuve d’une maturité rare, il décrit la rue sans trop d’artifices et glorification. La direction artistique est efficace, mais la recette est tout de même simpliste, quelques morceaux de kickage par là, un peu de morceaux chantés, un petit tube pour la radio… Il est d’une certaine manière en phase avec les attentes du public. Comment expliquer l’engouement autour de Ninho ? Cet artiste ne ment pas, cela se ressent, il arrive à garder cette fraicheur en y mettant un côté très brut. Brut, c’est le mot, c’est encore un diamant que l’on doit polir, et ne pas mettre entre les mains de n’importe qui. Cependant je reste tout de même surpris de son énorme succès, son album est correct mais comme beaucoup d’autres il tombera dans quelques semaines dans l’oubli. Nous sommes habitués maintenant, quand un chouchou pointe son nez, il n’y a plus aucun sens de la mesure. Ninho est pour moi encore un rookie, sa marge de progression est très grande et nul doute qu’il va enchainer les projets comme le veut la coutume. Une de mes frustrations pendant les écoutes de cet album, c’est le temps des morceaux. Tout est expéditif, aucun morceau ne dure plus de 4 minutes par exemple, on passe en revue 15 morceaux en 48 minutes soit une moyenne de 3’20. Le vrai danger de Ninho aujourd’hui ,c’est son public, déjà à la recherche d’un nouveau chouchou, il doit maintenant prendre plus de risques et surprendre. Si tout se passe comme prévu, tant mieux, ça sent le roro, ça va puer le platine… Le rap n’est donc pas mort, vive le streaming, vive Ninho !

 

NOTE : 13/20

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