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CHRONIQUE : NEKFEU – CYBORG

Retour sur le second album de Nekfeu, dévoilé par surprise lors de son concert à Bercy

Jeudi 1er décembre, 16h, sur les réseaux sociaux on sent que quelque chose de spécial se prépare du côté de Bercy. Alors que le parisien Nekfeu va se produire pour la première fois dans cette salle, des affiches placées le long de la file d’attente annoncent une grosse surprise pendant le show. Sur les réseaux la toile commence à s’enflammer, la rumeur d’un album surprise se fait de plus en plus persistante. Peu après 22h30, les lumières s’éteignent à Bercy, une diffusion en direct sur les réseaux du Fennek se lance, c’est officiel : Nekfeu vient de sortir un nouvel album nommé « Cyborg ». Pas à minuit, ni le vendredi comme il est coutume, non, l’album est dévoilé en plein concert un jeudi soir. Déjà sous-tension, Twitter et Facebook s’enflamment et on ne parle que de ça avant même que l’on écoute ce que le projet contient. Le coup marketing est plus que réussi, rien n’avait fuité avant la sortie de l’album, aucune promo, ce premier jour de décembre n’a pas été spécial seulement pour ceux qui étaient au concert. L’album se classe dès le lendemain premier sur les plateformes de téléchargement et de streaming, mais maintenant que vaut cet album? Différent de Feu? Sur la même lignée que Destins Liés, l’album de son $-Crew sorti en juin? On est partis pour la chronique du second album de Nekfeu.

 

1/ Humanoïde : Wow… Quel morceau ! 6 minutes où Nekfeu lâche comme il le dit « un texte plein d’aveux ». On se prend une vraie claque d’entrée et on peut, je pense, tous se reconnaître dans au moins une phrase de ce son. D’entrée on se prend une claque comme un but après 30 secondes de jeu, sauf que là on espère que ça va continuer !

 

2/ Mauvaise graine : On change de registre, avec une instru dans les mêmes cordes que « Tempête » ou encore « Jusqu’au bout » avec le $-Crew. Nekfeu nous parle de son vécu et de ses déboires lorsqu’il était jeunes. Le flow est tranchant, la technique aussi. Un refrain et quelques phases chantonnées, j’aime énormément, sûrement un de mes sons préférés, on ressent encore une certaine émotion comme lors du premier morceau. Cela ressemble à ce que faisait le parisien sur Feu et la réédition mais ça fonctionne parfaitement.

 » C’est pour les gosses à l’allure bizarre, les voleurs, les Elephant Man
Les mecs instables qu’ont des putains d’valeurs mais les défendent mal, humanoïde « 

3/ Squa : Je m’attendais pas du tout à ça en voyant le titre du son, mais bordel c’est ultra efficace ! Un tempo trap mais avec des instruments plus rétro, tout à base de synthétiseurs, la prod est vraiment lourde. Nekfeu arrive avec un refrain hyper efficace qui colle bien aux couplets à la fois tranchants et nonchalants. La technique est une nouvelle fois maîtrisée parfaitement à base d’allitérations et de rimes multisyllabiques. Un morceau qui ambiance bien où Nekfeu mêle égotrip et shout outs aux gars de son équipe, de son « Squa ». Ne surtout pas oublier d’arriver en armure comme Diam’s.

 

4/ Réalité augmentée : Encore une claque, cette fois-ci Nekfeu nous parle de réseaux sociaux et du monde virtuel. A certains moments on croit que nos écouteurs ou enceintes buguent mais non, il ne faut pas oublier que l’album s’appelle Cyborg et que le côté machinal interfère sur les morceaux. Lyricalement et techniquement c’est une nouvelle fois impeccable, avec un MC qui critique le monde virtuel et l’apparence que les gens se donnent sur Internet avec une utilisation du lexique extrêmement tranchante et froide. Un morceau concept mais vraiment excellent !

 

5/ Avant tu riais (feat. Clara Luciani) : Que d’émotion dans ce son ! Un premier couplet où le rappeur narre le portrait d’une fille en dépression, oppressée par la société. Sur une instru planante Nekfeu critique la société mais on sent qu’il veut donner de l’espoir à travers ce morceau, de privilégier les sentiments primaires comme l’amour et la solidarité. La voix de Clara Luciani est très agréable au refrain, on ressort vraiment pas indemne de ce morceau. La construction de ce morceau est une nouvelle fois inédite, Nekfeu ose dans cet album.

 

6/ Esquimaux (feat. Népal) : Attention la banquise va brûler (non rien à voir avec Guizmo pas de malentendu), quelle collaboration ! J’avoue que je l’attendais énormément, Népal a sorti un projet excellent cette année et j’avais hâte que les deux MCs travaillent ensemble. Sur une prod excellente et très rythmée, Népal assure un refrain entêtant et un couplet aussi tranchant qu’un katana, tandis que le Fennek arrive en scooter des neiges pour glisser parfaitement sur la prod pour conclure ce morceau. Des esquimaux plus que bouillants !

 » J’me sens renoi, juif, blanc, rebeu et noi-chi
Jamais je ne choisirai la couleur du emoji « 

7/ O.D (feat. Murkage Dave) : On change complètement de registre, on se balade sur ce morceau et c’est très bien foutu. Y’a du groove pendant tout le morceau, le refrain est vraiment sympa. Ici le Fennek reprend un thème qui lui est cher l’amour, il en fait même une overdose. Un morceau calme mais très travaillé.

 

8/ Vinyle (feat. Alpha Wann) : L’enchaînement avec la continuité du saxo d’Archie Shepp entre le morceau précédent et celui-ci est vraiment parfait. S’en suit quatre minutes de kickage intensif de la part des deux MC’s d’1995. L’instru est étonnante mais le cocktail est détonant, on sent une nouvelle fois que ces deux-là sont faits pour s’entendre quand il s’agit de rapper ensemble, chacun de leurs duo est une réussite.

 

9/ Saturne (feat. Sneazzy et S.Pri Noir) : Des sonorités plus actuelles, une ambiance un peu plus « club », les 3 rappeurs font le taff avec une vraie aisance. Un Sneazzy incisif, un Nekfeu nonchalant, et un S.Pri qui ne déçoit pas, comme à son habitude. Un nouveau morceau de qualité, pour l’instant c’est un sans faute…

 

Le morceau caché est une sorte d’interlude où Nekfeu freestyle et cherches des mélodies dans la station de métro, l’intro du prochain morceau.

  » Les mômes espèrent d’la monnaie monumentale
Avant d’avoir le respect, essaye d’avoir le mental « 

10/ Galatée : Après avoir écrit des rimes sur cette fille dans le morceau précédent, Nekfeu l’attends devant un café, et raconte leurs déboires et ses sentiments pour elle. Le morceau est vraiment agréable à écouter, l’instru est une nouvelle fois réussie avec un tempo plus old school. On écoute les rimes parfaitement maîtrisées et qu’on sent sincères de la part de Nekfeu. La construction est vraiment originale et fidèle au vécu, car au final le rappeur n’attend plus sa douce et ne peut pas refaire le refrain, elle n’est pas venue. Nouvelle réussite.

 

11/ Le regard des gens (feat. 2zer, Doum’s, Mekra & Nemir) : Quel refraaaain ! Nemir a vraiment une voix exceptionnelle, c’est vraiment réussi. Les membres du $-Croums ($-Crew + Doum’s) lâchent de très bons couplets, Nekfeu de même. Ce son est calme mais extrêmement bien réalisé. Enorme coup de coeur pour le refrain et l’instru. 

 

12/ Programmé : Le côté Cyborg ressort, et le titre correspond bien au morceau : le rappeur répète 45 fois « tout est une question de volonté ». C’est peut être un peu trop pour le coup même si c’est volontaire, car le reste des couplets sont vraiment bien. La chute est également réussie avec le changement « tout est une question de destinée ». En soit le morceau est bien foutu mais j’accroche moins (il en fallait bien un quand même).

 » Je dis tout dans mes textes, je ne devrai même plus faire d’interview « 

13/ Besoin de sens (feat. Framal & Jazzy Bazz) : Ca fait plaisir d’avoir Jazzy Bazz sur l’album de Nekfeu ! Lui qui a réalisé un très bon album en début d’année nous gratifie d’un excellent couplet. Le couplet de Framal et le refrain de Nekfeu m’emportent, l’ambiance est à la fois mélancolique et puissante, j’aime beaucoup l’atmosphère de ce son, encore une fois les featurings sont réussis et apportent vraiment quelque chose au morceau.

 

14/ Nekketsu (feat. Crystal Kay) : Wow quelle conclusion à l’album. La prod est vraiment exceptionnelle, travaillée par Loubensky, VM the Don et Hologram Lo’. Nekfeu se livre sur le dernier son et le refrain chanté en japonais par Crystal Kay (je savais pas que ça existait les japonaises avec un tel timbre de voix), c’est vraiment excellent.

 

Quel album ! Contrairement à Feu, qui était déjà un excellent projet, on sent ici une vraie trame de la première à la dernière seconde de l’écoute. Techniquement, c’est toujours aussi impressionnant, voire même plus car le sens des paroles rendent les allitérations encore plus belles. Lyricalement, Nekfeu prouve qu’il est un des meilleurs lyricistes du moment et c’est parti pour durer. L’album s’appelle Cyborg mais y’a pas de doute, ce mec est autant, voir plus, humain que machine. Il y a une réelle alchimie qui prend dans ce projet, tout est cohérent. Cela va des prods qui sont toutes excellentes, aux flows toujours aussi variés, en passant par les featurings tous redoutablement efficaces. Un travail énorme a été également fait sur le mixage et le mastering du projet, c’est ce qui donne cette trame, avec ces effets de dysfonctionnement numérique dans certains morceaux, l’interlude après Saturne… Tout est cohérent et réussi. A part « Programmé » que j’affectionne moins, tous les autres morceaux sont vraiment excellents. Mes morceaux préférés ? Mauvaise Graine et HumanoïdeFeu était la source d’énergie qui a aidé à programmer le Cyborg. Bravo.

 

18/20

hugo@vrairapfrancais.fr

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