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Chronique : MZ – Affaire de famille

Le groupe du 13ème arrondissement présente son 1er album

La Mz, le groupe chaperoné par le King de Boulbi, un rappeur dont j’aime énormément le travail ! Lors de la chronique de MZ MUSIC VOL3, nous avions espéré que le trio, composé de Jok’Air, Dehmo et Hache-P, se renouvelle un peu dans leurs délires de fesses et de drogues, délires généreusement présents sur leurs mixtapes, devenant même lassants… Allez, c’est parti pour l’écoute de AFFAIRE DE FAMILLE, le 1er album de la Mz !

 

01/ Og’s : Original Gangster’s, voici l’intro de la Mz pour leur 1er album : une présentation du groupe, des trois rappeurs, de leur façon de penser, d’agir : « On n’est pas des voyous, disons plutôt des hommes avertis ». La prod est assez bonne, leurs flows respectifs aussi, un refrain entraînant qui doit bien fonctionner en concert. Une intro efficace dans l’ensemble.

 

02/ Dans le bendo : Un titre qui m’a fait kiffer lors de la sortie du clip ! J’ai un faible dès qu’il y a des enfants en chœur, je l’avoue… Mais ce titre est bon, de par la musicalité avec les touches de xylophone qui accentuent ce côté enfantin. Le message aussi est bon : le bendo, le ghetto, la galère. Ne pas oublier d’où l’on vient mais arriver à s’en sortir « J’réprésente mon block même dans la cour de récré ». Mention spéciale pour le clip !

 

03/ Je suis un menteur : Et comme dans MZ MUSIC VOL3, ce type de titre devient mon coup de coeur ! Tellement de similitudes entre « Lune de fiel » et « Je suis un menteur »: texte à la 1ère personne s’adressant directement à une meuf, des phases salaces et trash avec un ton de loveur et des assonnances asiatiques qui invitent au voyage, on plane totalement sur ces deux titres.

 

04/ Kalina : J’aime les personnifications dans le rap et ce titre en est une magnifique : Kalina est le nom de famille du graphiste qui a dessiné les billets d’euros. Kalina représente donc l’argent pendant tout le texte « Toi Kalina, toi Kalina : à force de t’vouloir, j’ai fait pleurer Mama ». Les dérives de l’argent et l’envie que la monnaie attise, les choses qu’on est prêt à faire pour survivre ou pour en avoir toujours plus, bon titre.

« Toi Kalina, toi Kalina : à force de t’vouloir, j’ai fait pleurer Mama »

 

05/ Wesh les puristes : Tout y passe : drogue, sexe, armes, traffic, rap game mais sans faire les gros durs… « J’suis un génie dans cette connerie : j’suis pas dopé, enfoiré, juste un peu drogué ! » Ils en parlent avec tellement de recul, tellement décompléxés que j’ai du mal à me positionner sur le morceau. J’ai envie de rire parfois et quand ils devraient me faire rire, ce n’est pas drôle : « J’l’ai prise sur l’capot, elle mouillait tellement qu’elle arrosait les jantes ». Voilà, voilà…

 

06/ Ma substance (ft Chich) : Le titre de défonce par excellence sur une prod de folie ! Tu fumes ton oinj, tu t’envoles direct ! La prod fait énormément sur ce titre, le refrain colle parfaitement aussi : doux et posé… L’équilibre est parfait, jusqu’au bout, avec une touche électro sur la fin, qui dynamise le morceau et lui donnant une nouvelle dimension (semblable à « Enfermé dehors »). J’ai vraiment adoré ce titre !

 

07/ Un noir tue un autre noir : « Dans le ghetto, un noir tue un autre noir, dans le ghetto… » Alala, mon coeur est touché : un sample des Sages Po à l’ancienne ! Comme un passage de relai, d’héritage… Seuls ces mêmes faits divers n’évoluent pas : les règlement de comptes pour les affaires, laissant les familles en deuil « Nos vies sont des tragédies : tout le monde y laisse son âme à la fin de l’histoire ! »

 

08/ Évadé Feat Mallaury : Un titre qui parle à tout le monde : partir loin, tout laisser tomber, s’évader… « Toujours ces même soirées, toujours les même réveils (…) ah c’est toujours pareil ! » Fuir la routine, ce cercle vicieux : rêver d’autre chose, voir ce qui se passe ailleurs. Le refrain est chanté par Mallaury, une touche féminine pour amener de la volupté au son, c’est très bon, car en adéquation avec la prod qui nous emmène aussi. Bon titre !

« Toujours ces même soirées, toujours les même réveils / ah c’est toujours pareil ! »

 

09/ Coca n Bourbon : Typiquement le genre de son qui me donne la nausée, un peu : les lovers à l’état pur, tout ce que je déteste… « Si t’as peur du noir, n’ai plus d’inquiétude : j’illuminerai tes nuits de ma présence ». Non mais sérieux, quoi… Malgré ça, dans le genre, c’est plutôt bon : c’est groovy, c’est sensuel… Le mythique lien entre sexe et nourriture : « On se mélange comme le Coca et le Bourbon ». En tout cas, je suis loin d’être « tombée love » sur ce titre…

 

10/ Johnny : Ça passe super bien ! On rentre dans ce titre, la Mz nous emmène dans leur délire. Titre référence à Johnny Hallyday, la vie d’artiste entre studio, fêtes et filles : leur sex, drog and rap’n’roll ! La prod est très bonne, rythmée de quelques touches et le trio s’adapte tellement bien dessus, chacun à sa manière : Jok’Air, à son habitude, plus chanté, Hache-P, beaucoup plus brut, Dehmo plus posé. Belle osmose !

 

11/ Loin d’ici : Pourquoi faire tout ça, du son, des albums ? Pour changer de vie, rendre fier la famille et surtout la daronne. C’est le thème du titre, finement et musicalement bien joué : la prod est dingue ! Le refrain, est bon : du chant, en écho ! Et ça fait plaisir de les entendre dans ce délire : les mauvais garçons et les queutards laissent place aux gars plus sensés et réfléchis, on apprend d’eux et ça fait plaisir !

 

12/ Interlude (par Bookainfry et Yaks) : Ça me fait penser à une scène de La Haine ou de Ma 6-T va craker : une discussion en bas de blocks, entre gars du quartier. On sourit pendant cette pause…

 

13/ Tchapalo : Ça kicke bien, la prod est dynamique : on bouge la tête comme si on était « sous tchapalo-tchapalo-tchapalo !! » Les trois sont énervés, mention spéciale pour le couplet de Jok’Air ! Le thème, soirée sous pillave, les meufs, les embrouilles : un son qui ambiance grave dans la gova avant de partir en soirée !

 

14/ La cité des frères : Et je redescends assez violemment… Une prod aux sonorités latines, où ça parle de business, drogue et envie de s’en sortir. Un remake de La Cité de Dieu version Mz ! Le son est bon mais derrière un titre comme « Tchapalo », ce n’est pas cohérent dans la musicalité : c’est beaucoup plus doux et posé. Et puis, le message commence à se répéter : les embrouilles à cause du business, la vida loca…

 

15 / 3.5.7 : Beaucoup de douceur pour cette fin d’album, quelques accords de guitare électrique. Beaucoup de douceur mais le message est dur : déjà par le titre, puis par le message : faire de sales choses pour survivre et pour changer de vie… Le refrain est planant, fataliste. Des souvenirs, une prise de recul sur leurs choix passés : on termine bien cet album !

Ce que j’aime chez la Mz, c’est qu’ils ont compris ce qu’est un groupe : chacun des trois rappeurs amène sa patte, sa plus-value, soit un flow, une voix, une écriture et c’est ça qui fait vivre l’album. On ne s’ennuie pas, on rentre dans leur monde musical. Un monde musical oui, car la Mz a son propre univers, une identité bien à eux et c’est ça que j’ai vraiment apprécié. Les prods sont vraiment bonnes aussi, des « prises de risques », des sonorités qu’on n’entend pas souvent. De plus, les trois ont une facilité d’adaptation, une certaine créativité dans les ambiances et dans les flows malgré quelques erreurs de calage. Mais ce qui est vraiment dommage, ce sont les thèmes : la drogues et les filles qui reviennent en boucle… On écoute cet album facilement, il est accessible et passe vraiment bien : un beau premier album.

NOTE : 14 / 20

proydelaunay974@hotmail.fr

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