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CHRONIQUE : MOH – L’ART DES MOTS

MOH nous présente son 1er album

Marseille parle le rap, respire le rap et vit le rap. Nombreux sont ceux qui ont voulu s’aventurer dans le milieu hostile qu’est ce style musical. Certains ont marqué l’histoire à jamais ( IAM, Fonky Family, Psy4 de la Rime…),  d’autres n’ont pas réussi à s’imposer, et certains artistes veulent laisser leur marque d´une manière  indélébile dans un milieu où il est si complexe de se faire un nom. Parmi eux, MOH, ou Mohamed, comme vous voulez. Comorien des quartiers nord de la capitale de la rupture, veut s’immiscer parmi les têtes d’affiches du rap français. Avec déjà plusieurs projets à son actif, comme l’excellent « Mon manuscrit » sorti en avril 2012, que je vous conseille d’écouter avant de faire connaissance avec son dernier album « L’art des mots ». Si vous êtes à la recherche d’un rap « gentil », je vous conseille de quitter cette chronique maintenant. Pourquoi ? On va découvrir l’album ensemble, vous allez comprendre très rapidement.

 

01/ Quartiers nord : Très bon morceau pour entamer un album dans les meilleures conditions. Le ton est donné de manière très claire. Les paroles font offices de présentation pour l’artiste. « L’art des mots », oui, mais les mots sont choisis de manière studieuse. Rien n’est fait au hasard. Une ambiance lyricale assez violente en dit long pour la suite du projet. « J’ai ma boule de nerfs, qui atteint son paroxysme. On te connaît, t’es dans l’détail donc joue pas les grossistes », 

 

02/ Vatos locos : Une prod’ excellente qui se marie parfaitement avec les paroles et le débit d’MOH. On alterne le doux et le violent sur différents points : instrumentale, lyrics, flow… Ce choix s’avère être payant lors de l’écoute du morceau. Punchline sur punchline, l’artiste se raconte dans cet excellent track. « Dur comme un ruskov, quartiers nord, je leur annonce la catastrophe », à Marseille il n’y a pas que les armes qui sont russes.

 

03/ Mon ami : Un flow saccadé qui va bien, une prod’ qui va bien, la majorité du morceau va très bien. J’aime ce genre d’ambiance qui nous rappelle un peu la trap pendant les couplets. Petit inconvénient seulement, MOH nous avait habitué à des refrains recherchés tout en restant efficaces, sur ce coup, le refrain est bien trop simpliste. « J’ai toujours les nerfs, la voix du tonnerre fait parler les comères ».

 

04/ Nez dans la coco / soucar : Le morceau s’écoute très bien. Il s’agit encore d’un morceau en égotrip, le refrain n’a rien à voir avec les couplets. Mais le morceau reste très bien maîtrisé. Bon morceau dans son ensemble. « Tu t’rappelles à l’époque où il n’y en avait pas un pour faire deux ? Regarde maintenant on monte en grade, on en a fait descendre en Ligue 2 ». On dirait une référence à l’ESTAC.

 

05/ N.S.M feat Elams : « Elams Stone la manie du connais c’est comme d’hab », avant le morceau je connaissais déjà le petit prince de Marseille Elams. Habitué aux ambiances assez dansantes, j’ai été très étonné du ton très « rap » que le MC a arbordé pour honorer son featuring avec MOH. La présence de vocodeur ne choque pas, l’atmosphère que dégage le morceau est assez sympathique, le refrain est très efficace et les couplets sont réussis. Bien joué ! « Moi et l’instru c’est comme Castle et Becket. Sur un coup de tête, sur ma mère on trace à Phuket. Marseille on est fou, on achète des lance-roquettes. » Rendez-vous pour la prochaine saison sur France 2 le lundi soir à 20h45 pour en savoir un peu plus sur Castle et Becket.

 

06/ Schizophrène 2.0 : MOH se lance dans un exercice très compliqué à la manière du morceau « Un mal pour un bien » d’REDK et Lino. D’un côté le bon, de l’autre le mal. Une discussion prend place entre ces deux parties. Mais, comme vous avez du le comprendre grâce au titre MOH se parle tout seul. Le bien et le mal résident dans un même corps, et il nous offre une explication acharnée très intéressante, qui s’écoute de manière agréable. L’écriture du morceau est une réussite. Le son en général est un succès. J’écoute ce morceau en boucle depuis sa sortie. « C’qui me chagrine c’est que j’ai l’impression que t’oublies ton discours de base. Et dit à ton public de m’appeller Mohamed, qu’ils arrêtent de m’appeler par ton blase ». Mais comment faire confiance à une personne qII s’embrouille toute seule ?

 

07/ Endors-toi : On peut appeler ça le calme après la tempête. Une douceur que l’on voit très rarement lors d’un morceau d’MOH. Ce style lui va plutôt bien. Ce morceau permet à l’auditeur de marquer un petit break. La prod’ est une nouvelle fois au niveau, le refrain est envoûtant, les paroles s’accordent avec le tout. Très bon extrait. « Depuis tout gosse je rap, je sais que ce n’est pas le meilleur avenir. Dans ce milieu de vautour, ils nous tournent autour et on les voit venir ».

 

08/ LOVE feat Soprano : Si vous recherchez la bonne humeur en un morceau, optez pour cet extrait. Les deux marseillais jouent avec les mots avec une facilité déconcertante. Les styles musicaux s’allient bien l’un avec l’autre. Un hymne à l’amour du rap et de la musique en douceur. L’instru est assez intéressante, un beat et un effet qui ressemble un peu à de la techno, accompagnent convenablement les rimes des MC. C’est le genre de morceau à passer sur les ondes, si vous entendez ce morceau à l’approche de l’été, ne soyez pas étonné. « MOH/Sopra c’est un signe, et dire que tu m’as appris à écrire mes premières lignes », le symbole est très fort.

 

09/ Le loyer : Retour à la violence ! MOH attaque sans jamais s’arrêter. Des punchlines aiguisées et un flow maîtrisé comme il sait le faire. Pour le moment, le morceau est mon préféré. Une puissance lyrical indéniable, le rappeur se sent à l’aise lorsqu’il passe à l’offensive, et ça se voit. Cet extrait est une vraie réussite. « On s’en bat les couilles de ton avis, petit. T’es pas robuste, on oublie ton but, Emmanuel Petit ». Comment oublier cette contre attaque lancée par Christophe Dugarry, cette passe vers Patrick Vieira, et ce caviar lancé vers Emmanuel Petit à la 90+2ème minutes ? Retrouvez la vidéo du but juste ici.

 

10/ French Dance feat NJ : Je n’ai pas vraiment accroché à ce morceau. Peut être un peu trop dansant, ça ne me parle pas tellement. Les textes et la prod’ ne coïncide pas. On va faire comme si on avait rien entendu. A noter que la belle voix d’NJ et celle d’MOH peuvent totalement se marier sur un morceau peut être un peu plus « rap ». « C’est dans la rue qu’on s’est fait, t’as mal fini c’est bien fait ».

 

11/ Olala : Longue histoire entre l’artiste et ce fameux « Olala ». Anciennement il s’agissait du titre d’une mixtape en attendant l’album que je vous chronique actuellement. Parlons du morceau. C’est de nouveau le retour du MOH « méchant ». Une prod’ que le MC maîtrise sans aucune encombre apparente. Un flow qu’il connaît très bien, et des lyrics qu’il adore prôner. Bon morceau. « C’est trop dangereux ils ont le nez dans la coco, tout revient à la mode, même la coupe à Patrice Loko », comme quoi tout arrive.

 

12/ Histoires sans fin feat Demi Portion : C’est l’un des morceaux que j’attendais le plus. J’aime beaucoup Demi Portion, et le rappeur de Sète ne me déçoit pas. Le duo 100% sudiste a fait les choses bien. L’instrumentale est envoûtante. Un chanteur arabe (faites moi part de son nom si vous le connaissez) accompagne parfaitement l’ambiance générale de l’extrait. C’est un très bon son, parfait pour se réveiller en douceur le matin, ou encore pour se détendre. J’adore ! « On s’arrête pas devant l’obstacle et la médisance, on rap le bitume avec quiétude et intelligence ». L’art des mots se met réellement en valeur dans ce track.

 

13/ Bouna & Zyed : En voyant le titre vous vous doutez sans doute quel sera le thème du morceau. Un exercice d’écriture très compliqué auquel a fait face MOH d’une forte belle manière. Le rappeur se met à la place des deux défunts, et raconte l’histoire de cette sombre affaire. Sincérité et incompréhension se distingue dans le texte. C’est un excellent morceau dans son style, son thème et son écriture. L’un de mes préférés, sans aucun doute possible. « Mais avec la peur on n’a pas vu marquer « Centrale EDF ». Et on saute, on reçoit 20.000 volts, et nos âmes s’envolent, est-c’que c’est de notre faute ? ». Zyed et Bouna, on ne vous oublie pas.

 

14/ Aigles Royaux feat Despo Rutti : On savait déjà que les aigles ne volaient pas avec les pigeons selon un rappeur riche tristement célèbre. Mais voilà, Despo Rutti se fait de plus en plus rare dans ce vaste monde qu’est le rap français. La collaboration est assez ambitieuse… Résultat, très bon extrait une nouvelle fois. Le couplet de Despo Rutti est très bien, tout comme celui d’MOH. Le refrain est efficace, la prod’ est à la limite de la perfection, par rapport aux textes débités et à l’ambiance que nous offre le morceau. Ces aigles royaux là ne doivent jamais cesser de voler. « Le rap c’est une mascarade, maquillé, fond te teint et mascara. Solimuzik c’est carré on veut le 100 carats. Tu sais ce que je dis au trou du cul ? Vai te foder caralho ! », travaille ton accent portugais Mohamed.

« Tu veux m’attaquer ? Attaque ! Mais dis toi qu’ instinctivement je riposte ! »

 

15/ Les limites : Tant de violence dans ce monde de brute. Un peu de paix ne vous ferait pas de mal ? Écoutez ce morceau en boucle. Un flow quasi-parfait de la part du marseillais. Une ambiance paisible et un refrain lent se marient parfaitement l’un entre l’autre. Un break qui s’avère être efficace, car je n’ai nulle envie de passer un extrait de cet album. Continuons. « On a sait plus c’qu’on veut, on sait plus c’qu’on fait. On a peur du feu et de notre reflet ».

 

16/ Muscu : Lyricalement, MOH nous a habitué à bien mieux. Des paroles assez simplistes ont beaucoup de mal à décoller. Un refrain tres répétitif, et un thème qui n’inspire pas forcément tout le monde, font que ce morceau ne restera pas dans ma mémoire. Cependant la prod’ reste bonne. Le son donne beaucoup de punch, à écouter pour tous les amateurs de musculation. « J’ai les crocs à Suarez, mes négros sont balaises. Devellopé couché. Même sans micro j’suis à l’aise ». En espérant que tu ne te prennes pas les 6 mois de suspension qu’a écopé Luis après sa morsure sur Chiellini en Coupe du Monde.

 

17/ Hello feat SP : Place à une instru plus calme. SP et MOH font le travail pour leurs couplets. J’ai du écouter ce morceau plusieurs fois pour me faire une idée, et après avoir eu un peu de mal à la première écoute, j’adhère totalement à la dernière. Le morceau est de qualité, l’atmosphère que dégage ce morceau est assez intéressante. J’aime beaucoup. « J’suis parti d’en bas avec tellement de force. Il voulait pas de nous, j’ai du fracturer les portes ».

 

18/ RR1000 : Cette fois-ci, pas besoin de plusieurs écoutes pour me faire une idée. J’adore. Le rappeur ne fait pas dans la camelote, phrase sur phrase il maîtrise la prod’ et le morceau du début à la fin sans problème. Dommage que le morceau dure un peu moins de 3 minutes, j’aurais aimé que le son dure un peu plus longtemps. Mais ça reste un très bon morceau dans son ensemble. « Je rappe comme le RR1000, la rue m’a dit « M.O.H. faut qu’tu l’termines ». J’vais le saigner comme un mouton à l’Aīd El-Kebir ».

 

19/ Amitié gâchée feat Mina : Premier morceau du projet où une présence féminine fait son apparition. Le thème raconte l’histoire d’une relation amicale partie en vrille suite à plusieurs trahisons. La puissance vocale de Mina se démarque lors des refrains, ce n’est pas déplaisant. Le morceau est assez bon dans son ensemble, même si ce style musical ne me parle pas tellement d’habitude. « T’étais mon assoc’, mon double, ma moitié. J’ressens de la haine, du doute, de la pitié ». 

 

20/ Ketama : Comment finir en beauté ? Prenez un clip de 10 minutes, semblable à un court métrage qui raconte une histoire sombre, avec MOH en tant que personnage principal bien entendu. Optez également pour un thème et une prod’ que le MC gère à la perfection. Et voilà, le rendu est beaucoup plus que satisfaisant. « Homme sombre, fils d’Adam, couleur ébène. Provoque le destin moi j’attends pas une aubaine ».

 

Comme vous l’avez sans doute compris, ce projet est réussi. MOH a voulu alterner les ambiances « énervées » et plus calmes. Les extraits s’écoutent d’un trait sans aucune interruption. Les points positifs sont : les prod’, les textes, les thèmes abordés et les flows tentés qui se sont avérés être de qualité. L’association de ces quatre critères donnent un résultat séduisant à l’album. Compliqué de trouver un point négatif à L’art des mots. Quelques morceaux se ressemblent toutefois, ce qui ne gêne pas vraiment la bonne écoute du projet. Mes morceaux favoris restent « Bouna & Zyed », « Schizophrène 2.0 », « Le loyer », « Les limites » et les collaborations avec Demi Portion et Despo Rutti.

NOTE : 16/20

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