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CHRONIQUE : MEDINE – PROSE ELITE

Retour sur le cinquième album de Médine

Après son projet surprise Démineur, Médine était attendu au tournant pour son cinquième album studio. Avec le nom « Prose Elite », on s’attend à se prendre de la belle rime en pleine gueule. C’est tout ce qu’on espère. En toute indépendance, Médine a réussi à faire parler de lui avec une promo bien ficelée, notamment sur la cover. Dévoilée dans une rue de Paris, celle-ci est vraiment réussie, même si se mêler à Victor Hugo peut paraître très présomptueux. N’oublions pas que les rappeurs sont égocentriques, peu importe le degré de leur engagement. Entendre un album entier avec de la revendication n’est pas forcément ma came, les instrus et flows étant souvent similaires. J’espère que ce ne sera pas le cas avec cet album. Top départ pour une chronique de l’élite de la prose.

 

1. Le khan : Comment bien rentrer dans un album. Très surpris par ce premier morceau, Médine maîtrise parfaitement la prod trap très moderne. Le khan désigne un dirigeant en langue mongole et turque, cela colle parfaitement à l’ambiance du morceau, essentiellement basé sur l’egotrip, avec surtout des punchlines très marquantes.

 

« Rien à foutre d’être propriétaire, j’veux qu’un astéroïde porte mon nom ».

 

2. Urbain 1er : Encore une très grosse prod, le mélange de choeurs et instruments très robotiques sont vraiment excellents et tranchent avec le côté « ancien » que pourrait donner un titre comme Urbain 1er. Médine a vraiment beaucoup de facilité sur les prods trap, il varie les flows, un coup saccadé, un coup chantonné sur un pont. Ce morceau est une vraie démonstration, accompagné d’un refrain simple mais très efficace. Lyricalement c’est vraiment excellent, le lexique de la rue conjugué à celui de la religion est très intéressant et plein de subtilité. Très bon morceau.

 

« Le vrai problème c’est qu’on est tous contre les gros salaires jusqu’à ce qu’on en ait un »

 

3. Grand Paris (feat. Lartiste, Lino, Sofiane, Alivor, Seth Gueko, Ninho, Youssoupha) : Bombe collective. Huit rappeurs découpent chacun à leur manière une prod millimétrée pour ce genre de collaboration. Difficile de revenir sur les couplets de tous les MC’s, mais une chose est sûre : le Grand Paris est très bien représenté. Allez j’vais me mouiller, les meilleurs couplets sont selon moi ceux de Sofiane (BAMBAMBAMBAMBAM), Lino, Médine et Youssoupha. Par contre, aucun couplet n’est à zapper, les rythmes et les flows varient et c’est très bien pour un tel morceau.

 

 

4. Raison Sociale : Même si je n’aime pas trop ce mot, on peut dire que ce morceau est plus « conscient » que les autres. Raison sociale est un morceau où Médine se lâche sur la société en elle-même et sur la politique. Les punchlines tombent une par une et ça peut faire réfléchir, très gros morceau. La prod est une nouvelle fois excellente, et le rappeur la maîtrise comme sur les morceaux précédents. On a tous les codes d’un morceau old school avec extraits de films/séries, refrain samplé, instru avec violons, mais avec une ambiance trap. Cela fonctionne.

 

 

5. Allumettes : Quel morceau encore ! L’ambiance est bien plus calme et ça ne fait pas de mal après avoir commencé cet album sur les chapeaux de roues. La prod nous transporte et on se laisse bercer par la voix plus chantée de Médine. Un coup de gueule contre les djihadistes terroristes et la part de responsabilité des états occidentaux dans les attentats, il essaie de faire passer un message de paix. Encore une fois un très bon morceau.

 

 

6. Enfants du Destin (Nour) : Ici Médine narre le destin tragique de Nour, une jeune femme habitant au Myanmar. Elle fait partie de l’ethnie des Rohingyas, un peuple opprimé par les autorités de son pays. L’instru colle parfaitement au thème et le havrais arrive à varier le flow et l’agressivité tout au long du récit (très bien décrit). Un bel hommage aux peuples opprimés.

 

7. Prose Elite :  Cette instru trap est une nouvelle fois domptée par l’Arabian Panther. Un gros coup de coeur pour le refrain, hyper puissant et motivant comme jamais. Au niveau du thème, on se rapproche de l’egotrip mais on sent que Médine veut représenter les écrivains modernes, autrement dit les rappeurs. Cela est accentué dans le clip, où des portraits de rappeurs français (Nekfeu, Kery James, Mac Tyer, Youssoupha…) sont mélangés avec des écrivains célèbres. On se sent reboostés après ce track.

 

 

8. Alger roi : Wow mais quel est cet instrument utilisé au moment où la prod part ?? Incroyable ! Parenthèse fermée. Ici Médine propose une hymne à l’Algérie et à sa capitale Alger. Désolé mais je reste perturbé par la prod qui est vraiment exceptionnelle. C’est encore une fois un très bon morceau, j’aime beaucoup le côté trap de cet album.

 

9. L’homme qui répare les femmes (feat. Noraa et Keblack) : Très beau morceau. Médine décrit avec froideur le quotidien d’un médecin qui soigne des femmes excisées. Plus qu’un récit, c’est une éloge à la femme. Les interventions de Soprano, Youssoupha et Mokobé sont vraiment intéressantes. Les voix de Keblack et Noraa sont très agréables. Ce n’est pas un morceau que j’écouterai souvent mais c’est très bien fait et surtout très beau.

 

« On s’est fait électrocuter par des courants de pensée »

 

10. Papamobile (feat. 20syl) : Gros coup de coeur ! Etant fan d’Hocus Pocus, un des groupes de 20syl, on retrouve un peu cette ambiance sur le refrain et sur la prod. C’est vraiment très agréable, les artistes ont réussi à rendre joyeux un morceau plein de mélancolie, où l’absence d’un père est le thème principal. La collaboration est étonnante mais vraiment géniale, ça va rester très longtemps dans mes oreilles !

 

11. Rappeur 2 force : Que de violence ! Sûrement celui où Médine est le plus énervé, la prod suit bien avec des basses presque saturées. Bizarrement ça marche moins, sans doute à cause de l’instru qui est violente mais un peu trop chargée. Les flows de Médine sont assez variés comme sur l’ensemble du projet, un morceau coup de gueule !

 

12. Porteur saint : Que d’émotions dans ce morceau ! Du début à la fin on est portés par la prod et les dires de Médine. Une magnifique chanson sur toutes les religions et leurs décadences. Les images décrites sont vraiment marquantes, des métaphores extrêmement frappantes. J’suis sous le charme de ce morceau, le message de paix est juste beau. C’est bien fait et c’est agréable à écouter, on finit un peu chamboulé. Magnifique.

 

« Si l’Homme est à l’image de Dieu, il est photoshopé par le diable »

 

13. Global : Et voilà un très bon album qui se conclut avec un très bon morceau. Très introspectif, Médine parle de son passé en tant que rappeur, ses débuts dans le milieu, et de tout ce qui l’anime aujourd’hui. La prod divisée en deux parties est très agréable et surtout très travaillée. Quand elle est seule, cela aère le morceau, on ne voit pas les six minutes passer.

 

 

 

Il était attendu par ses plus fervents fans, et ils ne seront certainement pas déçus. Prose Elite est un album de grande qualité. On a toutes les recettes du succès de Médine dans le disque : des morceaux engagés, des punchlines qui font réfléchir, sa voix rocailleuse. Mais ce n’est pas tout, ce qui m’a agréablement surpris est la palette d’instrus et de sonorités utilisées. Il y a du mélancolique, du hardcore, mais c’est très actuel ! On l’avait déjà entendu sur cet exercice sur le projet Démineur, mais Médine maîtrise parfaitement la trap. On le sait, les flows sur la trap peuvent être vite redondants, ici non, c’est aéré et varié. On a également de très bons featurings, notamment avec la bombe Grand Paris et le très réussi Papamobile. Prose Elite est un album diversifié mais extrêmement cohérent, aucun morceau ne fait « tâche » dans le projet, même si certains sont peut être moins accessibles. Pour ce qui est du message, rien à reprocher, de la revendication mais beaucoup de paix. Pros de la prose, on est l’élite.

 

Note : 15/20

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