Home / Actualités  / CHRONIQUE : MAES – PURE

CHRONIQUE : MAES – PURE

Chronique du premier album de Maes, Pure, sorti le 30 novembre dernier

Il pourrait légitimement prétendre au titre de rookie de l’année. Après avoir posé sereinement un vrai-faux premier pas dans le game avec son EP, Réel Vie 2.0, sorti en mars dernier, Maes monte au dunk avec un premier album, qui confirme le talent et les ambitions du garçon. Avec Pure, l’artiste de 23 ans démontre sa technique et sa polyvalence vocale, maîtrisant l’art du kick comme celui de la trap. Appartenant à cette nouvelle génération dorée sevranaise, Maes s’invite sur la scène rap sans trop de discrétion, mais avec classe et intelligence. Ce premier large album (16 titres + 2 bonus) est porteur de belles promesses.

1.LDS : Que ceux qui ont peur soient rassurés. LDS ne fait pas référence aux « Latter Days Saints » de l’Eglise Mormone. En revanche, Maes prêche pour LDS, à savoir Les Derniers Salopards, le nom de sa production. Le titre revêt d’ailleurs un côté mystique, par la prod envoutante d’Handy Y Kap’z et par son texte, compilant les peurs et les espoirs d’un jeune dealer « jetant une bouteille à la mer comme Balavoine, à l’intérieur tout ses cris ses S.O.S ». Beaucoup de craintes exprimées dans ce titre aux allures dramatiques mais une chose est sure, Maes restera LDS.


2. Mama : Dans un album résolument trap, Maes montre qu’il sait aussi kicker sur des prods plus à l’ancienne. Le Sevranais pose majestueusement son flow sur le carillon mélancolique de Cecy-T. « Pourquoi j’ai pas écouté ma mère ? » se demande Maes qui ressasse avec technique et poésie les galères, les trahisons et les regrets qui ont égratignées sa jeunesse.

3. Billets Verts : Quelles douces clochettes annoncent la joie de Noël ? Celles de Double X bien sûr, qui nous offre avec Billets Verts une prod féerique et scintillante, tel un sapin enguirlandé un soir de 24 décembre. Le titre idéal à chanter en famille après l’ouverture des cadeaux. Plus sérieusement, Billets Verts est un tube à la fois entraînant et planant qui donne envie, au choix, de bondir sur la piste ou de s’envoler vers des horizons plus enchantés. Un incontournable de l’album.


4. Vue : L’euphorie des fêtes ne dure jamais longtemps. Avec Vue, Maes revient à univers plus sombre. Sur des synthés inquiétants et une basse nébuleuse signés AriBeatz,  Maes est en pleine instrospection : « J’me sens mieux dans l’ombre, comment me redonner la vue ? ». Pour l’ouïe en tout cas, c’est un délice.

5. Fumer : Avec un flow plein de noirceur et de gravité, Maes déballe son envie de tuer. Un désir irrépressible qu’il rappe durant trois couplets terrifiants. Le rappeur crache sa haine avec froideur et lucidité, annonçant que même sorti de prison, il ne pourra échapper à ses pulsions destructrices.

6. Madrina (feat. Booba) : Le jeune prince de Sevran est adoubé par le Duc de Boulogne. L’association des deux artistes fonctionne tout en mélodie, finement cuisinée par un autre duo, de producteurs cette fois, formé par Unfazzd et le DJ hollandais Denza. Clippé pour la sortie de l’album, Madrina est aussi l’occasion pour Maes et Booba de s’offrir un petit voyage en Colombie, ambiance Narcos, colombiennes pulpeuses et propriétés de rêves sur les hauteurs de Medellín. Pure.

7. Avenue Montaigne : Premier clip diffusé sur les réseaux, Avenue Montaigne annonçait l’album en grande pompe. Une trap sucrée comme l’addition après un tour de shopping sur les Champs et puissante comme un rassemblement de gilets jaune autour de l’Etoile. Un titre qui confirme la polyvalence de Maes, aussi à l’aise sur des Top-Lines parfumés d’autotune que sur du rap davantage « kické ».

8. Mula : Un des titres les plus hardcore de l’album. Mula, c’est la rage et la violence sevranaise à l’état pur. Bersa, également local de l’étape, est à la baguette et Maes grogne ses chroniques de dealer dans un refrain frissonnant, assaisonnés d’ad-libs pimentés.

9. J’voulais : Après la violence, place à la chillance. Maes retrouve son flow envoutant sur une prod mélancolique signée Jo A. Une ballade pleine de douceur où il raconte ses tourments, la rue, le deal, mais aussi les défis d’un gars sorti de prison qui assume son objectif : tout rafler.

10. Zipette : Même association que sur Mula, mêmes thèmes, mais une proposition musicale tout autre. Bersa concocte cette fois une prod plus harmonieuse, en superposant mélodies de synthé et de guitare tandis que Maes s’assagit avec un flow chanté du début à la fin.

11. Depardieu : Ambiance sombre, grosses caisses vrombissantes et petite mélodie inquiétante qui se répète en fond de prod…. Yalatif Beatz est maître dans l’art du suspens. Pas de quoi faire flipper Maes qui se promène avec aisance, avec deux couplets qui sentent bons les halls d’immeubles et l’egotrip.

12. Weed (feat. Zed) : Le second featuring de l’album et certainement l’une des plus douces sucreries du projet. Zed attaque sans prévenir et fait l’étalage de toute sa technique, qu’il s’agisse de raper sale ou de planer sur des refrains chantés. Idéalement lancé par le rappeur de 13Block, Maes, contrôle la passe, accélère le flow, joue avec les mélodies puis redonne à son collègue sevranais qui reprend d’un refrain délectable.

13. Panamera : Chaque album rap a son « tube de l’été ». Cette fois, Panamera est livré un peu en avance mais c’est bien lui la caution club de Pure (en plus de Madrina). Une légère mélodie de xylophone, une rythmique presque reggaeton et Maes pilote sa Panamera efficacement, sans non plus prendre trop de risque au volant.

14. Bâtiment : Le Double X signe une deuxième fois cet album avec une prod nettement plus funèbre que sur Billets Verts. Un cloud rap trouble et angoissant qui convient bien aux flows variés de Maes, tantôt grave et posé, tantôt aigu et accéléré.

15. Particulière : On approche de la fin de l’album et Maes se libère encore plus dans ses envolées vocales. Il s’adresse cette fois à cette femme qui le hante et le ronge, mais dont il n’arrive pas à se défaire, car elle est si « particulière ». Une déclaration soucieuse et pessimiste qui inspire à l’artiste des traits mélodiques audacieux.

16. Outro : Maes aime soigner ses entrées et ses sorties. Comme sur l’intro, il nous plonge tranquillement une ambiance ténébreuse avant de débarquer sur l’instru avec justesse et élégance. La prod est aérienne. De petites perles de xylophones qui pétillent, une basse sentencieuse et une légère descente de flute en gimmick de fond : l’atterrissage nous emmène encore plus haut.

17. 100k (Bonus) : Une vie d’artiste bohème où l’artiste ne serait riche que par son génie ? Très peu pour Maes qui compte bien convertir son talent en euros. 100k, c’est le chiffre qui lui conviendrait comme salaire mensuel, mais aussi le titre qui prolonge un peu plus le tour de planeur dans lequel Maes nous a embarqué depuis les deux derniers titres. 

18. Fresh (Bonus) : Une dernière tournée de desserts pour les amateurs de trap sale. Le flow est agressif, le texte sans détour, à l’image du refrain. Maes veut de la « Fresh », donc il braque l’instru froidement puis s’éclipse comme il est entré dans le game : avec brutalité.

Si à l’école, Maes avouait être du genre à ne pas se faire remarquer, à rester dans son coin, dans le rap il est en train de faire une entrée fracassante. Avec sa technique vocale, son ingéniosité et la variété de ses flows, Maes est parfaitement calibré pour la nouvelle scène rap qui est en train d’émerger. En plus, il sait s’entourer d’une production, de parrains et de beatmakers qui lui donnent tous les ingrédients pour devenir un futur grand. Cette deuxième livraison confirme les attentes placées en lui depuis son premier EP. Ce lot de Pure contient de nombreuses pépites, dans des styles éclectiques, mais la qualité est légèrement inégale sur la longueur des 18 sons. La plume peut encore plus aiguisée et la « patte Maes » encore plus poussée mais si l’artiste continue sur cette lancée, nul doute que la prochaine cargaison sera encore plus pure.

                                        15/20

fausto.munz@icloud.com

Review overview
NO COMMENTS

Sorry, the comment form is closed at this time.