En ce début d’année 2020, Maes le rappeur des Beaudottes à Sevran, auteur de Pure ou encore de Réelle Vie 2.0, sort son 2ème album Les Derniers Salopards. L’interprète de Libérable nous invite avec cet opus à une petite virée en Pack M dans son univers durant 14 titres et 43min.

Tracklist

1. Dragovic

Sur une prod d’Hitxchi, on rentre dans cet album avec une instru qui n’est pas sans rappeler ce qui pouvait se faire au début des années 2000s. Maes rappe de la manière la plus simple et la plus direct. Il prouve d’une certaine manière qu’il maîtrise aussi ces codes là du rap. Néanmoins ce titre à des accents mélancoliques et également autobiographiques « J’sais qu’on entendra jamais : Maes est mort vieux ».

2. Street

A travers ce morceau sur une prod de Susanoo & Big Dada, Maes réaffirme son appartenance et son amour pour la street qui ne l’a sans doute jamais lâchée. Il joue sur ce titre une partition qu’il maîtrise à la perfection, le chant et la mélodie, ce qui d’ailleurs ne manque pas de donner un côté envoûtant et entêtant à cette rue dont Maes parle. Cependant il ne perd pas le nord et ne peut s’empêcher d’avoir toujours ces petites références à l’argent qui pourrait être libérateur «  Il m’faut plus d’un million d’euros pour soigner mes maux ».

3. Elvira

Avec Yann Dakta & Rednose à la prod Maes crache son seum à ces Elvira qui veulent jouer les Tony. On retrouve ici un Maes avec un flow supra énergique avec la dose « d’agressivité » adéquate et encore une fois il prouve qu’il maîtrise aussi cette texture de flow et cette voix grasse légèrement rocailleuse ce qui confère au titre un côté encore plus sans concession envers ces thomys qui jouent les Tony. Il joue aussi sur le fait que le pré-refrain et le refrain soient plus rappotés pour ajouter une couche supplémentaire au morceau.

4. Mémoire

Plus que jamais dans son éléments sur cette prod de Bersa, Maes continue de prouver son appétence pour les mélodies. Quand il rentre dans son couplet avec « J’suis armé dans la ville,mes potes sortent de l’asile, j’ai showcase en Asie, eh », son flow peut évoquer à certains auditeurs le flow de Niska sur Salé. Même si c’est un morceau qui évoque la mémoire, où il relate une époque passée « quelques souvenirs de toi en mémoire ». Il ne s’agit aucunement de nostalgie « J’vois mon pire ennemi dans l’miroir, c’qui est passé est mort, on peut pas changer l’histoire ». Comme à son habitude Maes ne perd pas le nord, pour que l’auditeur n’oublie le rapport que le rappeur peut avoir à l’argent « J’pensais voir la vie autrement avec des lovés, j’trouverais pas l’amour dans l’pré même si y’a du blé ».

5. Blanche

Avec Gérald Unprediktable & Denza à la prod, voici le premier feat de l’album avec Booba. Sur cette instru aux couleurs chaudes à la légère texture de « zumba », Maes et Booba se rencontrent un fois de plus, pour faire un titre dans la continuité de leur précédent feat Madrina.

6. Les gens disent

Sur cette prod avec cette nappe de piano qui lui donne une atmosphère mélancolique. Maes se montre plus sombre sur les couplets rappés qui s’équilibrent avec un refrain chanté ce qui allège la structure du morceau tout en gardant l’ambiance du son. Une fois de plus il opte pour une façon de rapper simple et efficace sur cette instru de DST, Denza & Wladimir Pariente

7. A côté de moi

On retrouve ici un Maes au flow bien plus agressif sur cette prod trap de Drama State. Il n’hésite pas à jouer sur les adlibs pour donner une dynamique supplémentaire au morceau et pour équilibrer tout ceci, il choisit un refrain plus rappoté. Avec ce morceau il continue de prouver qu’il est aussi un kickeur et qu’il à plusieurs cordes à son arc.

8. Distant

Deuxième feat de l’album, ici c’est Ninho qui s’invite à la table des derniers salopards, dans une ambiance plus chaude aux accents latinos, orchestrée par Holomobb & Boumidjal X. Sur ce morceau les deux acolytes abordent les thèmes qui sont chers à Maes, la street et le biff. Une fois de plus il mise sur un son assez court et efficace.

9. Police

La prod de Big Dada,Susanoo et Saydiq n’est pas sans rappeler la mélodie du morceau Chan Chan de Compay Segundo. C’est dans cette ambiance cubaine et plutôt chaude que Maes chante le rinté et la police, avec des ablibs bien présents qui donnent une texture supplémentaire au son. Au vue du thème du morceau il aurait été facile de penser qu’il allait choisir une interprétation plus dure, mais justement le contraste entre la voix de Maes douce, calme et le sujet abordé prend l’auditeur à contre-pied, pour donner l’impression qu’il vesqui la police de la manière la plus smooth qui soit.

10. Chromé

« j’fais de la pure sur du Bersa », c’est de cette manière que Maes présente ce morceau dans le 1er couplet. Il joue une fois de plus sur des couplets assez courts et rappés, accompagnés d’un refrain chanté où il rappelle « J’entends les balles qui ricochent dans les rues de ma ville mais on m’dit que la vie est longue ».

11. Dybala

Dernier feat de l’album, avec Jul, ce morceau se situe plus en terme d’ambiance dans l’univers du marseillais. Le morceau s’appuie sur un refrain plutôt simple et efficace où les deux rappeurs nous invitent sur une instru de Trent 700 et Chady, à venir pécho notre « 10 balle là ».

12. Marco Polo

Sur une prod à la sonorité plus grasse et sombre, qui pourrait rappeler une certaine ambiance Lunatic, Maes rappelle « J’sais pas compter les mesures mais j’sais compter ma sacem ». En effet tel Marco Polo, Maes revient de loin et il ne s’en cache pas. Comme il joue sur un flow plutôt lent qui s’accorde parfaitement à l’ambiance de la prod de Trackstorm & Julio Masidi, les adlibs tout au long du morceau viennent le dynamiser tout en cassant cette atmosphère un peu monocorde.

13. Etoile

Maes revient ici dans un exercice qu’il maîtrise à la perfection, le chant et la mélodie, sur une instru de Noxious & Junior Alaprod. Comme tout au long de l’opus il a misé sur un morceau plutôt court où il aborde cette vie de dealeur sans en faire l’apologie mais plutôt un constat sans langue de bois « Entre mal et le bien, mauvaise graine finira parmi les arbres, les plus fleuris ».

14. Imparfait

Pour clôturer Les Derniers Salopards, Maes s’est entouré de Kyu, Chapo & Heizenberg du label Human 404. Il se retrouve un fois de plus dans un exercice qu’il affectionne le chant où il joue sur des couplets très courts, plus courts que le refrain. Ici en s’adressant à une figure féminine il rappelle quelque part qu’il est imparfait et que par le passé il a fait des erreurs sur lesquelles il ne peut revenir, sans toute fois s’en dédouaner « Tout l’temps passé sans toi est la tempête dont j’ai semé le vent ». Ce morceau est plus que jamais une illustration de l’adage qui dit « qui sème le vent récolte la tempête ». Si finalement Maes se raconte au passé ici c’est que cette silhouette féminine a fini par s’effacer de sa vie « On s’aimera au passé, je t’aime à l’imparfait ».

Les Derniers Salopards se construit comme un album très digeste de par sa durée et son nombre de titres qui ne laissent que peu de place aux morceaux déchets. Dans cet album, il y a 3 Maes. Celui de Dragovic où il joue sur un flow simple et efficace qui n’est pas sans rappeler ce rap des années 2000s, le Maes de Street et de tous ces morceaux où il met en avant son côté mélodiste, enfin le Maes plus kickeur plus dur dans son flow comme sur Elvira. Ce qui contentera sans doute tous ses auditeurs d’une manière ou d’une autre. Tout au long de l’opus, il distille en filigrane ce storytelling affilié à la rue et à son passé tumultueux, en ne cessant jamais de placer toutes ces références à l’argent qui est un des principaux personnage du projet. Il en fait la mention sur tout l’album. Il aurait pu nommer cet opus Les Derniers Sous. Il a su doser son nombre de feat sans pour autant que les protagonistes qu’il a invité ne sortent de leur zone de confort. Ce qui est peut-être un peu frustrant pour certains surtout quand on sait que Booba était plutôt pressenti sur Marco Polo et on le retrouve finalement sur Blanche (dommage !). Il y manque peut-être un feat du 93270 bien senti qui aurait mis en avant la mentalité anti-vyce si cher au Sevranais. Il y a finalement dans cet album assez peu de prise de risque, ce qui pourrait parfois donner un côté un peu scolaire à l’album, mais Maes fait preuve d’une maîtrise totale de ses différents univers. Avec le nombre de crédits beatmakers, il aurait été facile de penser à un album décousu cependant la charpente musicale construite s’adapte parfaitement au storytelling de Maes. Le tout savamment mixé et masterisé par Nk.F (qu’on ne présente plus). Au point où on ne sait plus vraiment si se sont les mots de Maes qui habillent les prods ou si se sont les prods qui habillent ses mots. Pour dire vrai c’est très bien comme ça !

16/20