Originaire du 19ème arrondissement de Paris, membre des LTF (Les Tontons Flingueurs), M Le Maudit (nom qui est aussi le titre d’un film de Fritz Lang sorti en 1931), nous propose son 2ème EP, I Hate Love, avec cette cover à l’iconographie christique. Pour cet EP, M Le Maudit s’est associé avec le beatmaker Yung Coeur qui a donc composer toutes les prods. Pour parler de sa tracklist l’artiste dit lui-même : « Le projet commence en plein rêve, durant une nuit dans laquelle j’aperçois une ombre. Pendant que la sablier coule et que les aiguilles de l’horloge avancent. Je fais des cauchemars avant l’éveil. »

Tracklist

1. Rêve

On entame déjà le projet par une antithèse, si on assimile les rêves à une image plutôt positive. Ici on est plongé dans une toute autre atmosphère, la prod est très sombre et pesante. Il est vrai qu’elle tient plus de l’atmosphère cauchemardesque que de celle d’un rêve dans le monde des licornes. Néanmoins elle colle parfaitement avec le message que M Le Maudit véhicule, « J’fais des rêves où tout le monde meurt. C’est ma drogue j’attends mon heure ». Il a quand même un petit moment d’accalmie dans le morceau durant ce pré-refrain rappoté en arabe, puis on repart dans son univers plus sombre et pesant.

2. Nuit

C’est une plongée encore plus profonde dans l’univers sombre et énigmatique de M Le Maudit. On reste toujours dans ce registre qui fait référence à ses rêves morbides, « J’fais des cauchemars où tout le monde die ». Il apporte sur ce morceau des précisions sur son univers, « Mon univers est très gore », ce qui est indéniable. Il parle même dans ce titre de « Trap cercueil » terme qui à l’écoute des deux premiers morceaux n’est pas galvaudé du tout.

3. Ombre

Souvent, dans nos rêves, la nuit, nous croisons des ombres. Les ombres des absents, « ouais j’ai grandi sans mon reup », l’ombre d’une scolarité peu évidente « J’suis plus un poète que mon prof de français, au lycée, j’y allais les yeux bien défoncés ». Sur ce morceau on est sur une construction avec 3 ponts différents où il exprime 3 idées différentes, qui ont quand même un pont commun : l’ombre, lui même est dans l’ombre mais il a aussi Yung coeur qui est son ombre mais une ombre plutôt bienveillante avec qui il a travaillé en duo sur ce projet.

4. Sablier 

Le sablier est souvent synonyme du temps qui s’écoule. Sur ce titre on est sur un format assez particulier. On a l’impression de l’entendre de loin, il reprend les lyrics des morceaux ayant précéder celui-ci. On a du coup le sensation d’un fantôme qui essayerait de nous contacter de l’au-delà ou de quelqu’un justement avec qui on communiquerait dans nos rêves.

5. Horloge

On est ici sur un morceau aux allures plus mélancoliques « Déjà triste avant que je naisse, l’amour est mort dans ma jeunesse », avec l’ombre de la mort qui plane toujours dans le morceau, « Je suis triste comme si j’en avais 150 (ans), j’sais que j’peux quitter ce monde en un instant ». Le titre s’avère avoir une forme qui sort des sentiers battus comme M Le maudit sait le faire, l’intro et l’outro sont les mêmes. Les ponts sont une fois de plus différents ce qui donne également différentes textures au morceau, il y exprime un amour déçu avec ce « I hate love » qui y revient comme un leitmotiv.

6. Cauchemar

Un titre peut-être plus « turn up », mais toujours dans cette notion de trap cercueil. Avec bien évidemment la notion de rêves cauchemardesques mortifères omniprésente, « J’vois le futur sans demain, le soleil est noire toute la Terre meurt ». On notera la petite dédicace à Jacques Chirac décédé le 26 septembre dernier, « Mental gangster comme Chirac ».

7. Éveil

Titre en feat avec Népal qui clôture le projet. C’est la fin de cette nuit de rêves cauchemardesques et on le ressent, on est clairement sur un morceau plus chaleureux et chill. On sort de la trap cercueil mais ce n’est pas pour autant un morceau des plus joyeux, « Le sirop je dilue, j’veux prendre toutes ces pilules ». Il y a une recherche d’une sorte d’échappatoire à cette nuit, « Bébé, monte dans la caisse, on lérave sans arrêt. On roule on roule jusqu’à c’que t’aies l’son dans la tête ». On dirait qu’ils veulent oublier cette longue nuit de rêves où tout le monde entier mourrait.

M Le Maudit, nous à plonger dans cette virée cauchemardesque au moyen de sa trap cercueil, avec son compère Yung coeur qui a, lui, construit l’architecture musicale d’I Hate Love. Les 2 protagonistes ont bâti une identité forte pour ce projet, sombre, mortifère, mélancolique, gore où le sablier et l’horloge égrainent chaque minute cette nuit où les ombres ne cessent de défiler. C’est un univers qui happe celui qui s’y plonge profondément, l’auditeur arpente donc avec M Le Maudit et Yung Coeur ce rêve sombre qui pourrait sembler interminable. De plus, il n’hésite pas à jouer sur la formes des sons comme pour brouiller les pistes, comme pour dire que les rêves ou les cauchemars ne sont pas des choses figées alors pour les raconter la forme ne doit pas l’être non plus. L’Éveil qui arrive à la fin vient mettre un légère touche de chaleur dans le projet même si finalement les propos tenus n’y sont pas plus joyeux que dans les autres morceaux. Écouter I Hate Love, c’est accepter de renter dans les recoins sombres et lugubres des cauchemars de M Le Maudit.

15/20