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Chronique : Lomepal – Flip

Retour sur un album riche en émotions et en musicalité

Lomepal Flip

Elle est bien loin la bouille de gamin qui kickait sans prétention sur les toits parisiens. Proche de L’Entourage sans en faire partie, Lomepal a toujours fait ses gammes en solo. Ce n’est pas pour autant qu’il ne fut pas accompagné, en témoigne ses différents projets avec Caballero ou encore le duo Fixpen Sill. Depuis 2011, le natif de Paris a évolué et s’est créé un personnage, le mec lambda qui a un ego surdimensionné, en témoigne ses deux EP « Seigneur » et « Majesté » sortis respectivement en 2014 et 2015. Mais il manquait l’étape album pour définitivement installer Lomepal dans une place de choix dans la musique. J’avais pourtant une interrogation avant d’écouter ce projet : va-t’il s’enfermer dans son personnage égocentrique ou élargir ses horizons ? La réponse est dans cette chronique.

 

1.Palpal : On le sait, Lomepal est égocentrique. C’est le cas sur ce morceau mais il le fait différemment. Palpal fait office de présentation du rappeur, avec ses doutes et ses envies de succès. Musicalement c’est très propre, les ambiances se multiplient. On a deux couplets très rythmés, un dernier où le rappeur est moins dans la démonstration. A noter que le clip de ce morceau est tout simplement fabuleux, mettant notamment en scène l’expérience de Milgram. A visionner si vous ne l’avez pas fait. J’suis gentil j’vous met le lien juste en dessous.

 

 

2. 70 : La vibe qui ressort de ce morceau est géniale. Le refrain reste en tête et se dépose sur une instru aussi douce que puissante. Espérons que les radios se réveillent et se décident à passer ce morceau en boucle, son potentiel est incroyable. Lomepal va d’ailleurs bientôt en sortir le clip. Une véritable réflexion sur sa vie et sur ce qu’il aurait été dans une autre époque. Une sacrée pépite avec un fort taux d’addiction.

 

3. Lucy (feat. 2Fingz) : C’est pour ce genre de morceaux qu’on aime cette foutue musique. Il s’agit clairement d’un des morceaux de l’année. Obligé d’analyser ce son de façon chronologique. La prod extrêmement sombre de Stwo permet à Lomepal de se balader avec une facilité déconcertante. Des punchlines tranchantes sur la société et les vices de l’homme. Vient ensuite un pont agressif sous effets vocaux pour conclure le passage du rappeur. D’autres notes s’ajoutent à la prod, on est déjà à 3 minutes 20 du son, on attend l’arrivée du duo. Et celle-ci est tonitruante, ils apparaissent dans le morceau comme si nos consciences discutaient avec nous. Un couplet lyricalement fabuleux, en passe-passe entre Népal et Doum’s. Sur la prod qui s’est adaptée au rythme des protagonistes, le duo conclut de la meilleure des façons un morceau exceptionnel. Cette punchline est à noter : « Ils ont fini quand il y avait plus d’ivoire par déterrer Lucy ». Rien à dire de plus.

 

4. Pommade : Un banger décomplexé. Un condensé de punchlines délivrées avec nonchalance, entrecoupé d’un refrain qui provoquera certainement une forte agitation dans la fosse de ses concerts. A noter la magnifique outro au piano de ce son, qui ajoute une note de douceur après tant de violence. Pour ceux qui n’ont pas vu le clip, encore une fois allez-y les yeux fermés (enfin non… bref), ça montre bien le côté rap décomplexé de Lomepal, premier rappeur français qui se travestisse (me parlez pas de Fatal Bazooka merci).

 

5. Ray Liotta : « Une fille bien dans une maison close, UNE PUTE DANS LA MAISON BLANCHE ». Voilà, rien que pour cette phrase le morceau vaut le coup. Plus sérieusement, j’aime un peu moins ce son mais rien de bien grave. Dans l’écoute de l’album ça ne choque pas et l’ambiance presque « country » devient même très agréable au bout de plusieurs écoutes.

 

6. Ca compte pas (feat. Caballero) : Même les storytellings sont originaux, c’est vraiment excellent. Dans un couple, chacun fait la fête de son côté et abusent d’alcool. Les deux soirées sont racontées par un des deux MCs. Très bien foutu et musicalement propre.

 

7. Bryan Herman : On sent clairement que Lomepal s’est fait son kiff avec ce son. Une ode à sa première passion, le skate. Un champ lexical que je ne maîtrise absolument pas, je me laisse bercer par le flow et par l’instru (étonnante une nouvelle fois !). Très bon morceau.

 

8. Skit Skate : Une petite pause instrumentale de Mohave, avec des bruits de skate. Plutôt agréable.

 

9. Yeux disent : Les mecs qui ont une passion très prenante se reconnaîtront dans cette chanson. Le rappeur aime sa belle mais est terrassé par l’omniprésence du rap. Et qu’est-ce que c’est bien fait… Une instru assez minimaliste mais envoûtante. Les rimes de Lomepal coulent sur cette dernière comme des larmes suite à une rupture. Sans aucune aversion pour l’autotune, voilà encore une preuve que l’on peut chantonner de très beaux airs sans modifier sa voix. Le gâteau de ta mamie, c’est beau et bon.

 

 

10. Bécane (feat. Superpoze) : Comme un tsunami d’émotion. Difficile de mettre des mots sur un tel morceau. La suite logique de « Yeux disent », une tristesse qui se transforme en rage sur quelques mesures. La paronomase « Bébé serre moi fort » et « Bébé serre moins fort » est très bien trouvée, on a tout à fait l’image de l’ex copine de Lomepal collée à l’arrière de sa Peugeot 103. Pas besoin de clip on a déjà tout en tête. Chef d’oeuvre.

 

11. Avion : Ferme-les yeux, imagine toi voler au dessus de la mer. Profite, laisse toi bercer par les mélodies de Lomepal et cette profonde instru. « Ils disent que c’est drôle comme un toboggan au Paradis… mais un toboggan au Paradis c’est la descente aux enfers ». Ce mec a une sacrée plume. Ce genre d’ambiance est déjà présent sur l’album mais on s’en lasse pas tellement c’est bon.

 

12. Malaise : On se motive à nouveau avec les pulsions sexuelles du rappeur. À noter que les refrains sont vraiment TOUS réussis sur l’album. On peut tous les garder en tête. Ce son est un ramassis de punchlines obscènes, mais bordel que c’est maîtrisé.

 

13. Danse (feat. Lost) : Après le banger évocateur, la ballade lubrique. Lomepal chante tout le long de ce morceau avec une douceur déconcertante. Sa capacité à varier les ambiances est vraiment remarquable. La clôture du morceau est signée Camélia Jordana, très propre.

 

14. Billet (feat. Roméo Elvis) : Deux morceaux avec deux ambiances totalement différentes. Ma préférence va naturellement vers la première partie, bien plus turn up et débile,  pile à mon goût. Les deux Mcs signent un morceau plein de complémentarité. La deuxième partie me convainc beaucoup moins, la patte de Roméo Elvis est moins présente.

 

15. Sur le sol : Rares sont les rappeurs capables de dévoiler des morceaux si impudiques. La mélancolie n’est pas adapté à ce son, il s’agit d’un véritable récital de la vie de Lomepal et de la relation avec sa mère. Mais contrairement à 95% des morceaux qui parlent de ce sujet, ce n’est pas cul-cul ni niais. La froideur du texte se mélange parfait à la douceur du refrain. Une très grande composition.

 

Une semaine pour digérer un tel album c’est à la fois assez court mais suffisant pour se rendre compte de l’empreinte de cette oeuvre. FLIP n’est pas un simple album de rap, mais un disque qui je l’espère, peut faire évoluer cette musique. Tout simplement parce que c’est complètement décomplexé et à la fois cohérent. Lomepal veut dire n’importe quoi sur Pommade, il le fait. Il veut chanter sans une voix exceptionnelle sur Danse ou Avion, il le fait. Il veut parler de sa bite sur Malaise, il le fait. Il veut parler librement de ses sentiments sur Yeux disent ou Sur le sol, il le fait. Il veut se travestir sur sa cover, il le fait. La liste peut être longue mais cela résume assez bien cet album. On a enfin un rappeur qui fait ce qu’il veut, totalement. C’est varié, c’est redoutablement bien écrit, et merveilleusement bien produit. Contrairement à ce que je redoutais, il ne s’est pas enfermé dans son ego, et c’est tant mieux. Il parle de lui, certes, et de la jeunesse qui l’entoure. Certes cela ne fera pas le même effet sur tout le monde, mais certains morceaux touchent vraiment. Je peux comprendre la réticence au vu de la cover, mais franchissez le pas et mettez votre téléphone en mode verrouillé pour ne pas la voir, juste écoutez et regardez ses clips. Vous comprendrez mieux pourquoi je donne un 18/20 à cet album.

Note : 18/20

hugo@vrairapfrancais.fr

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