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CHRONIQUE : LIM – PIRATES

Chronique du dernier album de LIM

On ne présente plus LIM : après Enfant du ghetto et Délinquant, ses deux albums solo, c’est cette année que le rappeur de rue nous offre son 3ème opus. Presque un an après la sortie du maxi éponyme, LIM revient avec Pirates. Et malgré son envie initiale de faire un projet au format relativement normal (18 titres) -ce qui nous avait d’ailleurs surpris lors de notre rencontre-, l’Enfant du ghetto le plus connu de France a repris ses habitudes, nous offrant 32 titres, divisés en deux parties. Le projet est donc conséquent, voir même un peu court si on se rappelle du tracklisting de Violences Urbaines 4 ! Mais trêve de plaisanteries et de bavardage : j’ai du pain sur la planche !

 

CD 1

 

1 / Pirate reconnaît pirate : Une intro incisive, comme on les aime. On rentre dedans directement : la prod nous porte, la voix raillée de LIM -reconnaissable parmi tant d’autres- nous fait bouger la tête. Les interventions parlées des journalistes en fin de track nous refont même penser à « Je commence », l’intro de Enfant du ghetto, son premier album sorti en 2005. Peut-être une autre interprétation de la gimmick « Pirate reconnaît pirate ». Une belle entrée en matière.

 

2 / T.P.F.M : Une prod entrainante au piano, avec un des exercices qui caractérise le plus LIM : l’emploi des répétitions. Le plus bel exemple reste le titre « Je regrette pas » sur le système de l’épiphore. Ici, nous sommes tout en anaphore de « Y’en a qui… » ponctué en conclusion par « Faut de tout pour faire un monde ! » (d’où le titre T.P.F.M). Ca ne vous rappelle rien ? Même pas le groupe Sniper en 2001 sur le titre « Faut de tout pour faire un monde » sur Du rire aux larmes leur premier album sorti en 2001 ? En tout cas, le délire passe toujours aussi bien en 2016, bon titre.

 

3 / Jus de bagarre : Ah, le jus de bagarre, tout le monde veut la recette ! Ici, LIM nous livre la sienne : une prod lourde, de la rage, un cocktail explosif à nous rendre « alcoolique comme Gainsbarre » ! Le texte ne fait pas l’apologie de la baston mais plus, une prévention sur la haine et sur sa propre agressivité « J’suis en mode jus de bagarre, comme la plupart des lascars que tu vois dans l’square ». Malgré un flow un peu plus lent que d’habitude, on retrouve une autre marque made in LIM : les rimes rapprochées qui donne énormément de dynamique au morceau, tous les couplets se riment en -ar.

 

4 / Souvenir : Titre découvert sur le maxi sorti en 2015. Tout découle : la prod, assez aérienne, la voix écorchée de LIM, son flow même s’il est approximatif sur quelques phrases. LIM divague un peu, on peut mettre ça sur le compte du souvenir justement. Le rappeur nous fait un récapitulatif sur sa vie de délinquant qu’on commence à connaître par cœur. Le titre se tient, du LIM comme on aime.

 

5 / Streetman (ft Guerra Sofyan & Moha le Vagabond) : Une mélodie au piano, mélodie que le rappeur reprend tout au long du titre en chantonnant sous autotune. On se prend au jeu, la musicalité nous prend mais malheureusement, devient assez lassante sur la fin. J’aurais préféré un morceau plus court et pourquoi pas sur un fin de projet, comme une outro. Et sinon, soit mes oreilles me font défaut, soit j’ai le mauvais album mais aucune trace auditive de Guerra Sofyan et de Moha le Vagabond…

 

6 / Fic-tra (ft Rim’K) : Un vrai plaisir de retrouver ces deux voix sur un titre ! J’ai un gros faible pour le « nouveau » Rim’K : j’ai vraiment apprécié son retour avec son projet Monster. La combinaison passe bien, les passe-passe se tiennent : le duo est homogène grâce au côté posé du 94 d’une part et au côté beaucoup plus nerveux servis par le 92. Ca nous rappelle le « Trafic » de l’album Rue avec Alibi Montana. Bon titre.

 

« Depuis petit, c’est la même : j’traîne avec le danger. Sale est la vie que j’mène : j’aimerai tellement m’ranger… » 

 

7 / DZ : Un son sur lequel MHD va s’ambiancer, sûr ! L’Algérie, LIM nous en parle souvent à travers ses albums : on se rappelle de « Mon bled », un de ses interludes sur Enfant du Ghetto. Une déclaration d’amour à son pays d’origine, on voyage un peu avec ces sonorités orientales « J’ai un pied en France, l’autre au bled. »

 

8 / Moi c’est LIM : Titre présent sur le Maxi sorti en 2015 et on était sur le tournage du clip. (Notons la présence du danseur Brahim Zaibat pour quelques pas). Un titre percutant et dynamique pour lancer la promo de l’album. Un bon son pour un retour sur le devant de la scène, du LIM comme on l’attend.

 

 

9 / Mec de cité : On se repose un peu, une prod plus lente contrée par un flow toujours aussi vif. Rétrospection sur sa condition de délinquant « J’ai jamais regretté ma délinquance à outrance », une délinquance assumée mais aucune apologie. La débrouille pour la survie. Dans le même délire, je préfère nettement le titre « Mec de tess » sur Délinquant, un storytelling beaucoup plus percutant pour traiter de ce sujet.

 

10 / Bicrave (ft Fyenso Jumo) : « Ca bicrave hiver comme été, ça bicrabe hiver comme étééééé ! » Une mélodie presque innocente pour les propos tenus ici : on a envie de se déhancher avec un cocktail à la main : le fossé est déconcertant et c’est plaisant. Fyenso Jumo, une écriture simple en début de couplet, montrant son travail lyrical sur la fin : dommage qu’il ne pose pas plus ! Bon son.

 

11 / Eldorado : Un texte dans l’air du temps au vue de ce qu’il se passe dans le monde depuis quelques années. J’aime beaucoup quand LIM nous conte des faits de société : très fort pour nous faire ressentir et nous faire imaginer les histoires qu’il décrit. Ici, celle d’un réfugié qui quitte son pays dans l’espoir de survivre et de commencer une nouvelle vie. Très beau titre, bercé par une prod au violon.

 

 

12 / Houria : « J’ai prévu un titre qui parle d’une fille qu’on a du envoyer en République Dominicaine chercher de la drogue et qui, au final, se fait attraper et fini en taule là-bas. » C’est ce que LIM nous expliquait lors de son interview en Novembre dernier. Je découvre le titre en ce moment même. Un titre sombre dans la prod et dans l’histoire, c’est assez sale et étouffant. On a connu mieux de la part du rappeur.

 

13 / Brigadier (ft Mbarga Jean-Paul) : Titre présent sur le Maxi sorti en 2015, sour le titre « Mr le brigadier ». Une prod aérienne, un texte anti forces de l’ordre : on connait la position de LIM sur ce sujet, lui qui a toujours voulu « voir les schmits en porte-jarretelles ». J’ai beaucoup de mal avec les parties de JPZer : malgré que ces interventions donne beaucoup de respirations avec celles de LIM, je trouve que ça sonne faux.

 

 

14 / Ce que je ressens : Ah, qu’est ce que j’aime LIM sur des sons comme celui-ci ! Une prod au piano, quelques accords de guitare, le rappeur se livre et s’ouvre, toujours avec la même rage qui le caractérise. Sur ce titre, il me manque quand même le petit truc qui me fait frissonner comme sur le titre « J’remercie » issu de Délinquant ou encore sur « Numéro 1″ issu de Evolution Urbaine avec Zeler. Je reste sur ma faim…

 

15 / Chargé (ft Neg’Marrons) : Quand j’ai vu le tracklisting de l’album, ce morceau avait attisé ma curiosité. A l’écoute, quelle horreur ! Une prod à la Jul, assez pauvre, des Neg Marrons pas au meilleur de leur forme, y’a juste LIM qui tient le coup mais le morceau dans son ensemble, ça passe pas, même pour s’ambiancer… Vite, je me remets « Le chant de la rue » avec Alibi Montana et Krys pour ça parce que là, « j’entends pas ou quoi » c’est sûr !

 

16 / Ma putain de vie : Ah, je vais peut-être trouvé ici ce qui m’a manqué sur « Ce que je ressens ». Et ce que je découvre me plait énormément. Une belle mélodie au piano, la guitare remplacée par du tambour, toujours la présence du violon, les confessions de LIM : il ne m’en faut pas plus. On termine très bien cette première partie d’album.

 

CD2

1 / Nocif : Nouvel partie, nouvelle intro : quelques rimes en bataille sous guitare sèche. On se prépare pour une quinzaine de nouveaux titres, c’est parti.

 

2 / Vie de pirate : LIM est un chat, il a de nombreuses vies : après « Vie de rue », ‘ »Une vie de voyou », une « Vie pleine de surprise » ou encore « On vit comme des bandits », cet album nous livre « Vie de pirate ». Et c’est vrai qu’on en avait oublié le titre de l’album, on l’avait perdu de vue. Une prod lunaire mais les propos du rappeur nous ramène bien sur Terre malgré le fait qu’il ait de quoi « nous emmener sur Neptune ». Le pont autotuné ne me parle pas, le pré-refrain trapé non plus…

 

 

3 / Moi et mon poto : Le genre de son de LIM sans surprise, simple dans les propos et dans les rimes. Rien d’exceptionnel au niveau dans la prod, un son qui passe mais sur lequel on ne s’arrête pas. Ni bon, ni mauvais, je ne le retiendrais pas.

 

4 / Passe le salam : Un flow à la « Moi c’est LIM », très saccadé. Mais malheureusement, je vais avoir les même critiques que pour le titre précédent : c’est du LIM trop simple dans les propos et dans les rimes. Pas de techniques particulières, d’histoires ou autres. C’est dommage…

 

5 / Ca tartine : Titre présent sur le Maxi sorti en 2015 et j’avais beaucoup aimé ce titre. La prod nous prend, LIM débite son texte comme il sait si bien le faire. Il y a de l’évolution, différents degrés dans son flow, ça découle facilement. On aime LIM dans ce genre de titres, nerveux et incisif.

 

 

6 / Creveurs : On est obligé de bouger la tête là-dessus ! Même si on capte pas trop où LIM veut nous emmener, le son passe bien : de la rage, des propos obscènes, une prod dynamique. Après, j’avoue que faire un commentaire composé sur le sens du texte, c’est pas possible mais on capte le principal : faut faire le taf bien sans se faire soulever.

 

7 / Ca tourne pas rond : « Si tu viens d’où je viens et que t’es pas malin, tu restes en chien » . La prod est vraiment bonne, quelques accords me mettent bien. Réaliste mais pas résigné, LIM nous livre son quotidien de manière touchante « Ca tourne pas rond, dans ma tête ça tourne pas rond : mon psychiatre m’donne des cachetons et j’les vends comme des bonbons… » Coup de coeur !

 

 « On m’a dit :  » LIM, fais attention : si tu joues les gros poissons, au bout d’l’hameçon, y’a la détention !  » H24 sous pression, j’pose sans m’poser d’questions : j’me défonce comme un con ! Psychiatrie, son-pri, incompris j’le suis. Le psychiatre rit quand j’lui dis que moi-même j’comprends pas ma story…» 

 

8 / Mon frère est un dealer (ft Samira) : On retrouve la voix de Samira, présente à chaque projet du rappeur. Je me souviens de ses ambiances sur « Violences conjugales » ou encore sur « Dans mon ghetto » titres issus de Délinquant et ça passait toujours bien à mes oreilles. Mais là, quelle déception : c’est super kitch. Les vibes sur « Mon frère est un dealeeeeeeeeer », c’est trop. LIM aussi est dans le trop : autotuné au possible, le jeu entre les deux n’est pas top, la prod -mise à part la guitare- est tout droit sortie des années 80. On oublie.

 

9 / Moi avec moi : Entre égotrip et schizophrénie, LIM divague complètement sur la prod, qui n’est pas bonne en plus… « J’suis bourré-bourré ! » LIM se perd dans l’alcool, pour oublier les déboires de sa vie, comme un paradis artificiel éphémère. Le message vocal en guise de fin de titre est mémorable, ahaha !

 

10 / Tout et tout de suite (ft Moha le Vagabond) : La prod est plutôt bonne, un bon message sur la patience, la gestion des contre-temps, des imprévus qui nous oblige parfois à remettre les choses à plus tard. « J’ai dû apprendre à marcher avant de courir, j’ai dû apprendre à pleurer avant de sourire ». Un peu de sagesse, ça fait du bien aussi. Bon titre

 

11 / Voyou : Et on repart sur quelque chose d’assez bancal et donc quelques chose d’assez mauvais… LIM devrait garder ça pour ses Maxis ou en bonus : c’est bonne ambiance mais pas assez travaillé dans le fond et dans la forme pour apparaître sur album, surtout quand l’album est aussi généreux en terme de sons, c’est dommage.

 

12 / Comme vous (ft Passi) : Un titre que j’attendais beaucoup aussi car j’aimais beaucoup Passi à l’ancienne. Et puis, une collaborations entre ces deux-là est quand même étonnante. La prod est sombre -et rappelle étrangement celle de « Kim » de Eminem- et on retombe sur l’exercice d’épiphores : la répétition de « comme vous » pour accentuer et intensifier le propos. Ravie de réécouter la voix de Passi mais sa présence n’amène pas la plus-value espérée…

 

13 / Cette nana : Ptdrrr tout ce que je déteste en temps normal mais comme c’est une première pour LIM, je dois avouer que ça m’a fait sourire. LIM et les femmes (autres que celles rémunérées), c’est rare ! Il nous parle de cette nana, avec beaucoup de douceur, on découvre une autre facette du rappeur.

 

14 / Phénomène : Et retombe dans quelque chose de plus amer, un texte avec beaucoup de recul, beaucoup de hauteur : c’est pour ça que j’aurais aussi bien vu ce titre en outro d’album. On plane un peu, la prod nous aide beaucoup, renforcé par un LIM qui nous parle au passé. Bon titre.

 

15 / Y’a plus de petit : Une prod lourde, rythmée par ces choeurs ecclésiastiques. La perte de l’innocence, grandir avant l’heure car parfois, la vie ne donne pas le choix. « Je suis dans la merde depuis que je suis né ». Ca nous ramène naturellement à son classique « A neuf ans déjà » où il expliquait « A neuf ans déjà, j’squattais dans les halls pendant que d’autres jouaient les ninjas, moi j’voulais l’monopôle ! » Bon titre.

 

16 / Streetzer : Comme sur le titre « Streetman », une mélodie que LIM va suivre sur les couplets mais qui va évoluer sur le refrain. Rien de folichon, rien de marquant. Dommage que l’album Pirates se termine là-dessus…

 

Whouaaaa, j’suis arrivée à la fin de l’écoute ! Moi qui suis amatrice d’albums courts au format 13-15 titres, je dois avouer qu’un double album de 32 titres, c’est laborieux. Heureusement que c’est du LIM, rappeur dont j’aime beaucoup le travail sinon je n’aurais pas pu. Pourquoi autant de titres ?  »Parce que je veux que mes frères qui vont au magasin pour chercher mon album trouvent quelques chose de blindé ! » nous avait expliqué l’intéressé. Certes, mais c’est beaucoup trop : certains titres sont juste passables et les bons titres se noient parmi les moins bons, c’est dommage ! Pirates aurait été nettement meilleur sur un seul album, en regroupant les morceaux les plus forts. Du coup et en plus de ça, le tracklisting perd de sa cohérence et de sa régularité : le CD 1 est beaucoup plus fort que le CD 2. Mise à part ça, on reste sur du LIM : les amateurs s’y retrouveront et ceux qui n’apprécient pas le rappeur, continueront. C’est le point fort et le défaut de LIM : il fait ce qu’il a toujours su faire, retranscrire sa vie. Une dernière réserve : il manque un titre référence comme LIM sait les faire, LE son incontournable de l’album comme on a l’habitude d’avoir.

 

NOTE : 12/20

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