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CHRONIQUE : LES FRÈRES LUMIÈRES – À DES ANNÉES LUMIÈRES

Les frères se réunissent pour un projet

Le duo parisien Hayce Lemsi et Volts Face, appelé « Les Frères Lumières » est déjà assez connu dans le milieu du rap français. Un duo complémentaire qui s’est déjà montré sur plusieurs featurings ou encore devant les caméras de Skyrock, ou de Daymolition. Depuis plusieurs mois maintenant, une question persistait dans nos esprits : « Alors ? ils sont frères ou pas ? » La cover de l’album a répondu à nos questions de manière claire et sans équivoque. Les deux artistes portent le même nom de famille, et portent maintenant fièrement un projet commun qui se faisait de plus en plus attendre. ADAL, ou A Des Années Lumières pour les plus pointilleux d’entre vous, est sorti le 8 avril dernier en faisant un boucan assez important sur les réseaux sociaux. Avant cette sortie, Hayce Lemsi avait présenté son premier album en major, L’or des rois, qu’il regretterait, selon ses dernières confessions livrées à Rap Genius. Volts Face avait lui sorti la mixtape nommée Face à Volts il y a deux ans déjà. Alors, maintenant que notre première question a eu le droit à sa réponse, une seconde interrogation se pose de manière naturelle : « L’album vaut le coup ou pas ? ». Heureusement que Vrairapfrancais se sacrifie une nouvelle fois pour passer à l’écoute complète de l’album, et de vous livrer notre ressenti, bien évidemment le plus honnêtement possible. Comme d’habitude en fait… Bon, moi aussi j’ai hâte d’écouter le projet. Donc, c’est parti !

 

01/ Adal : On commence fort, le morceau était déjà connu avant la sortie de l’album. Les différents flows du duo se complètent très bien. Les punchlines de Volts Face sont efficaces, parfois marrantes, même si ça ne doit pas être l’objectif principal du MC. Le débit monstrueux et cadencé d’Hayce Lemsi répond bien présent, il fait ce qu’il sait faire de mieux. C’est très efficace pour une introduction. Le morceau est maîtrisé de A à Z. On commence bien. « Je m’en fou de ce que les gens disent, c’est pas l’argent qui rend riche. Ton label te mène à la baguette ? Tiens ta SACEM, va t’acheter un sandwich. » L’insolence sera aussi très présente sur ce projet.

 

02/ Fayadem : Le titre est le raccourci de l’expression « faya them », qui signifie « allume les » en reggaeton anglophone (un grand merci à Rap Genius pour ce point culturel). Nouvel égotrip, une nouvelle fois contrôlée du début à la fin. Le refrain d’Hayce Lemsi est un peu lassant à la longue. J’aime bien le couplet de Volts Face qui fait juste ce qu’il faut pour s’imposer malgré l’omniprésence de son frère sur le son. Les deux styles des MC se mélangent bien une fois de plus. Mais le morceau est tout de même un cran en dessous, par rapport à l’extrait précédent. « J’vois tous ces gens qui nous invitent, t’as tout donné pour Philipp Plein mais ton compte est loin d’être rempli ». Demande à Lacrim s’il n’a pas su associer compte plein avec Phillip Plein.

 

03/ Obligado : Comme certains le savent déjà, le titre veut dire « obligé » en espagnol, pour ceux qui font de l’allemand depuis la 6ème comme moi, c’est peut être un peu moins évident (on le connait le coup de la promesse du voyage en Allemagne pour te convaincre de faire de l’allemand, maintenant, tu es en terminale et tu sais à peine te présenter… Ces personnes là je les soutiens, je sais ce que ça fait). Je m’égare. Revenons au morceau. Bonne prod’, bon flow, bonne complicité entre Hayce Lemsi et Volts Face, tout va pour le mieux sur ce morceau. L’atmosphère dégagée est assez efficace. Ce n’est pas mal du tout. « T’as un cul tellement plat que quand on le regarde, on ne prend pas de péchés ». Je ne vous cache pas que j’ai bien rigolé quand j’ai entendu ça.

 

04/ Pas de limite : J’ai eu besoin de plusieurs écoutes pour me faire une idée sur ce morceau, et je peux maintenant vous dire qu’il est vraiment bien. J’adhère totalement au morceau et à l’instu. Volts Face est au refrain pendant qu’Hayce Lemsi est sur l’ensemble des couplets. Le vocodeur s’intègre parfaitement à l’ambiance générale que dégage l’extrait. Un son un peu plus léger, semblable à une atmosphère « discothèque » qui ne gêne pas vraiment à l’écoute du projet. « J’suis toujours dans la street, je suis vrai comme Socrate », on notera le petit clin d’oeil pour Mac Tyer qui fait plaisir.

 

05/ Le fruit du démon : Pour faire simple, c’est un « Validé 2.0 », je n’aime pas vraiment le délire pour le coup. En plus Volts Face parle des femmes en bon termes. Ça me perturbe réellement, personnellement je préfère quand il les insulte avec des punchlines marrantes (c’est une blague, ne m’envoyez pas les féministes s’il vous plaît). On dirait que ce n’est pas le « VRAI » Volts Face que l’on aime tant qui est sur cet extrait. De plus la prod’ est plus que moyenne… Voila quoi… Venez, au pire on fait comme si on avait rien entendu ? Allez soyez sympa !

 

06/ Les pieds devant le D feat Hooss : L’invité de ce morceau se nomme Hooss, le sudiste accompagne parfaitement les deux parisiens sur cet extrait, ça m’a permis de voir à quel point le timbre de voix de Hooss et de Volts Face se ressemble. L’ambiance du son est bonne, la prod’ est très bien maîtrisée une nouvelle fois. Même s’il parait vraiment simpliste, j’adore le refrain, je le chante à des moments pas vraiment adaptés aux paroles… « J’ai sorti cette Ferrari pour pécher des grosses folles. J’ai le dernier maillot d’Algérie. J’roule ma weed, la dose est forte. Prends mon numéro d’chambre ma chérie, j’veux pas ton numéro de téléphone. Paris, Lyon, Massilia, Nice, Fréjus, Montpellier, Carcassonne. En buvette sur la corniche ! » Je ne vous cache pas que c’est assez gênant parfois…

 

07/ Tony Montaigne : Fermez les yeux. Imaginez une sorte de Tony Montana francisé au maximum, habitant dans le 16ème arrondissement de notre chère capitale. Donnez lui un nom, Tony Montaigne, et il réalise des actions à la limite du possible. Tony Montaigne a tout ce qu’il veut, quand il veut et où il veut. Hayce Lemsi prend possession du personnage sans cesse, tout au long du morceau, en mettant en avant le côté totalement décalé et égocentrique de ce personnage fictif dû à ses moyens financiers très conséquents. J’ai bien aimé la description de cet univers faite d’une manière assez amusante au final. « Pour démarrer la journée, je lis le journal en mangeant mes œufs d’esturgeon. Que piaillent les mésanges, mon miel fait toujours butiner les bourdons. Dans mon parking privé, ce faible pour les voitures de collection. J’ai l’air d’un héritier mais ma carrière a démarré d’une seule connexion. » Dis moi Tony Montaigne ? Cette connexion a t-elle de quoi faire pâlir celles de Tony Montana ?

 

08/ Au pieds de ma tour : J’adore le morceau ! Un peu plus de légèreté, tout en restant « rap ». Une ôde à la vie que les artistes auraient pu avoir, si le rap n’était pas apparu dans leur vie. L’air de guitare sur la prod’ de Wealstarr transmet une atmosphère douce qui rend l’ambiance assez spéciale. J’aime beaucoup. Très bon extrait en tout cas ! « Toujours seul dans mon périple, seul sur le périph’. Si le rap ne payait pas, je sais pas où j’aurais pu atterrir. Poussière de génie, j’l’ai fais tout seul, j’le mérite mais je n’emporterai rien, un jour ou l’autre on va périr »

 

09/ BBN feat Abdallah : Voir le nom d’Abdallah dans le tracklisting m’a fait énormément plaisir à vrai dire. J’adore le travail qu’il fournit en solo, notamment avec « 1435 » ou « Chépèr ». J’avais hâte de voir le rendu de sa collaboration avec les Frères Lumières, vu qu’il fait très peu de feat. Je n’ai pas été déçu, le morceau décalé correspond au trois MC. Hayce Lemsi se balade, Volts Face se dandine et Abdallah se promène sur l’instru de manière déconcertante. L’extrait me plaît bien. « Tu dis que t’as un sacré cœur, en vrai t’es qu’un vieux porc comme à Marseille », définitivement, on peut dire qu’il me tue.

 

10/ Moula : On connaissait déjà le morceau avant la sortie du projet. L’extrait avait été présenté, accompagné d’un support audiovisuel réalisé par Glenn Smith il y a peu de temps. Hayce Lemsi et Volts Face sont à l’aise sur l’instru, les couplets sont un peu comme d’habitude. Les MC font ce qu’il faut pour valider la qualité de l’extrait. « J’traîne avec des gens peu fréquentables, qui jouent les Van Damne devant les gendarmes ». Van Damne, je ne sais pas si il fait rire ou si il fait peur…

 

11/ Célébrer feat Abou Tall & Spri Noir : Un peu de légèreté à nouveau, Abou Tall et Volts Face au refrain, une prod’ aux inspirations africaines qui les accompagnent. C’est le genre de chanson qu’on écoute avant d’aller en boîte, juste pour te mettre dans une ambiance festive. Je ne vous cache pas que me tête bougeait toute seule. Le couplet d’Spri Noir ralenti un peu l’atmosphère que dégageait l’extrait, c’est dommage. Le morceau en lui même n’est pas mauvais, mais l’écouter entre « Moula » et « C’est ma vie »… Ça fait un choc.

 

12/ C’est ma vie feat Kranmax : Cet extrait nous replonge dans l’ambiance un peu plus « sombre », le couplet de Kranmax est pas mal, son timbre de voix provoque une distinction nette et sans bavure, vous ne pouvez pas le louper. Hayce Lemsi et Volts Face quand à eux récitent le rap qu’ils maîtrisent le mieux. Le son est pas mal. « J’espère que vous allez avoir une tristesse interminable. J’ai vendu la dope dans l’anonymat. Z1000, casqué j’arrive sans permis A. Le fusil à pompe sous l’imperméable », dans 2 mois vous verrez à la une des médias rap : « Kranmax en prison après avoir dévoilé l’ensemble ses activités illégales dans le morceau « C’est ma vie »« .

 

13/ Mensonge : L’intro m’a bien fait rire. Une chose est sure c’est que les Frères Lumières gardent les pieds sur Terre. Un featuring avec Eminem, c’est impossible, il y autant de chance que ça se fasse, que Jul arrête de porter des maillots de foot. L’extrait est pas mal en soi. Hayce Lemsi et Volts Face font le taff. Bon morceau, mais sans plus.

 

14/ Déception : Dernier morceau du projet, une confession sincère et humble de la part des rappeurs. Un ressenti est livré par rapport à la « vrai » vie qui entoure et accompagne les artistes au quotidien. Stop aux clichés de la vie parfaite que devrait mener un artiste. Hayce Lemsi et Volts Face font le travail, le message est clair. La touche de chant fait la différence. L’extrait qui conclu le projet est une réussite. Si je devais retenir une phrase pour résumer ce morceau ce serait celle-ci : « J’ai connu la douleur, la vie m’en a fait voir toutes les couleurs. T’as rêvé d’être quelqu’un, t’es plus personne quand tu meurs. Que Dieu pardonne mes torts, t’obtiens jamais rien sans effort, faut qu’j’mette à couvert la famille avant de penser au coupé sport ». Cette phase résume très bien la mentalité de ce morceau, que comme vous avez pu le comprendre, j’aime beaucoup.

 

Pour conclure, on peut dire que le projet est réussi, les prod’ sont très bien, le délire est bon et la complémentarité entre Hayce Lemsi et Volts Face est juste excellente. « A des années lumières » m’a convaincu, tous les auditeurs du projet aussi (enfin la grande majorité je pense). Maintenant on espère qu’un deuxième album commun fera son apparition le plus tôt possible pour confirmer tout ces points positifs. J’ai très apprécié le dernier morceau, « Déception ». Mais aussi « Au pieds de ma tour », « Les pieds devant le D », « BBN », « Adal » et « Obligado ». Les points noirs sont les sons d’ambiance un peu moins maîtrisés que les autres sons à la sonorité « rap » basique. Mais, ça mérite une bonne note !

NOTE : 15/20

chaves@vrairapfrancais.fr

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