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Chronique : Lefa – Monsieur Fall

Après quelques mois d'absences, Lefa est de retour avec un premier album

Après quelque temps de disette, Lefa, le kickeur emblématique de la Sexion d’assaut est de retour avec un album solo (rien que ça). Celui que beaucoup considèrent comme le meilleur rappeur de la Sexion, a vu entre temps ses compères Black M et Gims prendre du poids dans l’industrie et le flop presque annoncé de Maska. J’avoue qu’il m’est assez difficile de cerner le public de Lefa en solo, non seulement les extraits n’ont pas soulevé les foules et encore moins les tops iTunes ou streaming, mais paradoxalement il est surement « trop rap » pour le nouveau public Wati B. C’est d’ailleurs la première fois que nous chroniquons un album d’un membre du Wati B. Pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? Un a priori totalement assumé, l’orientation musicale est beaucoup trop large, en décalage avec la ligne éditoriale que l’on veut donner. Pourquoi Lefa ? La promesse de départ colle un peu  plus à ce dont on parle quotidiennement, c’est le pont parfait entre les codes traditionnels du rap et la touche Wati B. Vous n’êtes pas objectifs et neutres alors ? Non et heureusement. Mais au final le plus important c’est de prendre quelques minutes chez vous ou en terrasse et lire mon avis sur cet album… A vous de me dire par la suite si j’ai tout faux.

 

1/ Intro : J’ai l’impression d’être il y’a quelques années en arrière et entendre un couplet de la Sexion d’assaut… Efficace. Une très bonne idée de démarrer l’album dans cet exercice cela rassure et nous remet dans le contexte. Soprano avait fait la même chose dans son dernier album, une intro très rap et on connait la suite. Une intro à la prod’ très classique, Lefa pose avec un flow que l’on connaît assez (trop) bien… Hâte d’écouter la suite.

 

2/ Quelques Minutes : Excellent choix d’avoir choisi ce morceau comme extrait radio. Lefa sublime une prod’ assez moyenne, le flow colle parfaitement, les allitérations sont parfaites. Cependant sur le refrain cela nous rappelle que c’est un artiste Wati B, la recette est trop souvent la même dommage. Cela tourne à la caricature ce formatage, les couplets pour Skyrock et le refrain pour NRJ ? Hormis le refrain, ce morceau est vraiment bon.

 

3/ 20 ans : Lefa pourquoi t’es parti ? Ce morceau permet de répondre à cette question que l’on aurait pu se poser au moment de sa « disparition ». J’ai écouté attentivement les paroles, au final c’est assez flou, mise à part le fait qu’il ne supportait plus d’être adulé par des adolescents, nous n’apprenons rien. Au niveau musical , la recette est efficace pour toucher un assez large public, je savais où je mettais les pieds en écoutant cet album donc pas de surprise. Dans le refrain tout de même il y a une certaine facilité dans l’écriture, la rime « 20 ans / Va t’en »  c’est énormément tiré par les cheveux.

« Sur une piste noire à bosses, ma vie est remplie d’paradoxes
Et puis la mort n’envoie pas d’courrier d’préavis par la poste »

 

4/ En Terrasse : Avec les derniers évènements tragiques, ce titre à une connotation un peu plus forte que l’histoire d’une discussion autour d’un verre. Cependant je n’arrive pas du tout avec ce morceau, je n’aime rien : la prod’, les lyrics et le thème très fourre-tout. Efficace en radio je n’en doute pas… Morceau à oublier.

 

5/ Cuba : Il faut croire que la mode est au rythme « Latino » dans le « rap », le succès de « Bella » a fait des envieux. Ce type de morceau ne me touche pas du tout, mais je dois avouer que c’est assez réussi mis à part un refrain encore une fois aux rimes écrit à la va-vite. En boucle dans les radios à l’approche de l’été… A coup sûr !

 

6/ Tournée des bars : Une sorte de « Changement d’ambiance » bis, plusieurs situations dans les nuits de Paris. Honnêtement si je ne devais pas chroniquer cet album, j’aurais zappé le track au bout de 10 secondes, et heureusement que je ne l’ai pas fait. Une assez bonne surprise quand Lefa se met à rapper sur les petite notes de piano. Du coup ce morceau a véritablement deux ambiances, j’ai pensé que c’était Black M au refrain à la première écoute. Un conseil donc :  Ecoutez-le en entier !

 

7/ Plus l’time : C’est dans cet exercice que Lefa excelle. Une prod’ assez basique, énormément de place donc pour son flow, la fluidité quand il rappe est assez impressionnante, un morceau totalement dans l’esprit de la Sexion. J’aime beaucoup ce morceau, mention spéciale au refrain.

 

8/ Tu vas prendre l’eau feat H Magnum : Dans cet album les prod’s ne sont vraiment pas au niveau vraiment dommage. Rajouté à ça la participation bancale de H-Magnun cela n’arrange rien. Lefa est très bon sur ses couplets mais vraiment ce morceau n’apporte rien, on a surtout le sentiment de l’avoir entendu 1000 fois auparavant.

 

9/ Masterchef : Un des meilleurs morceaux de cet album ! Il montre clairement ce qu’il sait faire de mieux et pour une fois il est aidé par une très bonne prod’.  Son petit passage ou il pointe l’uniformisation des flow façon Migos est excellent. Deux étoiles pour le masterchef !

 

10/ Tu m’as volé : Un décalage assez surprenant entre ce que dit le texte et le ton presque festif de ce morceau. En effet il raconte l’histoire, d’un ami qui lui a « volé » sa fiancée, assez rare ce genre de sujet dans le rap. Si cette histoire est vraie, la volonté d’un artiste de se confier tel un livre ouvert est très appréciable. D’un aspect musical je n’accroche pas du tout à cet exercice de style. Le côté chansonnette… ne me touche pas.

 

11/ Grandi Trop Vite : Dans la peau de son père Lefa parle de lui. L’angle est intéressant en effet, mais le refrain ne vous fait pas un peu trop penser au morceau  » Papaoutai » de Stromae ? C’est très flagrant. L’idée de départ était pas mal mais au final cela tourne en rond, plus le sentiment que ce thème est un alibi pour parler seulement de lui.

 

12/ Fils d’Adam : Nous sommes dans le ventre mou de l’album, ce titre en est le symbole. Dans le cahier des charges, il faut croire qu’il fallait aussi un morceau qui évoque les travers de l’homme et son paradoxe. Un morceau minimaliste aux lyrics assez faibles et le refrain n’arrange rien.

 

13/ Dernier arrêt feat Dadju & Abou Debeing : Il manquait cette touche africaine, là voilà. Après un  » Sapés comme jamais  » excellent de la part de Maitre Gims, celui-ci sonne creux. Il manque cruellement un refrain au niveau , très important pour ce type de morceau, au final ce track est sans grand intérêt.

 

14/ Fantôme : J’aime beaucoup l’angle apporté à ce thème. Il rend  » hommage » à des personnes tels que des instituteurs, éboueurs qui partagent notre quotidien mais que l’on ne regarde pas. Cohérent avec son état d’esprit et sa volonté à prendre de la hauteur. Je reste tout de même sceptique à la prod’ qui pour moi est une nouvelle fois un bémol.

 

15/ Tout faux : La structure du morceau est particulière, 6 minis couplets, beaucoup de refrains et de pont. J’ai du mal vraiment à trouver l’interêt de ce titre mise à part l’exercice de style. Je décroche de plus en plus.

 

16/ Reste branché ft Maitre Gims, Black M et JR Ochrome : Après un enchainement de morceaux moyens, enfin une touche d’espoir ! Sur le papier c’est sûrement le morceau que j’attendais le plus. Maitre Gims ouvre le bal et montre que quand il faut rapper il répond souvent présent. JR, Black M et Lefa assurent le minimum syndical et cela suffit amplement à sortir un bon morceau.

« Pas la peine de faire genre tu m’connais
Laisse-moi poser dans mon coin, dans mon corner »

 

17/ Rappelle-la : Les deux pieds dans la pop, Lefa est en roue libre. Je n’ai pas du tout l’habitude d’écouter ce type de son, même si le refrain est efficace, on sent qu’il n’est pas allé au bout de la démarche. Quitte à faire un son orienté pop autant se lancer à fond, les couplets manquent vraiment de dynamisme du coup le rendu est assez inégal. Morceau moyen.

 

18/ Monsieur Fall : C’est intéressant de mettre ce morceau à la fin. Cela permet de se replonger dans l’album à travers les étapes de sa vie.On prend conscience du chemin parcouru, sur le fond c’est très bien. Sur la forme j’adhère moins, ce côté pop bancale m’exaspère, il maitrise moyennement le chant contrairement aux mélodies qui sont souvent très bonnes. Le morceau de fin… Enfin !

 

Cet album à véritablement deux parties très égales. Du 1er track au 9ème j’ai bien aimé, cette base de rap avec cette ouverture sur d’autres styles musicaux. La deuxième partie quant à elle, part dans tous les sens, voulant donner un univers différent à chaque morceau. Au final, j’ai été totalement perdu, la cohérence n’y est pas, et la réalisation au niveau des prod’ est très moyenne. Une chose est certaine cependant, Lefa n’a rien perdu de son talent, toujours aussi efficace et tranchant quand il le faut. Le format de l’album est beaucoup trop long, 18 titres c’est trop, certains morceaux comme Tout faux ou Fils d’Adam ne sont pas indispensables. Après avoir vendu 10 800 exemplaires la première semaine, je pense que Lefa a trouvé son public et va de plus en plus rentrer dans le rang des Black M ou Maitre Gims , avec comme objectif de conquérir NRJ. Cet album de World Music n’est pas vraiment une réussite selon moi, même si je m’attendais à cette direction artistique, je la trouve meilleure par exemple sur l’album de Black M. Monsieur Fall, votre retour nous fait plaisir votre album un peu moins… Dommage !

NOTE : 11/20

Wesley@vrairapfrancais.fr

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