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CHRONIQUE : LAYLOW – .RAW-Z

Chronique du quatrième EP de Laylow, .RAW-Z, sorti le 7 décembre 2018

« J’aime pas l’autotune ! », « j’aime pas Jul, trop d’autotune, c’est pas du vrai rap. » Il est fort probable que vous ayez déjà entendu ce genre de phrases dans votre entourage. Pourtant les rappeurs se sont, avec plus ou moins de talent, appropriés cet outil au point d’en avoir fait un instrument à part entière. À L’instar d’un Jok’air, ces maîtres de l’autotune sont souvent très courtisés par leurs pairs moins doués avec les machines, cherchant à pomper des vibes plus efficaces que les leurs. Laylow est l’un de ceux à qui l’on demande : « ça te dit de poser un seize sur mon projet ? » ou encore « t’aurais pas une idée de refrain à envoyer sur ce morceau ? » C’est ainsi qu’il est apparu de manière réussie aux côtés de Sneazzy, de Tortoz, de Hyacinthe, de Swift Guad, de Kurtis Layson… Malheureusement ces rappeurs autotunés sont souvent réduits à n’être que des artistes de featuring, plus efficaces sur les projets des autres que sur les leurs. Néanmoins ce schéma n’est pas systématique et certains réussissent à produire des disques de qualité. Ceux de Laylow en solo se comptent au nombre de quatre en deux ans. Des projets aux ambiances diverses et aux expérimentations tout azimut. Voyons ce que nous propose le Toulousain sur .RAW-Z, son dernier projet, sorti le sept décembre dernier.

1. Hello .RAW-Z : C’est dans une courte introduction toute en finesse que Laylow annonce la couleur d’un projet qualifié de triste et mélancolique. Comprenez : dépressifs, passez votre chemin !

2. Z-Machine (feat. Wit) : Deuxième son, premier featuring. Le Montpelliérain , avec qui Laylow avait réalisé un projet en 2015, accompagne le Toulousain sur un couplet tout en douceur. Les deux esthètes évoquent l’impact négatif de la musique sur leurs quotidiens. Le manque de reconnaissance et les nuisances sur la vie sentimentale comme des malédictions de la vie d’artiste. Une collaboration réussie sans pour autant être flamboyante.

3. Maladresse : C’est un Laylow triste et revanchard que l’on retrouve sur une prod’ entrainante de la nouvelle pépite d’Universal Music France: Dioscures. Il parle de son état dépressif, de sa tristesse, de ses déceptions dans le monde de la musique et de sa volonté de percer en faisant table rase du passé. Une très belle fable qu’il est parvenu à mettre en formes et en images.

4. Prince de sang-mêlé: Le titre est évocateur. Par une comparaison bienvenue avec Severus Rogue de la saga Harry Potter, Laylow aborde sa dualité métissée. Le Prince de sang-mêlé porte les cicatrices du peuple noir comme fardeau et justifie ainsi sa soif de vengeance et de réussite. On apprécie.

« Mon grand, j’suis métissé, j’ai pas choisi un camp, pourquoi ces
gens m’en veulent autant ?
Pourquoi ils m’té-ma comme un Minotaure ? Han
Prince de sang-mêlé les fera taire, les fera payer l’prix de sa peine,
quitte à leur bourrer la te-tê à terme. »

5. Visa (feat. Madd) : Deuxième feat’ et pas des moindres. Laylow invite Madd, l’une des têtes d’affiches du rap marocain, pour une balade en bord de mer. Le rappeur Casablancais amène de la fraicheur sur une prod’ rayonnante signée Dioscures. Les deux artistes avaient déjà travaillé ensemble cette année et leur alchimie est toujours aussi efficace. On en redemande.

6. Amy: Le son démarre avec le témoignage d’une connaissance d’Amy Whinehouse qui explique la première fois qu’elle a goûté au crack, à la cocaïne et à l’héroïne. Que l’addiction a été le point de départ de sa dépression puis de sa mort… Le Toulousain ajoute par ailleurs, sur un refrain où l’on croirait entendre Kekra rapper, « Demande à Amy on finira tous un peu dépressif. » Et enchaine plus loin « Demande à Amy, tu sais, ça peut s’arrêter à vingt-sept piges. » On vous avait prévenu qu’il fallait avoir les nerfs solides.

7. Bruit de couloir: Particulièrement pour ce titre, il aura fallu plusieurs écoutes pour essayer de comprendre de quoi il retournait avant d’entrevoir un rayon de lumière. Sur une prod’ de SOTT, construite autour de grosses basses, il semblerait que Laylow raconte une soirée passée en boite de nuit pour un showcase. Évidemment bitch, drogue et patron de nightclub sont les éléments autour desquels s’articule l’histoire. Spoil ! Le Toulousain sort déçu car sa prestation ne lui a fait gagner que 1500€. Problème de riche ?

8. I Don’t : Need U / Know: Construction alambiquée en vue ! Laylow nous sert ici un morceau deux en un.

I Don’t Need U : Dans cet égotrip lancinant Laylow se refuse à l’amour pour privilégier le bif. On adore le flow avec lequel il chantonne :

« Yeah, sors-moi six number, tout dans l’enveloppe 

Elle veut l’dernier Gucci à la mode. »

I Don’t Know : Encore une fois on jurerait entendre Kekra. Faites l’expérience d’écouter le son en fermant les yeux. C’est troublant. Laylow nous sert un énième égotrip sur sa volonté de péter le score. On ne comprend pas vraiment l’utilité de faire deux sons en un. Les séparer aurait permis de mieux digérer le morceau qui dure 7min10.

9. Vent de l’est : Laylow nous envoie ici un morceau « Jokairesque » en reprenant le flow de son pote Jok’Air dans « Mon survet » pour signer le coup de cœur du projet. L’artiste narre une romance triste, d’un calme olympien, sur un beat majestueux estampillé SOTT une nouvelle fois. C’est l’histoire d’une rupture amoureuse et d’un cœur brisé. De quoi retourner le vôtre.

« J’te raconte pas c’qui m’est passé par la te-tê hier
T’façon j’suis déjà mort à l’intérieur, j’ai éteint la lumière
Y’a que de mélancolie quand j’regarde en arrière, yeah, yeah. »

10. Swish: Pour finir en beauté Laylow nous sert une introspection. Il se place comme narrateur de sa propre histoire quand il aborde sa vie passée : sa mère, ses frères, le basket, le racisme subit en tant que tismé, la découverte de la fumette, la vie de quartier, les bagarres, et surtout la musique ! Pour notre plus grand bonheur.

Annoncé au dernier moment et présenté comme une suite de .Raw, sorti plus tôt dans l’année, .Raw-Z tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Une soupe toujours bien cuisinée car reprenant les éléments de la recette qui a fait son succès d’estime. Pour exagérer la comparaison culinaire, on peut ajouter que cette soupe est bien accompagnée. Des productions bien choisies, travaillées et qui siéent à l’univers du Toulousain. Cet EP est un condensé de ce que sait faire Laylow. Une musique tout en attitude, pleine de vibes, d’ad-libs percutants, de déstructurations des rimes et parfaite grâce à sa maitrise de l’autotune. Ajoutez à cela une esthétique futuriste que l’on retrouve dans ses clips ou encore sur sa cover, réalisée par le studio de création parisien NDA Paris, et l’on obtient un ensemble bien ficelé. Dix titres efficaces avec une proposition artistique intéressante mais le MC nous laisse sur notre faim. On peut lui reprocher un manque de jusqu’au-boutisme, de ne pas aller plus loin dans ses idées qui sont pourtant souvent très bonnes. Autre bémol c’est la légèreté des lyrics, un défaut que l’on peut reprocher à d’autres rappeurs comme Di-Meh, Slimka, Oboy etc, qui ont misé sur l’attitude avant tout. Sur la cover de son précédent EP Laylow apparaissait affaibli, le bras cassé coincé dans une attelle, le visage meurtri et ensanglanté. Sur celle de .Raw-Z, il a revêtu son armure bionique et se montre presque invincible, tel un demi-dieu, comme si la réalisation de ce nouvel EP avait permis l’avènement d’un nouveau Laylow, d’une version 2.0, plus forte, du moins en apparence.

Note : 14/20

bine.ismael@gmail.com

« C’est pas un retour à l’âge d’or, c’est maintenant que débute l’âge d’or. » En bref : De prénom Ismaël, de cœur Stéphanois, de sang mi français, mi algérien, d’âge 26. J’aurais peur de ce nombre grandissant d’années si ça ne voulait pas aussi dire que j’écoute du rap depuis deux décennies entières. 20 ans de rap, parce qu’au milieu de mon enfance, entre Bob Marley, Jacques Brel, Aretha Franklin et Michael Jackson au foyer maternel, j’ai découvert NTM ; et depuis pas un jour ne passe sans qu’il ne soit « rythmé de rap music ». Eternel étudiant, historien de formation, j’ai passé deux ans à l’étranger pour mes études. Un master en poche pour assurer mes arrières, je me tourne désormais vers les écoles de journalisme, dont je prépare actuellement les concours.

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