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CHRONIQUE : LACRIM – RIPRO VOL 1

Après le succès de son album " Corleone" , Lacrim est de retour avec une mixtape

Dans la continuité de Corleone, le jeune renard édifie là un projet que je me suis hâtée de consumer jusqu’à la dernière latte. L’Odyssée d’Homère et les périples d’Ulysse n’ont rien à envier à la vie tumultueuse de ce rappeur dont les projets qui s’assombrissent les uns après les autres continuent d’intriguer. Pendant que le Roi d’Ithaque résiste aux chants des sirènes, Lacrim lui, écrit, clippe, travaille dans l’ombre de tous, fuyant force de l’ordre et autres « aléas » digne d’un Coppola. Je m’essaie donc à l’analyse de ce nouveau projet…

Rusé, Insoumis, Professionnel, Respectable, Omerta

1/ Sale époque part 2 : Suite du morceau « Époque » présent sur la mixtape « Liberté provisoire ». Sombre, sombre, sombre. On a bien compris, on n’est pas là pour gigoter sur la piste de danse. Lacrim s’introduit d’une manière très singulière, on perçoit à peine l’instru, ici c’est le texte qui prime. C’est l’histoire d’une vie « pas comme les autres », au menu : goût du risque, haine, amertume, vente de produits plus que « stimulants » ; prison et  luxe à profusion. Un flow incisif qui colle très bien au registre. « J’aime pas les moralistes qu’ont le nez dans la coke », visiblement Lacrim n’aime pas recevoir de leçon, notamment de la part de ceux qui ne font « pas mieux ». Mon avis sur ce premier titre ? Je suis clairement emballée, j’ai l’impression que Lacrim m’invite direct dans sa vie malsaine.

 

2/ Corleone (Remix) feat. Rimkus, Billy Blue, Young Beed, YT Triz : Une version « outre-atlantique »  de Corleone avec des rappeurs US plutôt du Sud. Choix cohérent étant donné les thèmes que l’on touche sur cet album. Lacrim sur le premier couplet, ainsi qu’au refrain, on termine cette track sur le couplet de Rimkus. Je ne peux m’empêcher de comparer avec la première version que je préfère à celle-ci, un peu trop autotunée peut-être ? En tout cas je dirais moins tranchante. Non, je n’ai pas de problème avec l’autotune, si cela est utile et apporte quelque chose je ne suis pas contre, mais là, j’suis moins enthousiaste.

 

3/ Carte de la vieillesse : La prod est complètement enivrante. Dans un second couplet où Lacrim arrive comme s’il incisait une jugulaire, il nous parle des fameuses traces d’ADN qui lui ont coûté très cher. Et c’est là qu’à chaque titre on reçoit des petits bouts d’une réalité glaçante. C’est crapuleux et c’est ça qu’on aime.

 

4/ Money feat. Migos : Encore un featuring US ! Migos un choix très judicieux. Une prod totalement efficace, mais ce que je trouve particulièrement réussi sur cette track c’est le refrain. Comment maximiser la plus-value d’un featuring avec des rappeurs US : les laisser au refrain (ou du moins au pré-refrain ici). « You Killing it », si vous avez écouté plusieurs fois ce titre, vous allez vous étonner vous même à chanter tout en faisant des glocks avec vos doigts. (Rires) Le flow de Lacrim colle parfaitement, petite mention spéciale pour Takeoff qui offre un mini couplet très énergique avant le dernier couplet de Lacrim.

« J’leur souhaite la mort par pendaison, tu m’diras qu’j’avais raison »

 

5/ Sablier : Lacrim entre violemment sur le son, et en fait un refrain particulièrement percutant. Les rappeurs qui maîtrisent les refrains de la sorte sont rares. Pour le thème, entremêlé entre fiction et réalité, Lacrim est l’acteur d’une vie touchée par les embûches de la rue.

 

6/  Mon fils feat. Leslie : Nous savons que Lacrim a pu assister à la naissance de son fils quelque part dans ce monde, très loin de la réalité qui le poursuit. Leslie vient mettre un peu de douceur dans cette ambiance lourde. Lacrim offre un titre à son enfant, on aurait pu croire à un moment de répit, un instant de tendresse. Mais Lacrim surprend même lorsqu’il rend hommage à son fils, il utilise des mots très durs et ne reste jamais loin de son côté sombre.

 

7/ Voyous feat. Gradur : L’instru est vraiment lourde. Les basses sont pesantes, c’est dark et on bouge la tête. Lacrim est technique, tout au long de l’album il nous sert un plateau de différents flows, ici un flow trap parfaitement maîtrisé ; Gradur offre un couplet tout aussi adapté. Un refrain qui dévore notre l’esprit. Y’a pas à dire c’est drôlement bien ficelé.

 

8/  Red Zone feat. Nessbel & Rimkus : J’étais pas particulièrement fan du piano au départ, mais quand l’instru part c’est carrément fort. Kore à la prod fait un travail notable. Et maintenant ? Un featuring avec Nessbeal, quelle bonne surprise ! Pour l’avoir suivi dans le passé, j’apprécie fortement. D’ailleurs il pose un couplet propre, une plus-value évidente.

« Entre la parole et les actes khoya t’as le Sahara, j’écris sous la pluie, Franck Sinatra. »

 

9/ Ça débite : Comme une impression de retour dans le triste 94 dont Lacrim est issu… dans une ambiance accablante, les grammes se vendent à vitesse spatiale. « Frérot y’a pas d’amour, tu veux des sous il faut charbonner ».  Lacrim en contremaître est une véritable entreprise, il a mis le mode chaîne de transmission, et ça débite. La prod ascendante accentue d’autant plus cet effet. Prod et texte s’entremêlent et ça fonctionne.

 

10/  Y’a R : Le danger est constant pourtant « Soir ce y’a R », un seul et unique moment de répit dans cet album. Un rythme plus dansant ; où Lacrim s’amuse à lever son verre à la santé de ses ennemis. Lacrim sort les gros moyens, on a quitté Chevilly, on est dans un carré VIP, ivres, fiers mais tristes. On a laissé les armes dans un coin de nos têtes et on apprécie le moment. On a respiré un moment, et ça fait du bien, cet album en avait besoin.

 

11/ A.W.A 2 : La première fois que j’ai écouté ce son, je conduisais sur l’autoroute. Autant vous dire que c’était efficient. Lacrim est entré sur l’instru et il m’a littéralement percutée. À la seconde où on entend le son de sa voix c’est en parfait accord avec le beat. C’est d’une justesse. C’est à mon sens la meilleure track de cet album. Le travail à la prod est une vraie performance.

 

12/ 6.35 feat. Sch, Sadek : Encore une bonne surprise niveau featuring : Sadek ; un autre rappeur que j’ai plaisir à écouter. Sadek est très bon sur ce couplet. « 6.35 dans le jeans » ; ici on se balade comme dans un Tarantino, si t’as pas d’glock t’as welou…

 

13/ Billets en l’air : Lacrim une fois de plus… entrée saisissante sur le son. Prod aux petits oignons. Refrain qui fonctionne très bien, énergique à la manière d’un Sevrak de Kaaris. Un flow différent d’un couplet à l’autre, Lacrim s’amuse, construction différente d’une rime à l’autre, il maîtrise le truc. Le style de son que j’peux mettre à fond dans mon « gros » gamos bien évidemment quand j’aurai assez de billets pour me payer une golf 7…

 

14/ Millions feat. Sch : On termine par un titre qui témoigne de l’ambition très « noire » du renard qu’est Lacrim. Ici, il laisse une place plus qu’honorable au marseillais Sch qui s’installe et prend ses marques seul sur ce titre, ça colle parfaitement avec le reste de l’album. Il a une voix étrange, il faut un temps pour s’adapter, mais c’est impitoyable, et la rue aura envahie nos oreilles du début à la fin. Je trouve le refrain remarquable.

J’avais un a priori sur la sortie d’une mixtape maintenant. Je me suis dis après tout c’est qu’une mixtape… Parce qu’il ne faut pas oublier que c’est une mixtape. Mais là je viens de reprendre mon souffle. Lacrim est ultra productif, je ne sais pas si l’angoisse d’une vie semée de troubles influe là-dessus mais je suis étonnée. Et puis j’ai presque envie de faire un parallèle entre l’architecture de l’album et la vie de Lacrim. On dirait que l’étau se resserre, sur Corleone on avait le temps de respirer avec un « Barbade » ou « J’suis qu’un thug », là on est presque en apnée, immergé dans une ambiance hardcore, sans répit, sans oxygène du début à la fin. De plus, le choix des featurings fait la différence. Enfin, une mention spéciale pour le chef d’orchestre de cet album, j’ai nommé Kore.

 

NOTE : 15/20

 

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