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Chronique : Lacrim – Force & Honneur

Quatre mois après sa sortie de prison, le rappeur du 94 est de retour

#FREELACRIM. Un hashtag qui est au fil du temps devenu un meme. Un slogan tellement répété et parfois surjoué que certains se sont dit « Oh bah c’est plus drôle » quand le principal intéressé est sorti de prison. Mais tout cela est vite oublié, on se rappelle vite qu’avant d’être un détenu, Lacrim est un rappeur, qui doit avoir des choses à dire après ce temps d’absence. Mais quand on y réfléchit, « seulement » 16 mois se sont écoulés entre RIPRO 2 et Force et Honneur. 16 mois cela peut paraitre long dans notre système de consommation ultra-rapide de la musique. Mais si l’on retourne ne serait-ce que cinq ou six années en arrière, sortir un album tous les deux ou trois ans était tout sauf un drame. A peine cinq mois après sa mise en liberté, Lacrim sort son nouvel album, réalisé en trois mois et demi. Avec notamment la web-série Force et Honneur, la promotion du projet a été rondement bien menée. L’album contient 20 titres, Lacrim est absent sur deux de ces morceaux, plutôt étrange pour un disque sensé marquer son retour, mais attendons de voir. Personnellement, j’espère que Force et Honneur n’est pas un projet « bâclé » pour sortir quelque chose rapidement. Au vu des extraits parus avant ce 31 mars, cela paraît tout de même positif. Lacrim est attendu, n’attendons plus pour chroniquer Force et Honneur.

 

1. Colonel Carrillo : Une intro solide, avec une recette que le MC maîtrise : grosse instru trap, couplet unique pour bien rentrer dans le projet. Les punchlines sont incisives, il est bel et bien de retour.

 

 

2. Ca paie pas : Très bon morceau, quasiment totalement autotuné mais le refrain est efficace. L’instru est vraiment profonde, ça rapporte une sorte d’ambiance atmosphérique bien amenée et très bien mixée. On commence bien.

 

3. La dolce vita : Pour ceux qui n’ont jamais entendu de rap italien, ce morceau est une véritable bombe, une leçon de flow, de musicalité avec une prod hybride excellente. Sur le papier, le son est une pépite. Seulement, il s’agit d’un remix du morceau « Figli di Papa » du rappeur transalpin Sferra Ebbasta. Il n’a pas seulement repris la prod de Charlie Charles mais a reproduit les mêmes flows et placements tout le long du morceau, même certaines rimes. Alors oui le morceau est mortel, mais est-il vraiment cohérent de mettre un remix dans un album?

 

4. Grande armée : Le deuxième morceau dévoilé pendant la promotion de l’album. Très bien accueilli par le public, je n’ai pas tellement accroché à cette partition, pourtant très propre. Les couplets sont plus incisifs que le refrain que je trouve un peu banal.

 

5. Kim-Jong Un : Quand le rappeur du 94 varie son flow, ça tape encore plus. Il a expliqué en interview qu’il a écrit ce morceau en prison, et ça s’entend, une certaine rage sort du texte. L’instru est vraiment excellente et surtout sa progression pendant tout le long du son. Excellent morceau.

 

6. Nuit blanche : L’instru est vraiment excellente, mais le flow autotuné est vraiment trop lent pour moi, il paraît même parfois hésitant. De plus le morceau est assez long, avec un rythme aussi nonchalant c’est un peu trop je pense.

 

7. Oh bah oui (feat. Booba) : J’avais peur de la zumba, mais non, les deux poids lourds ont fait le taff. Le refrain est pas exceptionnel, mais les rappeurs se sont castagnés avec vigueur sur les couplets. Pour leur première collaboration, aucun des deux ne voulait se faire plier et ça s’entend, grosses voix et punchlines au rendez-vous.

 

8. 2Pac : Dommage que ce pont autotuné soit très dispensable, parce que le morceau est vraiment de qualité. Lacrim est très incisif sur la prod de Bellek avec des couplets qui paraissent pourtant calmes. Puis une dédicace à 2 Pac est toujours bonne à prendre.

 

9. La cour des grands (par Walid) : Je n’ai absolument rien contre Walid, mais mettre un morceau d’un autre artiste sur son projet c’est plus un principe de mixtape non? De plus je trouve que le son ne rentre pas forcément dans la cohérence de l’album. La démarche de mettre en avant un rappeur de son label est noble mais je trouve vraiment pas ça indispensable dans un tel projet.

 

10. Cohiba : J’commence un peu à décrocher après l’enchaînement de ce morceau avec le précédent. Le son est ni bon ni mauvais, j’y trouve pas de grand intérêt, dommage.

 

 

11. Tristi (feat. Ghali) : On s’remet dans le sens de la marche avec ce son, très bon. Lacrim s’est parfaitement mis dans l’ambiance du rap italien. Ghali signe un excellent refrain, et son couplet plein de mélodie est très doux pour mes oreilles. Par contre je doute de la qualité des paroles de ce protagoniste… « Couscous, Pizza Kebab, fuck le halouf ». Bon le morceau est très agréable à écouter, bonne collaboration !

 

12. 20 bouteilles : Ce sera celui-ci. Celui qui va tourner dans tous les clubs de France. Avec le beatmaker de « Tchoin » de Kaaris, Lacrim a amené sa patte sur un morceau qui n’est pas un copié collé du son du Dozo. Ca marche très bien, ça va passer en boucle.

 

13. Laisse-les (feat. Sch) : Ca fait du bien de les entendre à nouveau ensemble ces deux-là. On est pas à la hauteur de « Liquide » mais c’est une très bonne collaboration, dans un registre plus calme qui laisse SCH s’amuser avec son flow. Très bon son.

 

14. Pardon… : C’est ce Lacrim que je préfère. 3 couplets exceptionnels, crus et spontanés sur une prod de Bellek qui colle parfaitement au thème. Le « LACRIM » crié à la fin de chaque couplet rappelle ses débuts et ça fait du bien. Même le refrain autotuné passe très bien. Structure très classique mais bordel qu’il est bon à ce jeu. En outro cela aurait bien conclu l’album…

 

15. Mythonne pas (feat. Rimkus) : Dans la même veine que Cohiba, rien d’exceptionnel dans ce morceau. Rimkus n’apporte rien de transcendant même si le refrain du son est plutôt accrocheur. L’album commence à être long…

 

16. Solitaire : Comme l’a dit Lacrim, il a fait ce morceau pour l’Algérie. Je ne suis pas un expert de ce genre de musique donc je ne peux pas me permettre de juger. Dans l’ensemble le morceau coule tout seul et en concert en Algérie ça doit être exceptionnel.

 

17. Rockefeller : O-U-I ! Bordel mais quelle prod et quel Lacrim déchainé dessus ! Ce morceau vaut 100 fois un « Cohiba » ou un « Mythonne pas ». J’suis complètement fan de ce morceau trap, énervé comme jamais. La partition est parfaite.

 

18. Traitres : Dinguerie sans nom. Le premier morceau dévoilé est l’une des véritables bombes de l’album, où tu bouges la tête et répète les gimmicks sans forcer. Extrêmement puissant.

 

19. Histoire de (par AM) : Deuxième morceau où Lacrim n’est pas présent. Morceau solo de AM que je ne connais pas vraiment, assez zumbesque. C’est pas dégueulasse mais je ne comprends pas ce que ça fout sur l’album, c’est tout sauf cohérent…

 

20. Papa Trabaja (feat. Brulux) : En soit le morceau est plutôt bon, mais sa place n’est pas en outro… C’est un peu le problème récurrent du projet, les morceaux sont mal placés dans la tracklist, qui est très longue.

 

Ce projet est vraiment difficile à juger comme un album. L’appellation « album » ne correspond pas à ce qu’on entend de la première à la vingtième piste. Il n’y a pas de vraie couleur qui se dégage, ni de grande cohérence, malgré un grand nombre de très bons morceaux. Si ce projet était présenté comme une mixtape, ce serait un excellent produit. Juste changer l’appellation de Force & Honneur amènerait un autre jugement, il n’y a pas de doute. Le projet comporte son lot de bombes comme Traitres, Kim-Jong Un, Rockefeller, Oh bah oui ou encore le très grand Pardon…, de très bons morceaux comme 2pac, Laisse-les, Ca paie pas et Tristi. Seulement il y’a trop de morceaux dispensables, comme les deux partitions où le rappeur du 94 n’est pas présent, cela enlève la cohérence que doit avoir un album. La démarche de vouloir donner beaucoup de morceaux à son public est très noble, mais la qualité est moins présente sur un si gros projet. Si Force et Honneur était une mixtape, j’aurai certainement donné un bon 15. Mais le produit en tant qu’album reste un peu décevant et très mitigé, Lacrim aurait pu l’appeler RIPRO 3 sans que cela ne choque qui que ce soit.

Note : 12/20

hugo@vrairapfrancais.fr

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