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CHRONIQUE : KEKRA – VRÉEL

Kekra nous arrive du 92 en avançant masqué

Les Hauts de Seine, l’une des terres incontestables de notre cher rap français bien aimé. De Booba, aux Sages Poètes de la Rue en passant par 40K ou encore LIM, le 9-2 sera toujours habité par des passionnés de rap, et surtout d’artistes talentueux. Ces derniers mois, un buzz à fait son ascension d’une manière spectaculaire dans nos bibliothèques musicales. Kekra, résidant à Courbevoie a montré ce qu’il savait faire dans plusieurs projets, « Freebase » et « Freebase Vol.2 ». On pouvait faire la connaissance d’un artiste qui a su apporter son univers chez ses auditeurs sans difficulté. Entre temps, une signature chez Because, un rappeur masqué qui commence à se faire un nom, et une concrétisation sur le travail fournit précédemment : un premier album intitulé « Vréel », dans les bacs depuis le 27 mai. Vrairapfrancais est à l’affût, et bien évidemment très curieux du rendu final. Une chronique sur « Vréel » vous tente ? Enfilez votre plus beau masque, et découvrons le projet de Kekra. C’est parti !

 

01/ Trop chaud : Si vous ne connaissiez pas Kekra avant cet album, ce morceau résume assez bien la vision musicale du rappeur. Une prod’ très puissante inspirée des USA, un flow décalé qui donne très bien le ton et un égotrip maîtrisé de la première à la dernière syllabe. La présentation est faite, ou, l’artiste continue sur ce qu’il avait déjà fait auparavant, tout dépend de vous. L’introduction est une réussite, on prend très bien connaissance des inspirations de l’artiste, et donne le « la » sur le reste du projet. « Je suis trop chaud nigga je vais leur mettre, 92 degrés sur le thermomètre ». Tellement chaud, que ce n’est même pas en Fahrenheit.

 

02/ Pas joli : « Issu des quartiers douteux où c’est pas joli, Diego Armando ma té-ci c’est Napoli ». C’est peut être LE titre phare de l’album. Tout y est, tout. De l’insolence brute, une aisance totale sur la prod’, des phrases qui frappent fort… Tous les ingrédients étaient au complet pour créer une bonne came. Entraînant et audacieux. Ce sont les mots qui me viennent pour décrire au mieux cet extrait. Bien joué Kekra. « C’est la guerre dans ma tête, ma jolie tout va trop vite ».

 

03/ PinPon : L’instru est énorme ! Il y en a dans tous les sens, mais tout reste très maîtrisé, rien à dire sur ce niveau là. Kekra mène parfaitement ses lyrics sur ce morceau. Le refrain chanté est très entraînant, et reste facilement dans notre mémoire. Dommage que ce track ne dure que 3 minutes. C’est un très bon morceau, qui entre totalement dans l’univers décalé de l’artiste. « Appât du gain sur le terrain j’mords l’hameçon », cette phase aurait pu être un extrait du morceau « Canne à pêche ».

 

04/ Lequel : Nous avons affaire à une très grosse prod’, encore une fois. Le débit que Kekra décide d’opter est très bien géré. Un thème assez sombre a été choisi si on analyse bien les paroles, et leurs rapports avec l’instrumental pendant cet extrait. « L’équipe est bre-som, elle est noire ah oui ! ».

 

05/ Pas payé : Les couplets de ce morceau sont vraiment très réussis, le flow que Kekra choisi d’opter s’affilie totalement à la prod’ (qui est soit dit en passant très bonne), au texte, et à l’atmosphère que dégage l’extrait. Le refrain est une perle, l’autotune est extrêmement bien géré, et la musicalité est présente. Le résident du 92 nous envoie dans un monde lointain le temps de 4 minutes 50 secondes d’écoute suffisant pour ce track. « Je me suis masqué pour rester le même ma gueule, pas de freestyle et pas d’interview pourrie ». Même si c’est interview écrite avec un média qui te soutient depuis longtemps comme le nôtre ?

 

06/ Cramé : Mais d’où vient cette instru encore ? Celle-ci est une nouvelle réussite… Le refrain est terrible, un flow lent qui donne une atmosphère assez folle, poussé par non-chalance de l’artiste. Encore une fois, le rap sans thème est organisé de A à Z. Aucune déception sur cet extrait. C’est un très beau morceau. « Nageur olympique qui ne fait que brasser. Faudra s’lever tôt pour intégrer l’armée ». Nous sommes pourtant bien loin du physique piqué d’Alain Bernard.

 

07/ Élite : J’ai bien rigolé en écoutant les premiers vers. Les textes sont assez simplistes mais ça passe bien avec le tout. L’ambiance que dégage ce morceau est encore une fois assez décalé. Même si l’atmosphère s’affilie assez facilement aux titres précédents, nous ne sommes nullement pris de lassitude. Loin de là. « Sur les pieds ler-dea et ta tête. Grandi parmi reurs-ti et athlètes ».

 

08/ Faut que je fasse : Un flow au ralenti, des paroles en mode égotrip, toujours bien menés. Rien a signaler, j’ai apprécié le changement de débit par rapport aux extraits qu’on a pu écouter auparavant. Bon morceau. « De la bicrave je suis médaillé d’après ce que me dit ma cage d’escalier. J’suis bon qu’à rabattre, bon qu’à détailler ».

 

09/ Satin : Kekra est un grand, même un très grand fan de vêtements. Des marques de luxe figurent régulièrement dans ses textes et dans ses titres. Le satin pourrait peut être lui plaire non ? Et bien NON ! « Enterre moi dans un linceul mais pas dans du satin » est une partie de son excellent refrain. L’humain n’a nul besoin de matières luxueuses après avoir traversé le couloir de la mort. Autour de ce refrain nait une atmosphère extrêmement puissante, la prod’ est une véritable réussite. Les paroles qui composent les couplets sont travaillées, les syllabes se calent au centième de seconde près. Excellent. « Si je fais un live dans leurs radios de merde, j’ai peur que ça deviennent un jour férié ». J’attends ce jour férié avec impatience.

 

10/ Hein : L’instrumentale est riche et assez difficile à exploiter, Kekra kicke avec différents flows, qu’il maîtrise d’une manière insolemment aisée. Le refrain est terriblement répétitif, mais dans le cadre de l’écoute, ça passe tout de même très bien, notamment grâce aux présences imposantes des couplets qui restent majeurs dans ce morceau. Un égotrip terrible poussé par l’atmosphère générale de l’extrait qui donne une idée sur le potentiel de la polyvalence que le rappeur masqué peut nous offrir. Le refrain est autant efficace que maîtrisé. Ce morceau est juste excellent, on bouge la tête pendant toute l’écoute du track et le monde de Kekra nous attire de plus en plus. « Zar-bi, futuriste, dans mes habits-hi, masqué au public, pas en fami-hi-lle, 9-2, Haut-de-Seine, v’la la dinguerie-hi, sauvage qui opère en temps de fami-hi-ne ». Si-hi j’avais fi-hi-ni-hi la rédacti-hi-on de cette chroni-hi-que comme ça, j’aurais craqué je pense.

 

11/ Fais en un autre : Quand le rappeur dis « Fais en un autre », vous devez vous doutez où il veut en venir. C’est assez habituel maintenant, la prod’ défonce, le rap sans thème est bien mené… Ça devient assez répétitif cette chronique non ? Si Kekra pouvait nous refaire un autre projet comme celui-là ce serait cool. « J’veux rien entendre, même pas l’plancher qui craque ma gueule, ils vont tous marcher au pas dans c’game de shlag ma gueule ».

 

v12/ Frap : Kekra nous surprend et prouve également qu’un univers parallèle doit exister quelque part dans le système solaire. L’artiste est très loin sur le plan musical. Nous assistons à la meilleure prod’ du projet, planante sans vraiment trop l’être, l’instru nous présente ses facettes mélodieuses qui s’allient très bien aux effets de voix de l’artiste. C’est un nouveau rap sans thème qui nous ait offert. Une nouvelle fois, tout est maîtrisé du début à la fin. Le morceau est juste énorme. « J’suis pas la pour m’faire des shrabs, mon flow pose problème nigga ».

 

13/ PJDTV : Kekra, j’espère que plus jamais de ta vie, tu nous proposeras un son aussi entrainant qui ne dure qu’un peu plus de 2 minutes. J’espère que plus jamais de ta vie, tu nous laisseras dans un style similaire à de l’abandon similaire à celui-ci. Plus jamais de ta vie, tu nous propulseras dans l’atmosphère d’une prod’ aussi terrible et d’un égotrip (très court quand même) rudement bien maîtrisé, pour nous laisser sur le té-cô au bout de 2 minutes et 31 secondes. Ce son la aurait dû durer au moins 4 minutes vu la facilité avec laquelle on rentre dans l’extrait. Un autre point négatif, les paroles ne sont pas vraiment tuches cette fois-ci. Le morceau reste top. « Je te raconte ce qu’on a vu ti-pe, j’me serais pas vu faire d’la musique ».

 

14/ Méfiant : L’atmosphère du morceau est très cool, mais la répétition de « HASHTAG » devient vite saoulante au début du track. Mais… J’adore les couplets ! Tout est bourré de technique, juste dommage que le refrain rempli d' »HASHTAG », prennent un peu le dessus sur ce morceau. Ça le rend très répétitif. Mais en soit, l’extrait reste une réussite, aucun doute là dessus.  « Tu testes tu t’fais fumer comme hareng. C’que j’écris c’est violent mais marrant. Poser à l’AT comme en Thaïlande. Les ient-cli pour moi c’est des farangs. »

 

Pour conclure, énorme bravo à tous les beatmakers présents sur le projet. Le travail est au rendez vous et ça se voit bien. Ensuite un gros big up aux personnes qui se logent dans l’esprit de Kekra, je pense qu’ils doivent lui donner beaucoup d’inspiration. Il ne faut pas oublier la plume très insolente du rappeur qui passe bien sûr ces types d’ambiance. Même si les égotrips sont parfaitement maîtrisés, les textes sont parfois très légers (sur le coup je pense à « Méfiant »), mais on oublie ce détail, les extraits nous transportent, et les limites du réel paraissent très simples à franchir. Le registre musical choisi est extrêmement bien maîtrisé, pour cela on ne peut pas dire grand chose à part « bravo ». Le style de Kekra, je pense que l’on peut dire que c’est « tout ou rien », soit on apprécie énormément l’atmosphère qu’il dégage, soit on déteste, le projet s’inscrit totalement dans la continuité de « Freebase » et « Freebase 2 ». En lisant cette chronique, je pense que vous avez pu comprendre dans quel camp je me situais. J’attends le futur projet avec impatience. Qui aurait un masque ?

NOTE : 16/20

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