« Visage Inconnu, Style Reconnu »

Huit projets en quatre ans ! Kekra ne chôme pas. Le Courbevoisien s’est rapidement fait remarquer par son style singulier mixant grime et trap, anglais et français. Il engrange les millions de vues sur YouTube au fil des saisons, renforçant son assise et se plaçant comme un acteur important du paysage rapologique. Si son visage est inconnu, son style, lui est reconnu. Faciès dissimulé, dernières pièces hype pour se vêtir et utilisation de l’auto-tune calibrée font ses marques de fabrique. Depuis l’été 2018 il s’ouvre à d’autres horizons artistiques et produit des sons comme C’est bon, l’un des tubes de l’été 2018. Il varie les plaisirs entre grime, trap et zumba pour le plus grand bonheur de ses fans. Le 21 juin dernier est sorti son huitième projet et deuxième album studio baptisé Vréalité. Chronique.

Tracklist

1. Téléphone Maison

Du 100% Kekra. Sur une prod’ énergique signée Boumidjal WWD on retrouve sur ce premier morceau tout ce qui a fait le succès de la recette. Un flow percutant pour aborder de manière originale sa vie de quartier, sa volonté de faire de l’argent. Il prend même le temps de taper sur la concurrence. Les habitués ne seront pas dépaysés.

« Trop petits sont les bâtons (han) / Dans les roues qu’ils ont glissé aux patrons / J’préfère l’automatique mais j’sais manier les manuelles Macron / J’préfère rester en vie assis, si j’me lève, je vais crever le plafond »

2. Lights Out

C’est sur ce genre de son que l’originaire de Courbevoie excelle. Il mêle parfaitement l’art du propos ultra caillera et un placement tellement original qu’on en oublierait presque les paroles racailleuses : «Ouh, lights out, j’compte décharger mon fuego sur un cas d’salade. Extinction d’la lumière sur un tas d’salade ». On se retrouve ainsi à bouger la tête sur un refrain maitrisé, véritable atout du rappeur. Il évoque par ailleurs le concept de « Vréalité » (qui a donné le nom à l’album) contraction de « Vrai » et de « Réalité », emprunté à UGK (notamment Pimp C) et son néologisme « Trill » contraction cette fois de « True » et de « Real ». La vie, la vraie.

3. COD

C’est le Kekra bicraveur, menaçant, souhaitant écraser la que l’on retrouve de nouveau ici. Dans COD, pour « comme au départ », il aborde le fait qu’il n’a pas changé, que ses aspirations sont les mêmes. Un bon morceau, pas exaltant non plus…

4. Vréalité feat. Niska

Sorti le 12 avril dernier, ce titre, du même nom que l’album, a été choisi comme single promotionnel. Niska invité en featuring envoie un couplet calibré banger, incisif et agrémenté des gimmicks que l’on apprécie. On a connu l’originaire du 9.2 frileux à l’idée de feater avec ses congénères et pour un premier essai, c’est un euphémisme que de dire qu’il est réussi. L’alchimie entre les deux artistes est au rendez-vous. C’est le meilleur titre de l’album. Un pur plaisir auditif à (ré)écouter et à (re)voir sans modération.

5. CLS

« J’suis dans l’dio-stu, j’recherche une autre vie » cette phrase résume à elle seule l’idée du morceau. L’Alto séquanais raconte sur CLS sa vie de bricraveur et tout ce qu’elle engendre. Le fait de devoir être vif, de devoir se protéger, de devoir se venger etc. Bien que le rappeur raconte faire du rap pour s’amuser, il espère par ailleurs pouvoir sortir du rain-té grâce à lui. Paradoxal ? Peut-être. Une chose est sûre : Kekra C’est La Street et ça se ressent.

6. Chut

Voilà un son qui ne laisse pas indifférent, notamment par sa structure : Intro, refrain, pont, refrain, couplet, pont, refrain, outro. Un seul couplet avec trois changements de voix. C’est osé et assez original, mais le morceau ne convainc pas totalement, il y a comme un goût d’inachevé. C’est dommage.

7. Doré (Interlude)

Ce track est en contraste total avec le précédent. Kekra propose ici un hit estival, une zumba aux ambiances jamaïcaines. Relégué au rang d’interlude, ce morceau aurait pu être clipé et exploité mais le rappeur semble loin de ces considérations quand il balance : « Fréro j’suis dans la street tu me parles des impôts. Je veux les calmer mais ces chiens me parlent de radio ». Loin des codes, Kekra fait ce qu’il veut, pour notre plus grand bonheur.

8. Korda

Un morceau ensoleillé renforcé par le beat de The Beatz Hub. Une ambiance sur laquelle on n’a pas l’habitude d’entendre Kekra et pourtant c’est réussi. Côté lyrics, il exprime le fait que sa famille est « korda » avec ses décisions, notamment le fait qu’il ait dû « redoubler de talent devant le bordel ». Merci à toi.

9. Violation

Sur l’énorme instrumentale estampillée Kilogrammes Prod, l’originaire des Hauts-de-Seine innove et surprend à nouveau. Pas moins de trois changements de voix sur un même morceau, avec un effet de saturation contrôlé sur l’une d’entre elles. C’est carré, c’est bienvenu. Il en profite pour cracher son venin sur la concurrence sur un son labellisé « pure egotrip ». On en redemande.

10. OSMS

Toujours la même histoire sur Où Sont Mes Sous. Kekra crie, au sens littéral, son envie de faire de la maille. Le refrain et le premier couplet sont inaudibles tellement l’autotune est criard, la  voix est de crécelle et difficile à écouter. Heureusement le morceau ne dure que 2min58 on peut vite passer à la suivante.

11. Aznavour

C’est l’un des très gros sons de l’album que l’on retrouve en 11e piste. Le contraste avec le titre précédent est stupéfiant. Le rappeur est ici sur son terrain. Un son planant, un refrain chanté, un son maitrisé. Un sans-faute.

12. Sans les thunes

Encore un super track de la part du prodige de Courbiche et la prod’ de Kore n’y est pas pour rien. Il campe sur son concept de « Vréalité » quand il lance : « Des frérots, j’en ai pleins, d’la famille, j’en ai qu’une » ajoutant : « Comment veux-tu que j’sois pas content ? Mon premier bébé sort dans pas longtemps » ou encore « L’album dure moins longtemps, car j’ai moins l’temps » sa famille, son quotidien, la vraie vie, avant le rap.

13. Bonus : Vrai-Alité

Piste bonus. Kekra reprend le beat du featuring avec Niska et remplace le couplet de l’Essonnien contre l’un des siens. Cela plaira à ses supporters les plus orthodoxes.

« il tourne en rond tel un hamster dans sa roue »

On savait Kekra polyvalent et il nous l’a prouvé une nouvelle fois, peut-être encore plus que d’habitude, sur ce huitième opus. Si son univers est toujours un peu compliqué à appréhender à la première écoute, le Courbevoisien va plus loin et s’ouvre artistiquement, tout en restant cohérent. C’est-à-dire dans la continuité de ce qu’il a pu faire par le passé.

À contre-courant d’autres artistes, il a développé sa propre tendance et Vréalité est, en fait, un condensé de tout ce que sait faire Kekra de singulier. À n’en pas douter Kore y est pour beaucoup. Le patron de A.W.A music semble être à la direction artistique du projet puisqu’on le retrouve sur presque la moitié du projet.

Ce dernier s’articule autour d’un credo : celui de la « Vréalité ». Le rappeur prend parti, il ne raconte que sa vie, la vraie, sans mensonges, sans artifices et qui passe avant tout. Surtout avant le rap, contrairement à ce que clament d’autres rappeurs. Quoi qu’il en soit Kekra a délivré un album à la hauteur des attentes de ses fans. Il serait temps qu’il parvienne à accéder à un niveau de notoriété supérieur car musicalement : « c’est du crack ma gueule, première dose accro ».

15/20