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Chronique : Kekra – Land

Avec Land le rappeur masqué vient sonner le « go » de la saison des mojitos et de la crème solaire

Depuis Canne à pêche, le poisson a l’air de mordre à l’hameçon ; comme si le rappeur de Courbevoie nous avait prévenu. Dès 2015 il enchaine les projets, au total sept, fidélisant toujours plus un public bientôt addict. Attention tout de même, la surcote line technology guette même les artistes les plus talentueux. Mais on ne peut nier, qu’en ce peu de temps, le rappeur a su créer un univers propre à lui au fil d’une discographie fraiche et en constante évolution. Kekra n’a cependant toujours pas montré ce qu’il avait Sous la veste, et pour cause il continue d’avancer masqué même en plein été. L’été, parlons-en, c’est avec Land qu’il vient donner le « go » à la saison des mojitos et de la crème solaire. Sans parler des sonorités –on parle justement de ça– on vous recommande de vous tenir prêt pour cette bouffée de rayons UV.

 

1. Batman : C’est une ambiance planante qui s’empare de ce début de projet, les premières notes de ce titre sonnent comme un réveil en douceur, on se laisse facilement porter jusqu’au refrain : pièce maitresse de cet apéritif, s’installant confortablement dans nos cervelles comme un nouvel habitant. Si on s’intéresse –rapidement– au texte, on constate que le rappeur navigue en eaux troubles, et nous par la même occasion, à l’image de cette instrumentale « indécise ». Pour finir, on note : la référence à Ben Arfa, le talent sur le benchneuf-deux-zer.

 

2. 10 balles : Pour la suite, c’est le second extrait du projet qu’on écoute. C’est encore musicalement très bon, l’instrumentale à la fois saccadées et agréable offre un ensemble harmonieux. De nouveau, les paroles du refrain ne quittent pas nos lèvres, on consomme ce titre comme des zombies. Reprenons nos esprits, et ne nous laissons pas avoir par les effets de cet électuaire. Intéressons nous plutôt au texte : Kekra veut nous étiqueter clairement comme ses clients -ses ienclards-, nous refourguerait-il sa daube ? On paie comptant.

J’mange un thiéboudiène
En Space Jam, en attendant que la wave prenne, bitch

 

 

3. Les autres : Sur ce troisième titre on commence à voir les rayons de soleil du projet ; l’influence de l’instrumentale réchauffe la pièce toute entière et laisse entrer une brise moelleuse. Premier constat : on peut se dire que la musique de Kekra ne s’explique pas par le sens, elle se savoure comme une pâtisserie. Ici le rappeur touche à plusieurs thèmes, un alliage autour de la consommation de cannabis et de réussite (monnaie, monnaie, monnaie). Malgré des sonorités qui appellent au voyage, Kekra garde les pieds sur la terre ferme, ne perdant pas de vue des thèmes plutôt réalistes

 

4. Sega : Visiblement on s’envole pour le pays du soleil levant sur une instrumentale signée Wealstarr. Si on regarde de plus près l’univers visuel de Kekra on peut deviner un certain attachement pour les jeux de la marque japonaise Sega, le rappeur partage avec nous son univers. Point intéressant : les références disséminées par ci par là. Ici, un clin d’œil à l’ancien sénateur des Hauts-de-Seine, Charles Pasqua. En utilisant le double sens du mot « game », Kekra tient à mettre en évidence qu’il ne se frotte pas aux acteurs de ce dit « game », il est à la marge et le revendique d’ailleurs depuis ces débuts. On apprécie la balade.

 

5. Viceland : Nous arrivons presque à la moitié du projet et c’est ici que les sonorités asiatiques prennent possessions des lieux. Le rappeur, plus que jamais, opte pour un titre décrivant les vices de l’être humain. C’est une approche intéressante dans laquelle le rappeur se livre un peu plus, il fait spécialement référence à son insensibilité face au monde qui l’entoure. On a donc : un très bon refrain où il évoque notamment ses origines Marocaines, des jeux de mots sympathiques entre le français et l’anglais et pour ne rien laisser au hasard, sur les couplets, une petite référence à une autre personnalité du 92 : William Gallas, bref la recette complète pour faire « un bon Kekra ».

Élevé au rice, couscous, ient-cli veut le price
Piper les dice, fuck la chance, on fait ça nice

 

6. Normal (interlude) : Ce passage reflète l’esprit du projet : le rappeur a choisi de soigner la forme au détriment du fond. Même si le message exprimé laisse parfois à désirer, Kekra veut amener ses fans danser sur la plage grâce à un un magma de vibes toutes aussi festives qu’ensoleillées.

 

7. J’travaille : On continue cet album sur la même émanation, l’instrumentale progressive à souhait donne envie de flirter avec le dance floor. On croirait presque un de ces remix de Kaytranada trouvé par hasard sur nos timelines SoundCloud. Qu’on se le dise, les sonorités typiquement « French Touch », s/o Daft Punk, sont si agréables en cette saison. Pour le thème abordé, rien de neuf, Kekra s’attarde sur les billets qu’il va amasser, et c’est tout le malheur qu’on lui souhaite.

 

8. C’est bon : C’est officiel le banger de l’été est là, les sonorités nous pousseraient presque à poser une semaine de congés sur-le-champ pour une virée en bord de mer. Il faut souligner que ce bain de soleil est signé Hottrack, ce même beatmaker qui avait réalisé Venus de Joke. Sur ce track Kekra tient à mettre en valeur un chose simple : La familia, un message louable bien qu’on ait tendance à s’intéresser avant tout à l’ambiance globale. Pour mettre en scène ce morceau ensoleillé, le rappeur choisit les plages Thaïlandaises et nous fait voyager une fois de plus. On remarquera qu’aucun continent n’a échappé aux clips de ce « citoyen du monde ». Promesse tenue.

 

 

9. Wing-Chun : Après avoir étalé nos crèmes solaires indice cinquante, c’est tout naturellement qu’on reste sur le continent asiatique. En guise de prélude, quelques notes de « Koto » l’instrument typique de la musique traditionnelle Japonaise se lancent sur le morceau, et c’est encore un ticket gagnant : Kekra s’engouffre dans un refrain parfaitement cadencé dans lequel il fait rimer Kung-Fu avec un peu tout ce qu’il trouve à porter de main. Et nous ? On adhère.

J’les vois tous venir comme un sextoy

 

10. Murda : C’est définitivement le projet des refrains impeccables. Une nouvelle fois, on se sent poussé par une phrase appartenant au refrain, ici typiquement : « Au mic j’connais des murdaaaa, ces bouffons font que d’la meurdaaa ». On notera à nouveau la distraction préférée du rappeur : jouer avec l’anglais et le français. Il y a quelque chose qu’on n’avait jusqu’à présent omis d’aborder : la diversité des flows. Kekra s’exerce sur toutes les latitudes : du plus low au plus fast, du chant au débit, des aigües aux graves, tout y est. C’est le cas sur Murda, ou il propose une palette très complète pour seulement 3 minutes et 14 secondes de son. Bel exercice.

 

11. Frérot : Dans ce dernier titre, Kekra nous ramène à la réalité avec un sujet beaucoup moins enjoué-tout le monde descends!-. Il fait allusion au regard des autres face à son succès, la fameuse Jalousy. Pour illustrer son propos le rappeur nous laisse une dernière référence à Notorious Big : « More Money More Blèmes-pro ». Sans mauvais jeu de mot, on dirait bien que la party est finie. Pour clôturer ce projet, Kekra ramène ses auditeurs en douceur à Orly. D’ailleurs, ce n’est pas une blague, celui ci nous conseille de commander un Uber à la fin du morceau. Merci pour ce voyage.

 

Dans sa dernière interview chez nos amis de Booska-p, Kekra affirme que « rap is shit ». Mais alors, il était difficile de saisir au corps ce projet sans se poser la question de l’écriture, qui plus est quand le rappeur l’affirme lui même. Bien que l’oeuvre soit volontairement axée sur les sonorités et l’ambiance conférée, le constat est sans appel, elle manque cruellement de fond. En revanche, Kekra remplit son contrat à 100% : il fait voyager son auditeur et le transporte dans son monde à lui. Une chose est sûre, il nous fera danser une bonne partie de l’été. Cet album révèle quelque chose de très important : c’est un artiste de caractère, Kekra fait ce qui lui ressemble. Certains diront qu’il ne se dévoile pas assez, mais on peut imaginer un constat tout autre, c’est à travers ses sonorités propres, le visuel particulier de ses clips et les références qu’il choisit, dans des textes qui semblent parfois n’avoir ni queue ni tête, que le rappeur transmet à son public : qui il est, ce qu’il aime, d’ou il vient.

 

16/20

Loukoum@vrairapfrancais.fr

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