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CHRONIQUE : JP MANOVA – 19H07

Retour d'un des plus connus rappeur inconnu

Le nom m’était totalement inconnu quand j’ai vu que l’album 19H07 de JP Manova sortait ! Et puis, après quelques recherches, je me suis aperçue que j’avais déjà écouté le travail de ce rappeur discret, entre autre sur « Dans ma ruche », le 1er titre de LIASONS DANGEREUSES de Doc Gynéco. À première vue, si le rappeur ne m’a pas marquée, malgré son choix de rester « dans l’ombre », cet album ne peut que me surprendre. Il est 17h07, j’ai deux heures d’avance, assez de temps pour écouter ce premier album de JP Manova, 19H07, c’est parti !

 

1/ Intro : Une intro qui colle parfaitement avec la cover de l’album : des bruits de fond, un métro, des musiciens… Et puis, une voix féminine: « JP, il est 19 heures, 19 heures 07… »

 

2/ La spirale feat Rocé : Seule collaboration de l’album, collaboration renouvelée car déjà faite sur GUNZ N’ ROCÉ, l’album de Rocé sur le titre « Actuel » et je dois avouer que j’ai beaucoup de mal… La prod ne me parle pas, le flow de Manova non plus. Ce qui est cool, c’est que le message colle bien à mon état d’esprit pendant l’écoute de ce titre : cette spirale, spirale d’ennui qui me prend et m’emmène. Le refrain est bon par contre : simple et efficace « Ne pas tomber dans la spirale, j’e-j’e-j’essaye mais l’Histoire ne se répète pas : elle bé-bé-bégaye… »

 

3/ Longueur d’onde : Bon… La prod ne me parle pas, son flow non plus, c’est assez dingue… C’est groovy, y’a de la technique, mais je ne rentre pas dedans… « Sommes-nous sur la même longueur d’onde ? » Pas avec moi en tout cas, c’est peut-être trop « alternatif » pour moi, pas assez « conscient » pour moi, même si le rap de gangster ne me fais pas plus kiffer que ça : je ne me laisse pas entraîner par Manova, « t’as compris ou pas ? »

 

4/ Pas de bol : Ça passe beaucoup mieux, j’apprends de lui, tout est fluide et son flow est en adéquation avec la prod. Description de son quotidien entre rap et petits jobs : « Au lieu d’être rappeur, j’suis un travailleur qui fait du rap ». Comparaisons pleines d’humour noir avec le monde du travail : « Le vol rapporte gros que si t’as fais des études : huissier, tu fais des braquos sans plus aucune inquiétude » Manova se balade et le fait très bien !

« Au lieu d’être rappeur, j’suis un travailleur qui fait du rap »

 

5/ Is everything right : VOILÀÀÀ !! Grosse claque que je me prends sur ce morceau ! Niveau technique au top : que des rimes en A-A, une prod lourde et sombre, un message, un regard sur la France, en comparaison avec les USA, en intelligence, en référence… « Pas mal d’Américains ont pris la France pour le nirvana, s’imaginent qu’on est tous sapé en Vuitton et Prada sans même se douter que beaucoup galèrent pour mettre du Zara » Un peu moins convaincue sur le refrain qui me fait redescendre, mais il reste cohérent.

 

6/ Sankara : Thomas Sankara était un homme politique et révolutionnaire burkinabé : on lui doit notamment le nom de ce pays, le Burkina Faso qu’il changea au dépend de son ancien nom colonial. Ce titre est donc un hommage, dynamisé par des voix off de Sankara haranguant son pays lors de meetings. La musicalité est douce, le flow de Manova toujours aussi posé, de la réflexion sur l’Afrique, sur son héritage : « À ceux qui pensent l’Afrique comme un clip de Shakira, où le Blanc mène la danse et les Nègres suivent le pas » Punchline !

 

7/ La barbe de Morgan Freeman : Un titre qui invite aux voyages, les beaux jours arrivent en plus : ça y est, j’ai envie de partir loooin ! Lunettes de soleil sur le nez, un verre sur ma terrasse, ce piano m’envoie loin, la basse me fait bouger la tête, les scratchs me font kiffer : un bon équilibre, malgré un texte assez simpliste, Manova m’envoie dans son délire ! Très bon titre !

 

8/ Skinhead au cheveux long : Un thème lourd et grave que Manova nous explique et nous raconte avec une légèreté déconcertante et… ça fonctionne assez bien ! La prod est très dingue, avec de petites notes de xylophone, un sample de voix féminine qui adoucit le propos et amplifiant le fossé avec sa dureté. Un très bon refrain « Quand ses cheveux étaient rasés, on savait comment le trouver dans les environs : comment peut-on le repérer quand le skinhead a les cheveux longs ? » Très bon titre !

 

9/ Tous les 25 ans : « J’craque et m’répète comme un disque rayé ! » Aïe, aïe, aïe, à combien de rappeurs j’ai pensé en écoutant ce 1er couplet ? « Ta haine du star-système leur a appris que ça n’cachait que ta haine de ne pas en faire partie… » Le retournement de veste de ces personnalités anti-tout qui deviennent et ressemblent de plus en plus à ceux sur qui ils crachaient avant ! Deuxième couplet cette fois-ci avec un rockeur, dans le même esprit. Une belle « prise de risque » dans la dénonciation!

 

10/ Capoeira verbale : Quelle leçon de technique d’écriture ! « Mon rap fait de la capoeira verbale » ouais, carrément : entre danse et combat lyrical, la promesse est tenue ! Manova joue avec les mots, les lettres « Art littéraire alterné de manière infernale à l’art de la guerre par intervalle » pour continuer sur des punchlines « Explorer le rap est plutôt drôle dans le fond, au risque d’être pris pour les clowns qui en font » Des assonances en « L » et en « R » sur chacun des couplets, c’est assez fort ! La prod est douce et posée : on se balade tranquillement, bon titre !

« Explorer le rap est plutôt drôle dans le fond, au risque d’être pris pour les clowns qui en font »

 

11/ À quel point (libre) : « A quel point penses-tu être libre ? » Ce dernier titre commence au piano, agité de questions existentielle que chacun se pose, la liberté, la stigmatisation due aux origines ethniques, à la religion… « À quel point suis-je maître de ma condition ? » Et le titre prend toute sa dimension avec la prod qui évolue, devenant plus agressive, adéquation totale avec le ton de Manova qui évolue lui aussi : ça kicke salement sur la fin, grosse claque sur cette fin d’album !

Et bien, vous savez quoi ? Je suis agréablement surprise et agréablement surprise d’avoir été surprise ! Je suis passée par pas mal de phases durant l’écoute de l’album : sans avis particulier pendant l’intro, le soulagement de savoir que l’album était assez court pendant le track 1, l’incompréhension quand sur le track 2 je me souvenais des mots de Wesley avant cette chronique « Ah oui, tu vas adoré cet album, Paoline ! » et puis tout a basculé crescendo ! JP Manova m’a surprise et je dois avouer que j’adore ça : beaucoup de risques, énormément de technique, de sens, de critique. Un (très bon premier) album qu’on n’entend pas partout et ça fait du bien !

 

 

NOTE : 15 /20

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