Home / RAP FR  / Chroniques  / Chronique : Jarod – Caméléon

Chronique : Jarod – Caméléon

Le caméléon nous présente ses multiples facettes

Entre Jarod et le personnage de la série « Caméléon » et l’artiste, Jarod, qui sort un projet nommé Caméléon, il n’y a qu’un pas. Cela fait maintenant 4 ans que le parisien s’est lancé dans le monde du rap de manière professionnelle, 3 projets majeurs dans sa carrière : En attendant la frappe, Frappe préventive, et maintenant, l’album Caméléon, dans les bacs depuis le 6 mai dernier (le format physique est un miroir plutôt original non ?). Le rappeur touche à tous les styles de musique dans ses sons. Un artiste qui se dit avoir un esprit libre, doit faire honneur à sa pensée dans ses écrits et dans ses morceaux. C’est ce côté là que les membres de la fan-base de l’artiste apprécient, Jarod fait ce qu’il aime, quand il veut, et toujours à sa manière. Nous sommes prêts à faire connaissance avec un animal dans ce rap français qui compte bien laisser quelques traces sur son passage grâce à ce dernier album. Place à l’écoute.

 

01/ Caméléon : On commence d’une manière tonitruante. Jarod se confie à propos de sa vie et son rap. Le ton est donné, le parisien nous livrera un album assez personnel si on comprend bien le message passé. La prod’ est assez lente, avec un piano qui a tout à faire dans ce morceau pour accentuer le côté un peu « nostalgique » de l’artiste. Le débit est irréprochable. Dommage que le morceau ne dure pas autant longtemps qu’il le mérite. « J’ai voulu mourir avant de vouloir vivre, connaître la haine avant de connaître l’amour ».

 

02/ Zulu : Jarod se transforme littéralement sur cet extrait. Un thème beaucoup plus libre, une instrumentale bien plus rapide, et un flow beaucoup plus incisif. C’est une réussite. Le refrain est également d’une efficacité incontestable. « Zulu ne joue pas avec moi ! Zulu ne joue pas avec moi ! » Je peux déjà vous annoncer que le support audiovisuel sortira très bientôt, une partie du clip a été enregistrée lors du Freestyle Tour au Palais Royal dernièrement. « On avait la trop la dalle on voulait manger du caviar ».

 

03/ Mon ami : Place au chant. C’est ça qu’on apprécie chez Jarod, c’est sa polyvalence. Une ôde à un « ami parti trop tôt » qui lui manque énormément. Cependant, ce n’est pas une mélodie triste du tout, cela rend hommage à la vie qu’a déjà pu vivre son ami. L’artiste se livre une nouvelle fois à son public, sur un sujet qui lui tient énormément à cœur. Le refrain est très efficace, il pose le thème du morceau de manière claire, et reste dans la tête. Le track est une nouvelle réussite même si on s’éloigne du rap. « J’respire mieux quand je te vois, tu m’inspires et m’donne de la force ».

 

04/ Building : C’est l’un des extraits les plus médiatisés de l’album, donc logiquement le plus connu. La prod’ donne sérieusement envie d’aller en vacances. Je ne sais pas si j’ai été le seul à ressentir ça… Si ce n’était pas le cas, ça me rassurerait. Le morceau est top, une alternance entre le rap et le chant totalement maîtrisée. 20/20. « J’suis grillé à la banque je suis toujours dans l’Hip-Hop », si un banquier lit cette chronique, pouvez vous proposer un prêt à Jarod avec un taux intéressant si possible ? Pour qu’il puisse nous livrer d’autres projets à l’avenir.

 

05/ Rayonnons : J’A-DORE ! Dès les premières notes de la prod’, je suis à fond. Jarod opte pour un débit plus rapide que les morceaux précédents. Dommage que je ne connaisse pas quelqu’un qui s’appelle Marvin, j’aurais pu monter une mise en scène terrible sur ce track. Le refrain est excellent, tout comme l’egotrip qui est maîtrisé de A à Z. Jarod rayonne pour le plus grand plaisir de notre ouïe. « Dans les clips cainris gava j’veux pas la meuf, j’veux la maille », tout dépend du clip après tout.

 

06/ Boyboy : Pour être franc avec vous, je ne pensais jamais avoir un équivalent du morceau précédent avant l’écoute de « Boyboy ». Je me suis trompé en beauté. Si j’étais déjà à fond sur « Rayonnons », sur cet extrait c’était 10 fois pire (ou mieux tout dépend de vous). Donc voilà, égotrip encore une fois parfait, la prod’ est parfaite, Jarod kick de manière magistrale… Tout est parfait sur ce track. « J’suis Ibrahimovic ! Je fais pas d’passes ! », 13 passes décisives cette saison, ce n’est pas négligeable.

 

07/ En forme : Nouvelle claque. Ou va donc s’arrêter Jarod ? Décidément, le parigot est très à l’aise sur ces types de morceaux depuis le début de l’album. Débit rapide, une aisance insolente sur un égotrip toujours maîtrisé, le tout sur une prod’ efficace. C’est la bonne recette. « Putain j’suis en forme ! Putain j’suis en forme ! », on a pas le temps de se fatiguer avec Jarod.

 

08/ Rester danser : Après trois morceaux où on pouvait voir Jarod se balader sur des intrus en kickage de manière aisée, c’est maintenant une ambiance « discothèque » qui prend place sur cet extrait. Il n’y a pas vraiment de « rap » pour le coup. Pour ce genre musical, je pense qu’il peut y avoir deux réactions possibles. Soit on apprécie, soit on déteste. Pour moi, ce n’est pas vraiment ce que je préfère… Au lieu de critiquer sans réellement être objectif, je préfère passer ce morceau. Après tout, c’est l’objectif de Jarod de faire la musique qu’il aime. La démarche est top, mais ça ne plait pas à tout le monde. Bien joué quand même pour la prise de risque, ça attire d’autres auditeurs. Je respecte quand même.

« On a chanté parce qu’on aimait la chanson, pas pour s’inventer une vie de bandit
On écoutait Brassens et Véronique Sanson c’est pas pour autant qu’on a fini par être gentil »

 

09/ Aube : À la première écoute, la prod’ fait penser à un morceau de pop. Mais, Jarod pose dessus sans complexe. D’une bien belle manière même. Un extrait plus léger qui va bien à l’artiste. Une nouvelle prise de risque plutôt payante. Le MC parle d’une monotonie qui existe de manière perpétuelle dans sa vie, le track passe bien, ça facilite la bonne écoute de l’album. « Tout baigne, j’tourne la night dans la ville : Bruce Wayne ».

 

10/ Vibe : Un son encore une fois très chanté. Celui-ci s’affilie bien au tracklisting, il a largement sa place sur ce projet. L’instru légèrement « planante » séduit un style d’auditeur. À la première écoute, j’apprécie ce morceau, mais sans plus. Au bout de la troisième écoute, je chante, je connais les paroles par cœur. C’est un son très efficace, qui, je trouve, résume bien la physionomie de l’artiste. On passe de rap à chant en moins d’une seconde. C’est clean. « J’traîne la peur de mon passé, c’est pour ça que j’suis resté le même ».

 

11/ Criminel : Encore un extrait que j’apprécie énormément. C’est un Jarod que l’on peut qualifier de « conscient » (à bien prendre avec les guillemets) qui apparaît sur ce track. Une remise en question importante sur le monde qui l’entoure, sa vie, ses amis, ses proches et les erreurs qu’il a pu faire auparavant. Ça fonctionne bien sur cette prod’ qui dégage un réel sentiment de nostalgie. Ce morceau est une réussite. « J’voulais partir j’suis un mec sincère, je ne mens pas à ceux que j’aime je suis réel sur scène. J’ai des envies de tuer quand mon cœur se serre. J’ai tout donné et j’ai regretté d’être sincère ».

 

12/ Icare feat Papo : Premier featuring du projet, Papo. Jarod maîtrise son sujet une fois de plus. « Comme Icare j’ai voulu toucher l’ciel, mais le sol m’a prit ». J’aime beaucoup et extrait que ce soit dans son fond ou sa forme. Papo pose d’une manière assez intéressante. Son timbre de voix fait la différence. Son couplet est efficace, rien à ajouter, mis à part que j’aimerais écouter un morceau solo du MC dans l’avenir, pour voir ce qu’il vaut dans d’autres morceaux. Bon extrait.

« J’porte tellement d’pêché sur le dos J’compare au poids de la gâchette
Le choix est lourd la décision est ferme moi personne m’achète »

 

 

13/ Ramène la frappe feat V12 & Despe Delgado : Trois parisiens en un extrait. Tous du 19ème. Pour commencer, les deux couplets des invités sont réussis, c’est un sans faute. L’ambiance change des morceaux précédents, on a l’impression d’être en bas d’un block en train d’écouter les freestyles des rappeurs du quartiers, des proches de Jarod. Le morceau a suffisamment d’impact pour s’inscrire de manière permanente dans la liste de mes morceaux favoris sur cet album.

 

14/ John Wayne : Ça fera déjà plusieurs fois que je vous dit ça, je sais. Cet extrait est mon PRÉ-FÉ-RÉ sur ce projet. Tout y est. Grosses punchlines, bon flow, prod’ terrible, bonnes prises de risques dans les sujets abordés, tout y est, c’est un morceau parfait. Jarod se promène sur ce morceau, c’est à la limite de l’insolence tellement tout à l’air simple sur ce track. J’ai pu assister au Freestyle Tour au Palais Royal, ce même texte a été kické en live, c’est le top. Bravo pour ce morceau.

 

15/ Mélomane : On va reprendre un « dicton » célèbre pour décrire cet extrait. Nous allons dire : « Le calme après la tempête ». Un nouveau morceau chanté apparaît au tracklisting, après quelques extraits qui frappaient très fort. Est-ce que ça fait bizarre ? Non. Du tout. Ça simplifie l’écoute, comme au début du projet après les trois titres extrêmement percutants. Ça adoucit l’écoute, ce qui fait donc de l’extrait un très bon choix artistique. « Les rapports de forces sont constants, ils prennent la tête. Y’a pas besoin d’être millionnaire gava paye tes dettes ».

 

16/ Bonhomme : Ce morceau raconte les divers comportement  et les conclusions qu’à pu vivre Jarod au cours de sa vie. Un beau morceau qui s’avère être assez réfléchi. La prod’ très lente correspond parfaitement avec l’ambiance générale que dégage l’atmosphère des paroles. C’est un extrait très personnel avec un refrain terriblement mélodieux, tout en restant une nouvelle fois dans une sphère assez intimiste. C’est une nouvelle fois réussi. « Qu’est ce que tu m’racontes j’suis un bonhomme, même quand tu brises mes colonnes. J’peux prendre une rafale pour mon pote qu’est-ce que tu m’racontes j’suis un bonhomme ».

 

17/ Has Been : Un morceau une nouvelle fois très personnel qui raconte certaines anecdotes que Jarod a pu vivre auparavant. Sincérité, remises en question, l’artiste s’interroge. Le refrain chanté s’affilie parfaitement avec la prod’ (encore une fois efficace) et les paroles. On peut diviser ce morceau en deux parties. L’une est rappé et chanté pour le refrain, l’autre est entièrement chanté, avec un changement d’instrumental. C’est vraiment pas mal du tout. « J’suis mal dans mes pompes, j’ai fait tant de saletés, j’ai du mal à porter mes erreurs. Ils m’ont mis à oil-pé, j’veux plus être celui qu’on esquinte… ».

 

18/ Dors : Dernier track, je me souviens du dernier extrait de « Frappe préventive », le morceau s’intitulait « Et », et était extrêmement réussi. C’est encore un Jarod réaliste qui se présente. J’adore le refrain, « Et je vois l’avenir en noir, toi tu vois la vie en bleue… ». A chaque titre, on en découvre un peu plus sur la vie de l’artiste. C’est une très belle conclusion pour un projet. Et comme tu le dis si bien à la fin du morceau, après un outro de guitare électrique et un blanc de plus de 30 secondes: « À bientôt ».

 

Bon, je pense que vous avez su le comprendre assez facilement… Le projet est extrêmement plaisant à écouter. Il y a des bonnes prod’, alliées à des bons textes et des bons flows notamment sur les morceaux « Boyboy », « Rayonnons » et « En forme » et « John Wayne », mon préféré… Jarod maîtrise totalement son sujet, et ne trahit pas sa mentalité artistique qui prône une place centrale dans sa vie de rappeur ; faire la musique qu’il aime, rock, rap, pop, r’n’b… Le parisien s’éclate sur la totalité des morceaux. Mais, nous nous appelons « Vrairapfrançais ». Des morceaux comme « Rester danser » ou « Aube » par exemple ne s’affilient pas forcément à du rap. Ce détail reste tout de même assez minime car cela permet de s’étendre artistiquement et, par la même occasion, faciliter la fluidité de l’écoute et également de viser un public plus large. 18 morceaux, c’est long, mais bien exploités, c’est top. Le projet est très personnel, les thèmes les plus abordés sont la famille, la mort, les amis et la vie. Cela donne l’impression d’assister à une présentation de l’artiste, sous nos yeux. L’album s’inscrit dans la continuité de Frappe Préventive, mais Caméléon révèle être une véritable histoire au final, c’est une sorte de carte d’identité. Le projet est très réussi. Un grand bravo à toi Jarod !

NOTE : 17/20

chaves@vrairapfrancais.fr

Review overview