C’est un des beatmakers français qu’on ne présente plus, un des architectes de la hype autour de 13 Block entre autre, ayant travaillé avec Damso, Joke Ateyaba ou Ateyaba Joke, Travis Scott ou encore Quavo, pour ne citer qu’eux. Ikaz Boi nous gratifie en ce début d’automne d’un projet dont lui seul a le secret. Pour ce 2ème projet, avec les 10 rappeurs et les 5 beatmakers qu’il a invités, il nous a concocté un projet brutal mais sûrement pas agressif.

Tracklist

1. Code 46

Entrée en matière du projet et quelle entrée en matière ! Coproduction avec Ponko, Prinzly et Binks Beatz, interprété par Stavo et Olazermi (seul feat du projet), ce premier titre pose le cadre. Ce morceau est une illustration de la symbolique des nombres (capacité qu’a un nombre de désigner autre chose que lui même). Si pour les habitués de grosses cylindrées notamment Yamaha, le code 46 n’est clairement pas bon signe, chez Ikaz Boi ce code est synonyme d’un titre énergique où les rappeurs ont la maîtrise des nombres. On ne peut passer à côté du flow Stavo et son timbre de voix qui donne un effet légèrement enrhumé. Mais surtout on ne loupe pas les adlibs dont lui seul à le secret. On a peut-être pas toutes les références numériques mais on en sait assez pour comprendre que ce premier morceau va en faire kiffer plus d’un.

2. Tunnel

Titre coproduit avec Ponko et interprété par 404 Billy qui ici expérimente avec succès un flow bien saccadé et aéré. Ce qui lui laisse la place pour caler des adlibs bien sentis notamment sur le refrain. Le monde dans lequel évolue 404 s’avère toujours aussi bressom ce qui ne manque pas de déteindre sur ses lyrics, « J’suis v’nu pour les tuer-er-er, pour trouver la paix-aix-aix ».

3. Place Vendôme

Interprété par Sidikey aka Oldpee (membre de 13 Block également), ce titre commence avec une intro de musique baroque sur la prod, ce qui nous place dans cette atmosphère luxueuse, qui correspond très bien à la symbolique de la Place Vendôme. Mais c’est sans compter sur Sidikey qui va venir dynamiter tout ça ! Le protagoniste de 13 Block sait évidemment manier les adlibs, ce qui une fois de plus est une force sur ce morceau, néanmoins nous ne sommes pas sur la même façon de les orchestrer que son comparse Stavo. Sidikey, lui joue plutôt sur des onomatopées (hey, ho, hein) ou encore des mots courts (quoi?). Le tout vient mettre du piment dans ce récit d’une forme d’ascension sociale, « J’suis plus bloqué dans l’binks mais à Place Vendôme, c’est plus la merde wesh (salope hey hey hey hey) ». Le travail sur le refrain fait qu’il rentre immédiatement dans la tête. Décidément nous irions bien faire une ride sur la Place Vendôme avec Sidikey.

4. Si tu savais

Coproduction avec Amine Edge et Dance, interprété par Leto, on se retrouve sur une titre aux couleurs plus mélancoliques, « En bas du bâtiment, je perds mes sentiments, j’peux pas dire : aidez-moi ». Cette impression de mélancolie se matérialise par une sensation de présence d’instruments plus organiques et une interprétation où Leto rappote, ce qui est tout à fait pertinent avec son timbre de voix. Une présence des adlids plus légère comme des sortes d’échos accentue encore cette impression.

5. Bad Days

Interprété par Hamza, sur une prod un peu plus solaire que les précédentes, avec cette guitare qui l’accompagne. Hamza est clairement dans sa zone de confort sans se vautrer dans la facilité et la fainéantise. Bien évidemment il n’hésite pas utiliser tous ces totems : les anglicismes, les doobies, les hoes, le name dropping de marques de luxe, l’argent toujours l’argent. Argent qui finalement est une source de soucis, « Monnaie égale drama, égale problèmes loin de Mama ». En dehors de tout cet habillage un peu bling-bling qu’on entend au premier abord, on décèle aussi une sorte de mal-être, « Fait du bien, donner love j’essaie, mais tous les jours sont des bad days ».

6. Sky Party

Coproduit par Binks Beatz avec Cheu B à l’interprétation, ce morceau est peut-être légèrement en dessous des autres. Cependant la prod a quelque chose d’hypnotique. L’équilibrage du morceau est assez particulier avec un refrain plus long que les couplets. Néanmoins la répétition du refrain 3 fois au cours du morceau accentue cette sensation de mantra hypnotique.

7. Soliterrien

C’est le retour de Damsolitaire, en effet c’est son premier titre en solo depuis quelques temps. On le retrouve avec sa plume à la verve, toujours aussi nwaar : « Si je pars autant disparaître pour l’éternité » ; toujours aussi saal : « Embouteillage entre sa chatte et toi, jaloux veulent pas qu’on fasse l’amou-ou-our » ; toujours aussi poétique : « Prisonnier de mes peurs, mon subconscient se meurt, mon heure attend mon heure ». Il n’a pas non plus perdu de cette ambivalence qui le caractérise aussi, « Mais nique sa mère et j’fais c’que j’veux (c’que j’veux). Même si en vrai, j’sais pas c’que j’veux (c’que j’veux). Damso se situe toujours entre le vivre et le vécu, entre sucré et salé. Sur cette prod Ikaz Boi fait preuve de la délicatesse et de la légèreté qui mettent en exergue les qualités de Dems.

8. Alfred

Interprété par Zefor (team 13 Block également), ce titre est une référence au Majordome de Bruce Wayne (sans lequel il faut le dire, il ne serait sûrement pas Batman). Comme ses autres compères présents sur le projet, Zefor démontre lui aussi sa maîtrise des adlibs mais bien évidemment avec sa touche bien personnelle. Ici la prod est sombre à l’image du comics et Zefor arrive à jouer sur de légères variations de flow ce qui texture un peu plus le morceau.

9. Ambition

Sur ce morceau on a Kobo à la voix, c’est le plus smooth et chill du projet. Il utilise les latitudes que lui permettent sa voix, ce qui contrastent finalement avec des propos parfois durs, « Traumatisé par la réalité ». Sur ce couplet unique, il joue sur l’interprétation de phrases courtes qui projettent dans la tête de l’auditeur des images courtes et fugaces. On serait tenter de dire que ce morceau est bien trop court, tant on aimerait entendre Kobo balader un peu plus ses ambitions sur cette mélodie.

10. Harp Theme

Instrumentale qui clôture le projet avec une touche de féerie. Dans une ambiance chill et jazzy, tout en étant un peu grasse, ce qui est rapporté par cette basse hyper présente,cette instrumentale est parfaite pour fermer la marche de ce projet.

Cet opus d’Ikaz Boi, c’est des choix pertinents d’artistes ainsi que de beatmakers avec lesquels il s’associe sur les prods. La brutalité est interprétée par les artistes de différentes manières et avec différents points de vue. Ce qui pourrait, finalement, en faire un projet complètement dissonant. Mais ce n’est pas le cas grâce à la charpente solide que lui a donné Ikaz Boi. Cette présence d’interprètes de différents styles, avec les différentes textures qu’ils apportent, prouve qu’il sait travailler sa palette musicale avec toutes les nuances actuelles, Ikaz Boi est un beatmaker polymorphe et polyphonique. Il sait comment trouver l’alchimie et les dosages qui conviennent pour que lui ou les rappeurs tirent leurs épingles du jeu. Il est également agréable de voir les différents rappeurs sont dans leur zone de confort sans se contenter de fournir le minimum syndical. Pour certains leur morceau où leur couplet feront sans doute partie de leur référence. On sent même une évolution chez certains rappeurs, comme Stavo qui maîtrise de mieux en mieux la « brutalité » de sa voix. On notera que certains morceaux sont un peu plus long que les standards actuels, ce qui laisse à l’auditeur le temps de les apprécier tout en ne restant pas sur sa faim. Néanmoins cela ne l’empêchera pas d’appuyer plusieurs fois sur le bouton repeat sans son consentement (ça on a le droit).

16/20