Home / RAP FR  / Chroniques  / Chronique : Hugo TSR – Tant qu’on est là

Chronique : Hugo TSR – Tant qu’on est là

Retour sur le nouvel album de celui qui porte l'étendard de Porte de la Chapelle

Le plus connu des rappeurs underground revient avec un nouveau produit. Comme à son habitude, la promotion est quasi-inexistante. Hugo TSR est revenu sur le devant de la scène une nuit de juillet 2016 avec le clip  Là-Haut, seulement accompagné de la mention « Nouvel album prochainement ». Quatorze mois plus tard le projet est là, cinq ans après son précédent disque Fenêtre sur Rue. L’autoproclamé « roi des punchlines » avait clairement frappé fort avec l’extrait dévoilé l’année dernière, toujours fidèle à ses principes musicaux. Les interrogations sur cet album ne se portent pas vraiment sur son flow, ses instrumentales ou sa technique, mais plus sur les thèmes abordés. Flaque de samples était clairement un défouloir pour le MC, sans réelle variation de sujets, mais ça cognait extrêmement fort. Fenêtre sur Rue était sensiblement différent, où le rappeur narrait ce qui l’entourait et ce qui le passionnait, avec des thèmes bien précis : son quartier dans le morceau éponyme, le graff’ dans Dégradation, ou encore la défonce dans Coma artificiel.  J’espère sincèrement qu’Hugo abordera de nouveaux thèmes dans cet album, tout en gardant son agressivité qu’il n’a jamais lâchée depuis La Bombe H, son premier album sorti il y a maintenant douze ans. Immersion dans le 18ème arrondissement de Paris, les chroniques ça continuera tant qu’on est là.

 

1. Rei : Comme toutes les intros de ses projets, elle met dans le bain direct. Un couplet unique très incisif, lyricalement c’est impeccable. Des punchlines égotrip et des critiques de la société, la recette est toujours d’actualité, indémodable tant que le cuisinier est le même. Seul petit bémol, l’instrumentale qui ne cogne pas assez, on s’était habitués à plus de violence dès le début avec Point de départ ou 2 minutes pour convaincre. Mais je suis quand même convaincu.

 

 

2. Exercice : de style. Tout simplement. Deux minutes d’égotrip cru et crade sur un fond de guitare acoustique qui tranche avec la violence des lyrics. Alors qu’il a désormais trente ans, Hugo TSR n’a pas perdu sa technique et sa verve, il voulait peut être le prouver, même si ce n’était pas la peine de le prouver. « Hugo TSR frère y’a rien de plus fort à part l’absinthe »

 

3. Iceberg : Un bijou comme on en fait peu. Tout d’abord la prod sort clairement du lot, un mélange de samples et douces notes qui emportent directement. Avec l’iceberg Hugo produit une très belle métaphore : la partie émergée est celui qu’on voit tous les jours. Quant à ce qui se passe sous l’eau, c’est ses problèmes qu’il exprime par la musique, bien plus imposants que ce qui apparait à la surface. La surface de l’iceberg peut être également assimilée à la butte Montmartre, partie émergée, qui fait bonne figure pour représenter le 18ème arrondissement de Paris. Il attend le Titanic, qui représenterait la société de consommation, qui peut être coulé par des icebergs à la dérive comme Hugo et ses semblables. Magnifique.

Marre de toucher avec les yeux, on veut r’garder avec nos mains

4. Tant qu’on est là : Le rappeur se décrit clairement ici comme un « ancien » du quartier. Il décrit tout ce qu’il se passe à Porte de la Chapelle, comme avec un regard extérieur qui ne peut s’empêcher de raconter ce qu’il a vécu, et vit encore ici. Cette utilisation alternée de la première et troisième personne montre cette volonté d’en sortir mais c’est plus fort que lui, il est lié à cet endroit. Cette vie morose, il est « là pour en parler », mais maintenant il est « attendu par le toubib ». Son âge le rattrape, il ne peut plus faire les mêmes conneries qu’avant, même si c’est dur d’en sortir.

 

5. La cage : Une personnification de la cage d’escalier. Encore une fois Hugo prend du recul, comme si l’histoire avec cette pièce était terminée, mais le rappeur rappelle qu’elle « nous tient ». Cette notion d’enfermement s’est toujours sentie chez le rappeur du TSR Crew, mais encore plus sur cet album. C’est vraiment bien foutu, différent des traditionnelles allégories de la rue. La cage d’escalier est quelque chose de bien plus précis et prenant.

 

6. En marge : Le titre est assez significatif, le TSR crew n’est pas dans la tendance. Sur les premières phrases Hugo change légèrement de flow et c’est très appréciable. Cela permet de ne pas avoir l’impression d’écouter le même morceau douze fois. Cette démonstration technique est vraiment appréciable. Le deuxième couplet a très certainement été un « one shot » à l’enregistrement et ça s’entend dans la voix du MC. Très bon morceau.

J’ai v’là les phases à débats, le rap de trav’ : j’suis pas très fan
Un stylo, un quet-bri, moi j’ai deux Bic, les deux crachent des flammes

7. Interlude : Petite pause musicale où l’on entend des bruits d’enfants, issus d’une cour d’école. C’est le moment que j’ai choisi pour vous parler de la cover de Tant qu’on est là. Sur ses deux premiers projets, Hugo était seul sur la pochette. Pour Fenêtre sur Rue, il avait laissé sa place à un jeune enfant innocent dans une cour d’école, comme un début de la relève. Ici, c’est Hugo qui porte un enfant sur ses épaules, qui graffe son blase. La passation de pouvoir avec la jeunesse est en marche, tant qu’Hugo est là, il pourra former les jeunes à poursuivre son oeuvre, pour l’amour du hip-hop. Cela se ressent également dans cette très douce interlude.

 

8. Les vieux de mon âge : Quel morceau ! Un véritable récital des personnes qui ont plus ou moins l’âge d’Hugo, mais totalement formatés par la société de consommation. Des « vieux » qui veulent apprendre la vie à Hugo qui veut rester jeune. Mention spéciale pour la punchline « Oui Tupac c’est mieux tu parles pas un mot d’anglais connard ». Hugo se remet en question sur quelques lignes, mais son insouciance prend toujours le dessus. C’est très addictif.

 

9. Autour de moi : Après les jeunes de son âge, Hugo tire sur la scène musicale actuelle. La prod est vraiment surprenante, elle rappelle les vieilles mélodies qui animaient Paris et la butte Montmartre dans les années 1930. Cela peut être interprété comme un signe de fidélité à l’ancienne école. Violent dans les lyrics et presque amusant avec l’instru, c’est plutôt réussi.

 

10. Là-haut : On connaît ce bijou depuis plus d’un an mais on ne s’en lasse pas. Des samples magnifiques, des lyrics très crues qui prennent directement à la gorge. Tout cela accompagné d’un clip très esthétique, ça donne l’un des meilleurs morceaux d’Hugo. Je n’ai pas encore eu l’occasion de le faire, mais j’ai hâte d’écouter ce son sur les hauteurs de la capitale.

 

 

11. Pauvre roi : Encore un exercice de style réussi. Hugo se met dans la peau de six personnes perverties par la quête de l’argent, et tous les vices qui en découlent. Etudiant camé, dealers de drogues, banquier, flic de la BAC, père de famille qui mène une double vie. Vraiment le travail d’écriture est excellent, avec une chute inattendue, un lien entre le premier et le sixième protagoniste. La prod qui accompagne le morceau est sombre à souhait, c’est très bien foutu.

 

12. Couleur miroir : Très belle outro, mélangeant tous les thèmes qu’Hugo maîtrise : égotrip, critique de la société, amour de ses semblables. La métaphore « Couleur miroir » est vraiment marquante : il est ce qu’il est et tant pis ce qu’ils pensent de lui. Digne d’une outro, avec une dernière dédicace pour ses frères pour clôturer ce beau disque.

 

Plusieurs choses ressortent de cet album. Tout d’abord sur la forme, Hugo n’a pas pris de risques énormes mais a encore livré de nouveaux concepts de morceaux, avec des thèmes qui n’avaient pas forcément été abordés. Bien sûr les prods restent similaires dans la structure mais certaines sortent vraiment du lot, comme Iceberg ou Là-haut. Des morceaux « phares » qui sont mis en avant par le côté plus traditionnel des autres. Hugo sait toujours rapper et ses punchlines sont toujours incisives, même s’il semble légèrement se calmer. L’album est plus posé que les autres, pas de morceaux « sales » comme Objectif lune ou Point de départ. Le rappeur prend de l’âge et ça se ressent un peu sur les sonorités.

 

L’idée principale qui se dégage de l’album d’Hugo est sa contradiction entre l’envie de rester dans son quotidien rap/18ème/jeune éternel, et d’en sortir. On sent qu’il a une lassitude, et qu’il compte bien préparer les jeunes qui vont le suivre, à subir ce quotidien. Une vie à la fois morose et chaleureuse avec ses proches. Comme je l’ai dit dans l’interlude, la transmission du savoir avec la jeunesse est essentielle pour lui, car il sent que la fin de son « heure de gloire » peut vite arriver. Mais bon, pour l’instant il est là et n’a pas dit adieu au rap, ni au 18ème arrondissement.

Note : 15/20

hugo@vrairapfrancais.fr

Review overview