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Chronique : Hornet La Frappe – Nous-mêmes

Analyse du dernier projet de Hornet La Frappe

Hornet La Frappe, celui qui pique et qui frappe. Voilà la volonté de ce jeune rappeur d’Épinay, qui après 5 ans de travail acharné a vu sa côte exploser en 2016 avec des freestyles pour Daymolition et OKLM notamment . Il avait avant ça posé sa voix sur la mixtape « OKLM Volume 1 » projet sur lequel on pouvait retrouver  Sianna, Ninho et un certain Damso rien que ça… Hornet la frappe est un kickeur, et cet amour de la performance se retrouve dans sa première mixtape intitulé  » Nous-mêmes ». Le titre du projet évoque une volonté d’afficher fièrement son clan. Cette notion d’appartenance est l’une des spécificités de ses lyrics incisives et remplie parfois d’amertume.

 

 1/ Dead ça : Un titre incisif qui introduit l’album avec des lyrics agressives. « Nos vies, sont réelles, c’est pas un clip à 2 Chainz » c’est avec ce genre de phases qu’Hornet ouvre le bal. Ça fonctionne, c’est une évidence !

 

2/ Igo : La structure du morceau est différente, un refrain chanté, l’autre rappé, le tout dans une atmosphère assez aérienne, cher à un groupe venu de l’Essonne. « Il faut un midi-minuit pour une paire de TN ». Les propos du rappeur sont crus mais en adéquation avec sa réalité.

 

3/ Sale idée : Dans ce titre plutôt accrocheur, Peufra rappe ses envies d’évasion il est « partout à l’aise car il vient vient d’une zone à risques ». Il veut partir mais avec un certain style d’où l’utilisation de l’autotune.

 

4/ T’as géchan : Un son chanté, plus doux dans sa forme pour traiter une thématique si importante pour nos rappeurs, la trahison !

 

5/ Je pense à toi : L’un des meilleurs titres du projet ! Hornet nous décrit les aléas de la vie de rue avec un cynisme déconcertant. « Le CDI de la street ? Un midi-minuit ! ». Je vous avais prévenu…

 

6/ Poukie : Après avoir évoqué la trahison classique, Hornet revient avec ce thème mais utilise un angle différent. La forme également change, sur ce track, le rappeur débite son flow avec assurance. On apprécie la performance.

 

7/ T’es un marrant (ft. Sofiane) : Lorsqu’on voit Sofiane en featuring on sait à quoi s’attendre, un banger où la performance sera à la hauteur. Il à cette faculté à pousser son homologue dans ses retranchements afin qu’il dépasse ses limites. Hornet n’échappe pas à cette constante. On bouge sa nuque, le titre fonctionne, merci Fianso !

 

8/ Maghrébin : Dans une ambiance plus planante, Peufra évoque ses origines ethniques avec fierté et désolation. « Génération d’immigrés, on passe plus le balais ». Le jeune homme estime qu’il a une revanche à prendre.

 

9/ Boca : Dans une ambiance reggaeton et festive l’artiste nous explique « qu’il vit pour ses gars ». Un son léger, des paroles dures. On s’ambiance malgré tout !

 

10/ Terrain Glissant (ft. Kalash Criminel) : La sauvagerie au micro ! Sur une prod adaptée au flow du rappeur de Sevran, Hornet et son acolyte glorifient la vie de rue et ses codes si singuliers. « Pour un 10 E, tu fais comme si tu venais choper toute la résine ». Sauvage !

« Avant j’parlais seul, maintenant écouter jusqu’à l’Essonne »

 

 

11/ Ça passe : Double X ont fait des émules, depuis le succès retentissant de « Tchoin » tous les rappeurs essayent de rapper sur ce type de prods si spécifiques avec des fortunes diverses. Bien tenté mais pas franchement réussi.

 

12/ 2 fois plus : On revient à un rap plus traditionnel sur une prod actuelle où le rappeur enchaîne les phases et fini même par se livrer si on tend suffisamment l’oreille. « Mon daron, c’est un carreleur ».

 

13/ Misère : L’un des tracks marquant du projet ! Le titre où Hornet se livre le plus sur ses aspirations et ses rêves. « J’braque la misère il m’faut de l’argent » dit-il on le comprend car on en est tous là ! C’est explicite, c’est touchant, c’est puissant.

« L’été à la tess’ t’as pas vu la mer
La hess te tient en laisse toute l’année »

 

14/ Mon ex : Titre plus léger, sonorité d’ambiance. Ce titre clairement adressé à la gente féminine est une bouffée d’oxygène dans ce trop plein de virilité. Malheureusement l’exécution laisse à désirer. J’encourage néanmoins la démarche de l’artiste.

 

15/ Gramme 2 peuf : Dans ce track Peufra frappe ! Il veut clairement afficher son nouveau statut dans le « Rap game ». Il n’est pas là pour faire de la figuration mais pour faire du sale et « bibi quelques gramme de peuf ».

 

Hornet La Frappe est le symbole avec certains de ses pairs issus de la même génération (SCH, Ninho, Damso) de la mutation qu’a connu le rap durant ces 20 dernières années. En effet, avant les rappeurs avaient des revendications politiques et étaient les portes-paroles d’une jeunesse paupérisée. Aujourd’hui les rappeurs ne sont plus dans la revendication, ni même dans les doléances vis-à-vis d’une structure étatique qui les méprisent. Ils désirent s’affranchir de leurs conditions sociales afin d’être des exemples de réussite pour leur environnement. Hornet La Frappe en est un symbole criant ! Il est également le reflet d’une époque où la dissonance cognitive est une norme. « Lorsqu’on fait quelque chose, il s’agit d’y rester et d’en sortir »; voilà ce que répétait Gilles Deleuze. Le jeune rappeur symbolise très bien cette phrase du génial philosophe. Il souhaite quitter la cité mais y rester. Vendre la peufra par nécessité et devenir un rappeur accompli et respecté. Cette première mixtape est une ébauche, elle est assez inégale mais Hornet a du talent c’est indéniable. Avec du travail il réussira sûrement dans un futur proche à piquer avec ses punchlines et à frapper le « game ». Piquer et Frapper telle est son ambition.

12/20

majoie75@hotmail.fr

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