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Chronique : Hooss – Temps plein

Vissé sur sont fauteuil en cuir, Hooss présente Temps Plein, son premier album.

Il n’y a pas qu’avec le ballon que la French Riviera fait son nid dans le championnat national. 2 ans plus tôt, avec French Riviera vol.1, Hooss venait jouer des épaules dans la cour des grands au beau milieu d’une cuvée 2015 exceptionnellement dense et qualitative. Le deuxième volume l’année suivante, plus affûté dans la mélodie et mieux cadré, mais paradoxalement moins attachant. Temps Plein se présente avec le piégeux costume du premier album. Ce qui sous-entend une maîtrise nécessaire, une ambition certaine et une plus-value concrète par rapport aux deux opus précédents qui ont -comme souvent chez les mixtapes- le charme de leurs imperfections.

 

1. Oh mon ami (intro) : Virée indolente entre les comètes, « Oh mon ami »  aurait très bien pu être placé en sortie de tracklist. Sorte de comptine cosmique en guise de chargement pour accéder au projet.

 

2. Benjamin Franklin : On ne ressort jamais indifférent d’un morceau produit par Katrina Squad. Lorsque le tag s’infiltre sur les premières notes, l’ambiance si caractéristique des beatmakers toulousains recouvre subitement tout ce qui se trouve autour de soi. En habile puncher, Hooss enfile les gants et empile les points. Couplets et refrains ajustés, juste ce qu’il faut d’énergie pour provoquer une décision unanime.

 

3. A 50 : Presque trop sage. Hooss est facile, comme un 6 expérimenté qui réciterait ses gammes dans le rond central, en parfaite connaissance de ce qu’il sait faire et ne pas faire. Mais si jeune, une telle prudence, c’est regrettable. Les jeux de couplets/refrains sont toujours bien ficelés, bien contés, bien amenés, mais le tout manque d’une certaine saveur.

 

4. Un dernier épisode : Très réussi. La forme recherchée est surprenante, mais finalement parfaitement adaptée et ajustée au fond du propos. Un appel désespéré à une demoiselle de se redonner une chance, mais qui semble ne pas trouver écho.

 

5. Trop Fier : Un morceau bien taillé. Encore une fois, le rappeur récite ses gammes. Les mêmes coups aux mêmes endroits. C’est bien raconté et cohérent avec la discographie du rappeur azuréen. Pris seul, le track est très honnête. Le hic, c’est que pour un auditeur relativement aguerri du bonhomme, il peut y avoir un sentiment de répétition par rapport à ce qu’il nous a déjà été donné à voir par le passé.

 

6. Say my name : Voir commentaire au-dessus. En mieux.

 

 

7. Capritour feat Rim-K : Le featuring avec le tonton du bled amène un peu de couleur dans un projet qui commençait à se reposer sur ses acquis. Pas de quoi sauter au plafond, mais le placement est idéal.

 

8. Ali & Ibrahim : Un grand et très solide OUI. Un des premiers -si ce n’est le premier- morceaux caractéristiques de cet album. De ceux que l’on ne pourrait pas inter-changer entre les projets précédents. Un story-telling qui n’a rien de révolutionnaire dans le texte, mais malicieusement sublimé par le choix de la prod, plutôt enjouée, et les jeux de voix déchirés. Le refrain se repose sur des mots simples et glaçants, à la résonance toute particulière compte tenu des événements récents.

 

9. Andiamo : Changement d’ambiance un peu brutal. Comparaison à prendre avec des pincettes, mais le morceau aurait pu être interprété par Jul que ça n’aurait surpris personne. Pour le coup c’est un avis personnel qui va suivre, mais l’exigence est un peu supérieure autour d’un rappeur comme Hooss en terme de contenu. Non pas que le registre fiévreux lui soit interdit, loin de là – « La Zone » était plutôt réussi en l’occurrence, épaulé de…Jul justement. Seulement, ici ce n’est pas assez fort pour se distinguer de ce qui peut déjà être fait aujourd’hui.

 

10. Tout va bien : Hooss braque le projecteur sur le bout de son nez. La posture est assumée, toutes les phases ou presque sont entamées à la première personne. Un track en mode FPS, dans un tout englué par une espèce de dépression optimiste. « J’suis complètement pété, j’me sens bien ». Il y a chez lui une véritable aisance sur ce registre. Hooss y dévoile finalement un personnage paradoxal, aussi désabusé que rassurant. Il y délaisse aussi les lines « faciles », et se montre plus dense et plus complet dans son propos.

« Deux mixtapes, j’crois que j’ai assez joué »

 

11. Elle le sait : « Sûr de moi je le suis, elle le sait je le sens ». On se détache difficilement des poncifs, mais pour un rappeur du Sud de l’hexagone cet album manquait presque un peu de rayons de soleil. Voilà qui change la donne. « Elle le sait » n’est un timide volet entrouvert, mais l’essentiel est là. Sans avoir un enthousiasme particulier dans la voix, le H se fait davantage plaisir dans la forme. En traînant les dernières syllabes ou encore en calant son flow sur cette prod aux accents reggaetons.

 

12. Mal de mer : Comme chez Jul ou Sch, on retrouve souvent une attache certaine à la variété française. Là où les morceaux« Normal » et « Allô maman » reprenaient carrément l’air ou les mots des chansons en question, « Mal de mer » est plus subtil. On est dans l’influence plus que dans la référence. Peut-être même est-elle inconsciente. Mais le mariage est harmonieux. Dur dans les couplets, doucereux sur les ponts et le refrain.

 

13. Gros mytho feat NAPS : On sent rapidement le surplus d’énergie à venir, même si Hooss entame avec retenue. Le reste, c’est tête baissée. L’auteur de « Pochon bleu » ne fait pas dans la dentelle. Visiblement les deux bonhommes avaient envie de se défouler contre les personnes qui ont tendance à raconter un peu trop de salades. C’est chose faite. Chacun rangera ça où il le voudra.

 

 

14. H comme Hooss : « H comme Hooss » confirme, après « Héritier » et « Pardonne moi » sur les  deux premiers volets de French Riviera que l’outro est un vrai point fort sur les projets d’Hooss.  Moins froid dans son phrasé, plus d’émotion dans la voix, gros final pour clôturer ce premier album. Très bon titre.

« Quand j’arrêterai je serais regretté comme Salif ou N.E.2.S ».

Il y a de très bonnes choses à mettre en avant sur Temps Plein. Malheureusement, ce sont les reproches qui viennent d’abord à l’esprit une fois l’album consommé en intégralité. Principal critique, c’est assez répétitif. Surtout pour l’auditeur qui a déjà écouté les projets précédents. C’est comme s’il était déjà possible d’extraire une recette Hooss. Il maîtrise sa recette, entre couplets spontanés et refrains chantonnés, mais il la maîtrise trop. Et pourtant, c’est sans doute mieux rôdé et plus carré que les mixtapes, le tout est très cohérent. L’univers du rappeur de Fréjus est bien ancré dans les têtes. L’introspection est en filigrane de l’album, Hooss se raconte beaucoup, et pour le coup c’est souvent pertinent. Très vite, les meilleurs morceaux se démarquent. Ali & Ibrahim évidemment, Benjamin Franklin, ou H comme Hooss notamment. Le reste ressort comme un timide habillage. Pris seul, Temps Plein est un disque relativement satisfaisant. Mis en perspective avec les projets précédents, il semble un peu pâlot. C’est toute la complexité d’une époque où la frontière entre les formats de projet est de moins perceptible. 

Note : 13/20

 

Album disponible ici

tomlansard21@hotmail.fr

Tom, jeune et bien élevé. Sudiste et sans accent, le journalisme comme choix de vie le zin. On aime une mesure bien tournée comme un juron bien senti. De l’autotune sur les tartines le matin, les premières romances avec la nocturne le vendredi soir, pas peur d’aller s’enfoncer dans les abysses des suggestions Youtube. Tout a plus ou moins commencé avec Rohff, mais comme souvent les histoires d’amour finissent mal, en général.

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