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Chronique : Hooss – French Riviera Vol.1

Le sudiste nous présente un premier projet très prometteur

Lunettes de soleil vissées sur le nez, dégradé sobre, t-shirt « pepe jeans », la petite sacoche qui va bien, le joint au bout des lèvres et la mise en scène qui alterne entre le hall de bâtiment et le décor carte postale de la côte d’azur. Si vous ne connaissiez pas encore Hooss, visionner le clip vidéo réalisé pour « Maman Dort » sera l’équivalent d’une formation en accélérée, et un moyen très efficace de rattraper votre retard. Du retard, lui n’en prend pas en tout cas, le demi million de vues c’est le tarif minimum pour un clip. « À ce qu’il parait on m’écoute jusqu’à Nice » se targuait celui qui a grandi dans un HLM de Saint-Raphaël (Var), dans « On fait les choses », posté le 23 mai 2014. Un peu plus d’an et demi plus tard, l’onde de choc s’est décuplée. Spontané, décomplexé, Hooss a la rime facile, l’énergie qui vous tire fermement par le maillot et toujours la petite formule gratinée pour écorcher l’oreille des enfants de chœur. Le 25 septembre dernier , le sudiste a balancé sa mixtape « French Riviera vol.1 » dans nos tronches, un projet sorti en indépendant malgré les propositions de signature en maison de disques, une initiative appuyée par ses managers (notamment la structure Only Pro) dixit le principal intéressé. Un peu avant cela, celui qui appelle ses partisans ses « rheyous » s’était vu partagé l’une de ses vidéos sur Instagram par Booba mais fut également invité par La Fouine à son Planète Rap. De là à titrer « HOOSS CE PHÉNOMÈNE DU SUD VALIDÉ PAR LA FOUINE ET B20 !!! » il n’y a qu’un pas.

Que nous ne franchirons pas, bien entendu.

 

1/ Money (Intro) : Si ce n’est qu’il est en effet la porte d’entrée du projet, ce morceau n’a pas grand chose d’une simple intro. L’effet uppercut dans le genre de « Kadirov » dans l’album Le bruit de mon âme de Kaaris, histoire de prendre l’auditeur à la gorge dès le départ, avec quelques mimiques de calibre et le champ lexical du crime pour faire encore plus vrai. Des thèmes entremêlées, un axe principal autour de la débrouillardise par tous les moyens, tant qu’il y a les pépettes au bout bien sûr. Une Prod de Gun Roulette, ambiance couloir de la mort, une petite virée autotunée sur le refrain. On est dedans.

 

2/ Tir En l’Air, Zin : 26 secondes de rimes en « al », montre en main, pour commencer. Par ailleurs l’emploi de  « zin » dans le vocabulaire d’un individu devrait engendrer une sanction immédiate, à définir, pour le fautif. Voilà pour les points négatifs, sinon c’est bigrement bien mené. L’empreinte sudiste est palpable, une formule qui permet de switcher entre les punchlines et les fragments de vécu, le tout avec une certaine légèreté.

 

3/ Aniki, Mon Frère feat SCH : La prod la plus DINGUE de cet album, de cette année, de cette vie. Comme si quelqu’un s’était demandé ce que donnerait l’accouplement d’une cornemuse et d’une instru rap plutôt nerveuse. Deux rappeurs du Sudeuh de la Frinceuh, des univers bien différents, des codes différents mais la même envie de croquer le futur sans demander la permission à qui que ce soit, et un dénominateur commun sur cette collaboration : Aniki, mon frère le film de Takeshi Kitano, un acteur et réalisateur japonais dont le travail a notamment été la source d’inspiration de « Scarface d’Afrique » d’Alpha 5.20 et sa mythique cover d’album. L’efficacité d’Hooss et la sorcellerie d’SCH, l’équilibre est subtil. C’était le son de la fin d’été, plus de 2 millions de vues pour le clip, c’est assurément l’un des sons du semestre également.

 

4/ J’en Perds Mes Mots : Des couplets puissants et un refrain fracassant ! Le meilleur solo de cette mixtape ? Peut-être bien. On parlait de l’efficacité d’Hooss précédemment, ici c’est flagrant. Les phases s’enchaînent, le Varois fait dans le brutal, et surtout fait parler la poudre ; sur une prod de CashMoneyAp. Alors que « Tir En l’Air, Zin » penchait parfois dans le style « son pour les potes », ce track rassemble ce qu’il peut pondre de mieux dans ce registre bourru.

 

5/ Pay Me : Le track un peu indigeste, qui tourne de manière assez fade. Pas complètement inintéressant, mais relativement plat.

 

6/ Maman Dort : Ah, voilà le son qu’on va pouvoir faire tourner sur les enceintes sans trop craindre de souiller les oreilles des parents et des enfants, voire décrocher une larme d’émotion chez ces derniers. Allez, Play : petite intro douce / quelques nuageuses accroches « maman dort, maman dort » / le beat atterrit / le couplet démarre, on se frotte les mains… « Mes deux pieds sur le terrain, mes deux mains dans ta chatte… » OH PUTAIN on remet les écouteurs ! Une ambiance aérienne tout de même, Hooss y confronte sa vie de tous les jours, cette instabilité, la paranoïa qui en découle avec cette envie de rassurer ses proches. C’est beau.

 

7/ Habibi : Ce besoin de choquer tout de suite, dès l’entrée du morceau, histoire que personne ne se fasse d’illusion sur l’éventualité d’un morceau poétique. Faut croire que l’on a trouvé le pêché mignon de l’artiste. Si le titre pouvait laisser craindre un nauséabond mélange raï/rap avec Reda Taliani au refrain il n’en est rien. Quoique Hooss se laisse lui-même aller à quelques envolées autotunée. Toujours cet enchevêtrement entre la fureur du fond et la légèreté de la forme.

 

8/ Interlude : Percutant et personnel. S’il a l’habitude de s’inspirer de sa propre vie dans ses morceaux, Hooss a aussi souvent tendance à s’éparpiller dans sa ligne directrice et ses sujets, pas cette fois. En à peine moins de deux minutes c’est une déferlante. Au menu de ce bref repas, les médisances à son encontre, juge d’instruction, Lucifer et même Rap Contenders, entre autres.

 

9/ French Riviera : Petite boucle de guitare, le beat rebondit, on distingue un genre de saxo virevoltant… Ben voilà ! On la tient notre virée en décapotable sur les routes de la côte d’azur, au bras d’une belle dulcinée, cheveux au vent. Cette parenthèse légère et endiablée est on ne peut plus exquise. Dans la vie, il faut savoir lever le pied de temps à autres.

 

10/ L’Époque Est Sale feat Kamikaz : Retour aux affaires, un refrain backs/échos qui fait la différence. Pas grand chose à redire quant au premier couplet assuré par Kamikaz, ni en-dessous ni complètement au-dessus. Très bon morceau, Hooss en patron.

 

11/ T’es un peu comme moi : Paradoxalement, le titre le plus introspectif est aussi l’un des moins bon techniquement. Du coup, on peut être réticent à ce track moins énergique et moins clinquant, ou au contraire sous le charme de cet exercice de style plus personnel, sans artifice, comme si le rappeur se mettait à nu.

 

12/ Devant le D 2.0 : On reprend les gants de boxes. Un son calibré, chargé à la testostérone, avec encore une fois cette formule gagnante : couplets qui martèlent le beat / refrain autotuné et chantonné. Si tu trouves que Kaaris et sa musique super-protéinée s’essoufflent, « Devant le 2.0 » est ta ventoline.

 

13/ Ramenez-les : Très bon. Après tous ces titres, on commence forcément à cerner le registre dans lequel Hooss évolue. Quand il rassemble tous les éléments savoureux qu’il maîtrise, c’est à dire de l’énergie, du coffre, de la formule décapante, des changements de rythme, et une belle démonstration d’égo alors on tient la recette parfaite. Je suis Rheyouuuu.

 

14/ Plein D’Ennuis feat Dibson, Jamax & A2L : Les copains d’abord. Ce genre de collaboration où l’on fait tourner la cuillère c’est souvent à double tranchant, cette fois-ci rien de particulier à redire. Le relais se transmet bien, du bon et du moins bon chez chacun et le solide refrain d’Hooss cimente le tout. En revanche, « si elle aurait pu » c’est toujours un tacle à l’oreille. Le Comte de Bouderbala n’a plus qu’à se servir.

 

15/ Héritier (Outro) : À la différence que n’est pas un titre fleuve, cette outro me rappelle beaucoup celle qui clôturait l’album « Je Suis Une Légende » de Mac Tyer. Un rythme légèrement ralenti par rapport au général, mais une prod épurée, le sentiment que le projet se boucle sur un râle de fauve.

 

16/ Fais Les Fils (Bonus Track) : Pas indispensable. Surtout pour ce qui est du flow employé, que ce soit pour le refrain saccadé ou la musicalité des couplets. Pour une fois même la prod n’est pas transcendante. On va faire comme si on avait rien vu.

La surprise du chef ce projet. Dur de se faire une place au soleil dans ce grand cru 2015, mais Hooss l’a fait. Une formule qui marche et qu’il n’hésite pas à réitérer tout au long de cette mixtape. Dans sa sélection et ses choix de prods, sa maîtrise moderne de l’autotune, et la construction de ses morceaux, il s’inscrit habilement dans le courant qui accompagne sa génération. De très belles perles, notamment avec l’appui des productions de l’équipe de beatmakers Katrina Squad, présents sur 6 titres dont l’irrésistible « Aniki, mon frère » en featuring avec le reptile SCH. Au final, une copie riche et remarquablement travaillée pour une mixtape (si tant est que l’on fasse encore une grande distinction entre les formats des projets en 2015). Une belle carte de visite également pour ce rappeur qui, à travers ce bel opus devrait diffuser sa fièvre méditerranéenne dans bien des oreilles. Si tout n’est pas parfait, l’atout de « French Riviera » c’est sa cohérence générale, certes parfois répétitive. La force de frappe de ses morceaux transmet une irrépressible envie de se les repasser en boucle. Bref, « UN RAPPEUR VALIDÉ PAR BOOBA, LA FOUINE ET VRF !!! »

NOTE : 14/20

tomlansard21@hotmail.fr

<p>Tom, jeune et bien élevé. Sudiste et sans accent, le journalisme comme choix de vie le zin. On aime une mesure bien tournée comme un juron bien senti. De l’autotune sur les tartines le matin, les premières romances avec la nocturne le vendredi soir, pas peur d’aller s’enfoncer dans les abysses des suggestions Youtube. Tout a plus ou moins commencé avec Rohff, mais comme souvent les histoires d’amour finissent mal, en général.</p>

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