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Chronique : Hayce Lemsi – Eurêka

Le retour de la kalash humaine

Hayce Lemsi fait partie de ces quelques rappeurs français connus de tout le monde mais écoutés par une minorité. Depuis son explosion en 2013 avec le titre « One-one » et sa mixtape Electron Libre, s’en suivra 4 autres projets, dont un en commun avec Volts Face, entrecoupés par une difficile rupture avec Universal Music qui amène le MC à redevenir indépendant. Entre temps, Hayce Lemsi a perdu en notoriété mais à réussi le difficile pari de fidéliser sa fanbase. Cette évolution est très bien illustrée par la baisse de ses ventes mais les avis très positifs de son public à l’écoute de ses projets. Il est incarcéré le 28 avril dernier, ce qui annule de facto la sortie d’un projet prévu pour la veille de l’été. Libéré en octobre, il annonce très rapidement la sortie d’une mixtape presque entièrement écrite en prison et enregistré en un mois seulement. Eurêka est présenté comme son projet le plus travaillé et le plus sincère ; ce qui contraste avec « L’or des rois » qu’il présente souvent comme un album ne lui ressemblant pas. Lemsi vit-il une renaissance, un nouveau départ ou un retour aux fondamentaux ? Celui que l’on surnomme la kalash humaine peut-il encore être considéré comme tel ?

 

1. 6452 : Le titre fait référence à son numéro d’écrou durant son récent passage en prison. Sur le plan musical c’est typiquement du Lemsi. Plus de 3 minutes de kickage, pas de refrain et bien évidemment des phases très rapides maitrisées du bout des doigts. La kalash humaine est de retour. Le morceau libère une énergie de dingue. On attaque la mixtape sur une bonne note.

 

2. Havana : L’instrumentale me rappelle celles souvent utilisés dans l’album L’or des rois. On a le droit à un titre un peu plus léger que le précédent. Le refrain nous fait danser sans pour autant que ce soit de la zumba. Un exercice difficile, d’autant plus qu’il n’est pas toujours évident pour un artiste de ne pas tomber dans la facilité.

 

3. Électron libérable : Morceau dévoilé le jour de sa sortie prison sous forme de freestyle. Je n’avais déjà pas apprécié ce morceau quand il était sorti et comptais sur sa version finale mixé pour me faire un avis final. Rien à y faire, je n’accroche toujours pas. L’instrumentale est assez médiocre et ne met pas en avant les couplets d’Hayce Lemsi. Typiquement le morceau qui illustre la phrase « rapper vite ne veut pas forcément dire rapper bien ».

 

 

4. Sniper : Bordel, qu’il est fort ! La kalash humaine me régale. Le refrain chanté est excellent, il gère si bien l’autotune qu’on fini par en oublier l’utilisation. On a aussi le droit à des couplets très bien posés. Hayce se livre et nous rappelle son difficile passé : « J’ai grandi dans un bain de violence, dans un cataclysme de ségrégation » et de ce qu’il a plus récemment vécu : « Aux chtars c’est l’Amazonie, c’est parce qu’on a faim ». Repeat !

 

5. Dimanche lokos : Titre qui évoque la FAQ qu’organise Hayce Lemsi sur Snapchat avec son public chaque dimanche. A la première écoute j’ai presque été nostalgique de ma période collégienne. On dirait réellement un morceau qui date de 2013, ce qui ne fait pas pour autant de ce dernier un mauvais son… Mais pas pour autant un titre que je retiendrais de cette mixtape. Ni mauvais, ni bon, c’est simplement fade.

 

6. Eurêka : Quelle claque ! Hayce Lemsi se livre pendant 3 minutes, sans refrain, sur son passé, ses travers, son parcours, ses doutes… C’est un des morceaux sur lequel il s’est le plus pris a tête à écrire et ça se ressent clairement. Sur la forme, comme sur le fond, ce morceau me fait beaucoup penser au magnifique « Dounia » de Rohff. Les thèmes abordés sont les mêmes. On sent que l’écriture des deux morceaux a été une manière de se remettre en question et de faire un bilan du chemin parcouru pour les deux artistes. Aussi, la fin des deux morceaux sont très similaires avec la répétition 5 fois de « Dounia » et « Eurêka ».

 

 

7. Savastano (feat. Volts Face) : Seul et unique featuring de la mixtape. Sans surprise c’est Volts Face, son frère, qui a le privilège d’être de la partie. Une nouvelle fois Hayce nous livre un refrain mélodieux et énergique, c’est efficace. A ma surprise le couplet de son frangin est raté. Volts nous avait habitué à mieux. Lemsi relève le niveau du morceau comme il peut. Quel dommage, il y avait un vrai potentiel.

 

8. Pull in up : Dans chaque projet d’Hayce Lemsi il y a toujours un morceau neutre, c’est à dire que je n’arrive pas à me faire d’avis dessus. Au même titre que « Dimanche Lokos », c’est pas bon, mais pas mauvais pour autant. Seul le temps me permettra de trancher sur cette interrogation et de me faire un vrai avis.

 

 

9. #Totopirate : Ce morceau illustre très bien la face musicale d’Hayce Lemsi que je n’apprécie pas du tout. Dans cette même catégorie je mettrais les morceaux « Millionnaire » et « Curriculum ». Je trouve l’instrumentale mauvaise, tout comme son flow. Pas la peine de s’attarder dessus.

 

10. Zombie squad : Quelle maîtrise de l’autotune, j’adore ! Encore un morceau avec une énergie de dingue. Seul bémol, le refrain qui est trop répétitif, tout ce que j’aime pas. Le reste du son rattrape ce faux pas. Hayce Lemsi en profite pour tourner en dérision les nombreux clashs qui subsistent dans le rap français : « Trop de rappeurs s’embrouillent pour une merguez, trop de rappeurs s’embrouillent pour une merdeuse ».

 

11. Dope Cow Boy : Hayce nous balade dans autre registre, plus calme et mélodieux. J’aime beaucoup ce genre de morceau : un refrain chanté, des couplets rappés. Cela illustre bien la technicité du Mc ainsi que sa faculté à exceller dans plusieurs domaines. 2 minutes 47, le morceau est presque trop court !

 

12. Loup solitaire : Au risque de me répéter, qu’il est fort ! Encore un excellent refrain ; j’en pense pas moins de ses deux couplets. Le titre est en phase avec le projet qui ne contient qu’un seul featuring : Hayce marche désormais seul et il tient à le rappeller. Enfin, il rassure à son public inquiet à la vue de ses récentes évolutions artistiques qu’il ne lâchera jamais le rap : « Lâcher l’rap pour la zumba t’as serré many ».

 

13. Poussière d’étoile : On fini la mixtape comme on l’a attaquée : un morceau one shot, sans refrain. Cela n’empêche pas Hayce de changer de flow durant le morceau, ce qui lui donne tout son charme. J’aurait pas put mieux boucler cette écoute. On appréciera le clin d’œil au morceau éponyme du projet avec les 4 répétition de « poussières d’étoiles » à la fin du son.

 

Comme Hayce Lemsi l’a recommandé à son public, j’ai écouté la mixtape d’une traite. 42 minutes d’écoutes sans interruption, ça peut paraître long. Ce fut pourtant un vrai régal. On retrouve le Hayce Lemsi énervé, prêt à se battre pour conserver sa place dans le paysage du rap francophone. On ressent aussi un sentiment de dégoût et de déception envers le rap, comme si il se sentait trahi par le milieu. Comme à son habitude, on retrouve aussi un rappeur plus calme, qui sait faire ressortir sa face romantique sans tomber dans le cheap. Pareil au niveau musical, Lemsi nous fait danser sans nous servir de la zumba. Il arrive même à jongler entre rap et chant au sein même d’un morceau, moyen d’élargir son public ? On notera tout de même quelques erreurs ; quelques titres qui semblent bâclés, écrits à l’arrache. Autre surprise, la courte durée des morceaux. L’artiste a sûrement décidé de s’adapter au format streaming afin de maximiser ses écoutes. Hayce Lemsi fera je pense un score de vente de première semaine moyen mais continuera de consolider son public, ce qui lui assure une carrière musicale toujours plus longue. Après tout, la musique avant les ventes, telle est sa vision de la musique…

 

Note : 14/20

baptisted.pro@gmail.com

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