« Plus d’une corde à son arc »

Comme beaucoup vous avez sûrement découvert Hatik avec sa série de freestyle Chaise pliante (cette fameuse chaise de pêche ou camping qu’on aura sûrement plus vu sur les dalles de bétons des nos quartiers plutôt qu’au bord des rivières) , qui a fait de lui un des jeunes rappeurs les plus en vue de 2019. Avec cette voix un brin criarde et légèrement éraillée, il va, dans cette mixtape du nom de cette série de freestyle qui l’a fait connaître au plus grand nombre, démontrer qu’il a plus d’une corde à son arc. Entre kickage, rappotage, et chant, Hatik dévoile tout au long de ces 17 titres ses
capacités.

Tracklist

1. Welcome

Bienvenue dans l’univers d’Hatik, il lui fallait au moins le titre le plus long du projet
pour qu’il puisse nous faire pénétrer dans son univers. Donc vous l’aurez compris le cadre et l’ambiance de cette tape ça sera la Cité, le Quartier, ce qu’il annonce des les premières lyrics du morceau avec un « Ouais, ouais, la Cité » suivi de « Au quartier c’est pas le centre de loisirs, manger ou être manger à toi de choisir ». Nous voici avertis, les protagonistes des récits d’Hatik seront la Cité, le Quartier, les relations entre les gens qui y vivent, le rapport au iaps, les femmes.
Sans oublier que cette carte de bienvenue est mise en musique par Medeline et Ogee Handz. Non comptant de nous accueillir dans son univers, il n’hésite pas dans le clip à aller installer sa chaise pliante dans les quartiers de Mac Tyer, RK, Elams, Zikxo, Rémy, Doums et son comparse Bosh présent sur un titre de la tape.

2. Camaro Sport

Sur ce morceau Hatik dévoile un de ses skills le kickage, talent qu’il exploite très bien pour le mettre au service de son propos qui s’avère être dur et sans concessions. Mis en musique par Ogee Handz et Medeline, ce morceau pourrait être assimilé à la cosmogonie moderne du rainté (tous les éléments de langages y sont) mais pas totalement il se sert de certains codes pour les prendre à contre-pied « Même si j’fais du iaps, tu m’verras pas débouler au tieks en Camaro sport ».

3. M’attends pas

On arrive sur un titre plus doux, orchestré par Ogee Handz et Medeline, avec sa mélodie à la guitare aux accents hispaniques qui permet de mettre en exergue une teinte plus mélancolique. Ce qui fait une fois de plus partie intégrante de la cosmogonie du Quartier. Ici il s’adresse à cette femme qui ne devrait pas l’attendre car il lui faut travailler jusqu’à tard pour faire du iaps. On notera les « lala, lala, lalalalala » de la 2ème moitié du refrain qui donne une impression de remplissage ce qui est dommage.

4. C’est la base/Y’a les condés

Titre en 2 parties coordonné musicalement par Illnght, Ogee Handz et Medeline. Avec une première partie pas agressive mais pas douce non plus musicalement sur laquelle il nous délivre un petit égo-trip (c’est la base dans le rap !) où il nous dit « Deux-trois clips de baisés, j’rentre dans l’cinéma français normal » (on le retrouvera en 2020 dans la série Validé réalisé par Franc Gastambide pour Canal+). Sur la 2ème l’atmosphère ce fait plus volcanique tant en terme de prod, que de flow. On n’est plus dans l’égo-trip mais dans un certain récit où il relate ses codes du binks où bien évidemment les condés y tiennent un rôle loin d’être passif.

5. TVRF

Ce morceau est une dédicace à ceux qui parle beaucoup mais n’agissent pas derrière. Le tout mis en image dans un clip où lui et les fameuses chaises pliantes sont mis en scène par Alain Guillerme et Lucas Sensi, avec comme chefs d’orchestre Ysos et Medeline.

6. Tout droit

Sur une prod plus « enfantine » de Medeline avec un refrain chanté, Hatik prône son envie d’aller de l’avant tout en laissant derrière lui les travers de la rue tout en assumant qu’il en est issu « j’veux plus voir la juge, mais j’en reste pas moins un produit de la ue-r ».

7. Iaps

Un titre surprenant par le parti pris de la prod aux couleur « ensoleillées »de Traxx Hitmaker et Medeline, pour aborder le thème plutôt dérangeant (on est France et on sait très bien que les sujets qui touche au khaliss sont touchis) finalement qu’est l’oseille. Mais Hatik est de cette génération où l’on à pas peur de dire « Mon ambition est clair, gagner cent fois plus que le commissaire ».

8. Mula

Un titre qui pourrait être un peu redondant avec le précédent car c’est l’argent qui est au coeur du morceau mais la mise en scène est différente dans le fait qu’il s’adresse ici à une tiers personne en l’occurrence une fille. Il reprend également le fait qu’il veuille faire toute cette mula légalement comme dans Tout droit « J’fais mon iaps en légal, non, j’le fais plus dans l’binks ».

9. Abîmé

Sur la prod d’Illnght, Ogee Handz et Medeline, il revient sur un de ses thèmes de prédilection le quartier mais sous in jour peut-être plus introspectif. Le quartier avec ses aspects positifs « J’aide la voisine à porter ses courses » et négatifs « mais j’fous l’bordel en bas de sa tour ». On note aussi le traitement de voix sur le refrain pour lui donner une certaine profondeur. On notera sur ce morceau l’utilisation de différentes techniques d’écriture ,« Poumons et cerveaux encrassés, oseille encaissée, pêchés entassés, nos démons enlacés, sang sur les lacets », ici cette répétition de noms suivis directement des participes passé, projette directement des images dans le tête de l’auditeur ce qui donne encore plus de force au morceau.

10. Une histoire

« C’est une histoire que les moins d’vingt ans connaissent par coeur », il nous conte son story telling d’un jeune mec de cité sur une prod de Medeline.

11. C’est la cité

Une titre à la prod plus « dansante » de Ogee Handz et Medeline, il raconte encore « la cité de merde » à travers des éléments de langages qui sont couramment utilisé dans le rap qu’on qualifierait du rainté, tels que les marques de luxe « survêt Givenchi », les références au foot « sourcils froncés comme Ancelotti », ou encore les mangas (Naruto) « bim-bam comme à Konoha ».

12. Ouais mon reuf

Seul feat de la tape avec son compère du 78 Bosh, tous deux accompagnés par une prod énergique et un soupçon inquiétante de Thesourceloops et les désormais habituels Ogee Handz et Medeline. On entre sur un 1er couplet de Bosh avec un flow haut débit et martial. On avait déjà déceler les capacités de kickeur d’Hatik donc on le retrouve sur le 2ème couplet à son aise dans cet exercice. Vous aurez remarqué que ce morceau apparaît aussi sur le Projet Berlin bossé avec Daymolition.

13. La lune

Ici, on se trouve face à un morceau qui a encore pour thème la cité mais avec un angle légèrement différent. Sur la prod de Medeline, Hatik, y aborde plus la difficulté d’y vivre voir parfois les injustices qui s’y passent « c’est rarement nous, c’est toujours eux, c’est moi qu’on a condamné mais c’était moi qui avait les bleus ». Mais aussi les envies et les rêves qui y fleurissent « J’rêve pas de Miami, j’veux monter des entreprises ». Il joue aussi sur la forme en misant sur les textures de son rap, il rappote le 1er couplet pour finir par kicker plus le 2ème ce qui a sans doute pour but de créer une monté émotionnelle chez l’auditeur pour finir sur refrain avec un effet sur sa voix.

14. Angela

Silhouette féminine qui pour certain représente un fantasme (souvenez de la légendaire Angela du Saian Supa Crew). La Angela d’Hatik c’est plutôt une femme qui pourrait lui faire oublier le binks « Bébé, là, j’ai envie d’faire ble dingue, fais moi oublier le binks », il ne manque pas non plus de reprendre le fameux flow du Saian sur le refrain. Et pour les amateurs d’électro vous ne manquerez pas de remarquer sur la prod de Medeline un petit accent de Territory de The Blaze sur la mélo qui arrive après le refrain.

15. L’amour du vide

Morceau plus mélancolique avec une nappe de piano sur la prod d’Ogee Handz et Medeline, ici c’est le vide qui « attire » une certaine jeunesse « Hier soir une mère a pleuré son fils, un corps de plus au sol ». L’amour du risque finit par conduire à l’amour du vide.

16. Machine à sous

Il aborde l’argent de manière mélancolique avec un morceau plus porté sur le chant. L’argent est cette entité qui corrompt et qui appelle à en avoir toujours plus. Même chez Hatik le constat est sans appel l’argent appelle l’argent.

17. Belle en noir

Décrit sur une prod de Traxx Hitmaker, Heromane, Illnght, Ogee Handz et Medeline, une figure féminine pleine de tristesse, peut-être est-ce cette tristesse qui la rend si belle en noir. Une fois de plus il joue sur la texture de sa voix en y rajoutant un effet pour donner cet effet de tristesse magnifique.

Hatik a définitivement posé sa chaise pliante dans le rap game. Avec cette première tape, il pose les bases d’un univers solide où ses capacités techniques sont biens exploitées et mises au profit de l’interprétation de ses morceaux. Même si les thèmes, le iaps, les femmes, le rainté, la rue et ses atermoiements bons ou mauvais, font parti de la mythologie habituelle de la cité, il sait les raconté avec sa vision. Le tout charpenté par Medeline (duo de beatmakers) qui est présent sur tous les titres ainsi qu ‘Ogee Handz également présent sur la majorité des titres. Le quatuor bien évidemment aidé d’autres protagonistes, est arrivé à construire un projet solide et cohérent. Il sait naviguer entre mélancolie comme sur les morceaux L’amour du vide ou Machine à sous et les morceaux beaucoup plus énergiques comme Welcome ou Ouais mon reuf. Cependant il est vrai que le morceau Mula est une synthèse de Iaps et Tout Droit, ce qui donne une impression de redondance c’est un peu le ventre mou du projet, ce qui aurait sûrement pu réduire la tape à 15 titres. Mais cette tape c’était clairement l’endroit où faire des tests. Certains tests s’avèrent concluant comme son utilisation des différentes textures que sa voix lui permet, ou encore les techniques d’écriture qu’il emploie et l’interprétation des morceaux sont les forces de Chaise Pliante. Le tout saupoudré par quelques punchlines bien senties comme « J’représente la rue comme un séropo représente le sida ». Après ça que peut-on ajouter de plus !?

15/20