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CHRONIQUE : GEORGIO – BLEU NOIR

Après un financement innovant, Georgio présente son premier album

Il est jeune, il vient de Paris XV3 et tout le monde en parle ou en a déjà parlé. Georgio, à 22 ans fait partie de cette nouvelle génération de rappeurs parisiens ; il a su s’en démarquer et ce n’est pas sans raison. Encore tout jeune à l’heure où son nom ne figure même pas dans le titre de la vidéo, il apparaît dans un freestyle Daymolition avec Mokless, Gaïden, Pand’or, HIFI mais aussi aux côtés des membres du TSR Crew ; Hugo, Omry et Vin7 qui représentent aux yeux de Georgio une véritable référence : « les petits parlent de flingues/ 16 ans j’écoute flaque de samples/ je rêve d’une PW80 », freestyle dans lequel il fait déjà forte impression. Je le découvre vraiment pour la première fois avec son morceau « homme de l’ombre » , 4 minutes pour se mettre d’accord sur son écriture, ses rimes et son talent indéniable. Ancien membre de la 75ème session (véritable plate-forme du rap underground parisien) on le retrouve dans la série de freestyle « John Doe » où là aussi il cartonne. Suite à ça il multiplie les apparitions remarquées et répond très activement aux attentes de son public en étant très productif. En effet il a déjà 5 projets à son actif, sans parler de sa présence dans les freestyles, les featurings, les concerts ou encore les interviews, avant de se lancer dans son premier album. Un album qui naît d’une belle démarche, celle du financement par son public et lui seul par le biais du site KissKissBankBank ( Pourquoi Georgio à eu une excellente idée ) , et atteint très largement son objectif. Sur les réseaux sociaux on observe un immense enthousiasme de la part de son public autour de cette démarche et autour du projet en lui même, à l’heure où acheter un CD en physique est presque une position à part entière concernant l’industrie de la musique. Pendant la réalisation de l’album Georgio lance un concept très plaisant consistant à faire partager avec son public quelques uns de ses moments de vie, des séances d’enregistrement, des concerts à travers un journal de bord sous forme de vidéos « d’épisodes » qui nous font s’introduire dans le quotidien de l’artiste. Après avoir balancé quelques sons et mêmes deux clips, c’est le 16 octobre que Georgio nous livre (pour certains participants au KissKissBankBank directement dans la boite aux lettres) BLEU NOIR et je l’ai écouté..

Disque1

1/ Jeudi gris : Sur le premier titre on retrouve le flow et les interrogations habituelles de Georgio, je suis contente de le retrouver de cette façon là parce que les extraits parus avant la sortie de l’album ne m’avait pas forcément convaincue à part les anges déchus les gens déçus mais je vais y revenir un peu plus bas. Georgio revient comme on le connaît mais avec un texte un peu plus mature, le rappeur prend un peu plus de recul « vivre dans l’apparence c’était beaucoup de galères » « faut toujours faire semblant que mes nuits ne sont pas si cruelles, accepter que le monde tourne ailleurs qu’autour de moi » sur une prod assez mélancolique mais surtout beaucoup plus élaborée que celles qu’on pouvait retrouver sur ses anciens projets. C’est un bon titre pour se plonger dans l’album et appréhender le reste.

 

2/ Bercé par le vent : Ce qui me marque à l’écoute de ce morceau c’est l’instru assez claire sur laquelle le rappeur donne l’impression de se balader, on retrouve là aussi le jeune homme qui prend du recul sur son quotidien, sur la vie en général ; il se place en observateur et cherche la sagesse et rap l’espoir à travers ce titre assez lumineux « pourquoi pas apaiser les esprits le temps d’un album pour mettre en forme tous les gens qui touchent le fond ». J’ai moins compris le refrain qui, à mon sens n’apporte pas grand chose au morceau et qui rompt un peu avec cette impression d’apaisement qui émane du titre « cernes sous les yeux/ dessine mes traits de caractère dans des flaques de sang/ ma vie j’y met le feu ». Cependant dans le deuxième couplet il annonce presque le programme, la démarche de l’album tout entier « l’album aurait pu s’appeler Je » en effet on comprend qu’à travers le projet Georgio se livre à une écriture très personnelle et introspective comme à son habitude mais de manière plus aboutie.

 

3/ Les anges déchus, les gens déçus : L’un de mes sons préférés de l’album, je retrouve le flow plus tranchant que j’aime chez Georgio et qui me manquait un peu dans les deux autres morceaux. Il livre des souvenirs et dépeint un quotidien sur une prod de Diabi, ma préférée de l’album. Il parle de la rue comme quelque chose qui fait entièrement partie de ce qu’il est et dont il ne cherche pas forcément à se détacher. Il pose une image qui colle parfaitement, selon moi, au morceau à travers un clip très cinématographique que j’ai adoré (et c’est 420 Workshop à la réal). J’ai beaucoup aimé la générosité et la sincérité de ce titre pour « les siens ». Un petit plus aussi pour les références à IAM (et Guizmo ? ) « demain c’est loin demain c’est mort demain c’est affreux ».

 

4/ Dépression : Le titre n’aurait pas pu être plus approprié. Dans ce morceau le jeune rappeur parle de sa souffrance et de la solitude dans laquelle il se trouve comme dans un cycle interminable. Georgio comme à son habitude se livre, mais de manière encore plus intime avec un texte très touchant, qu’on sent venir directement du cœur. L’instrumentale est très travaillée, ce qui témoigne un travail précis et très appliqué qu’on sent dans l’ensemble du projet. Cette élaboration assez complexe de l’instrumentale est peut-être ce qui moi me bloque un peu dans le ressenti du texte et de l’émotion que je fini par atteindre en lisant les lyrics et en me concentrant vraiment sur les paroles.

 

5/ Rêveur (pour Anatole) : Un morceau naît d’une anecdote concernant son petit frère, c’est ce que Georgio confie à l’équipe de Grünt lors d’une longue discussion pertinente et authentique. Un très beau morceau, il parle avec son cœur, et s’adresse directement à Anatole en prenant sa position de grand frère. Il aborde des souvenirs personnels et parfois douloureux comme le divorce de ses parents « fruit du même amour qui comme beaucoup a fini en divorce ». Je retrouve particulièrement cette authenticité dans les couplets rappés, le refrain ne me parle pas forcément mais il trouve parfaitement sa place dans le morceau sur cette prod claire et lumineuse. S’en dégage du morceau un sentiment fraternel très touchant et pleins d’espoir. A la fin du morceau, l’artiste remercie son public sans qui la réalisation de l’album n’aurait pas été possible et se confie là aussi à propos de la vie qu’il mène en dehors du rap, avec les soucis quotidiens qui vont avec.

 

6/ Héros : Un morceau propice à la scène, qu’il partage avec ses amis « ses frangins ». J’ai beaucoup aimé le clip. Pour ce qui est du son, Georgio affirme sa volonté de ne pas tomber dans un rap consensuel et il chante dans ses putains de refrain juste parce qu’il en a envie. À la sortie du titre, le public a été plutôt mitigé sur sa direction artistique, mais son choix de chanter sur un morceau, qui au-delà de ça reste un vrai morceau rap avec des couplets vraiment kickés, a été plutôt bien accepté. En ce qui me concerne, je trouve qu’une évolution dans ce sens n’était pas forcément nécessaire mais pourquoi pas vu que c’est bien fait.


 

7/ Appel à la révolte feat Iron Sy : J’avais entendu ce titre lors du concert de Georgio en décembre 2014 à la BAM (à Metz), il y a une vraie force et une vraie dynamique dans le morceau sûrement dues à la prod que je trouve un peu rock’n’roll mais en phase avec le discours tenu. Un morceau assez efficace et qui, selon moi, fait partie des morceaux forts de l’album.

 

8/ Malik : Je ne suis pas fan de ce genre de morceau à thème, et là je l’ai trouvé un peu trop anecdotique à mon goût, peut-être tellement personnel qu’il ne m’a pas touché. Mais on retrouve ici la ligne directrice de l’album et le titre est cohérent avec l’ensemble du projet. Je suis très surprise du mélange entre la prod assez pop et le flow assez brut de Georgio, ça fonctionne assez bien et on obtient un résultat assez frais.

 

9/ Bleu Noir : C’est l’un de mes morceaux préférés de l’album, j’adore le texte surtout parce que l’écriture est plus imagée que d’habitude. Il est question d’une tache d’encre sur une feuille blanche, d’un couché de soleil, il dépeint certains souvenirs que je trouve très parlant et vraiment révélateurs d’un vécu. J’aime beaucoup l’importance qu’il donne aux relations qu’il a avec les autres qu’elles soient amicales, familiales ou amoureuses « les liens que je crée sont plus forts que ceux qui se brisent, je l’ai appris avec l’âge ». C’est un morceau assez introspectif dans lequel il reconnaît ses erreurs, ses névroses, dans lequel il dit assumer sa perversion, une sincérité plus que présente mais que je trouve plus subtile que sur les autres titres de l’album.

 

10/ 6 Avril 1993 feat Sanka : À ma première écoute c’est le morceau qui m’a le plus plu, sûrement parce que je retrouve Georgio avec un flow et une prononciation plus agressifs et que c’est ce que j’aime entendre de sa part. L’intervention de Sanka que j’attendais tout au long de l’album, est vraiment pertinente pour le coup et ajoute vraiment quelque chose au morceau avec ce timbre de voix un peu reggae, l’instru se prête parfaitement à ce ton et l’ensemble est très bon et très efficace.

 

11/ Faut tenir : Je trouve que c’est le morceau le plus sombre de l’album, il exprime une fois de plus la solitude mais cette fois-ci il en parle comme un état qui lui est nécessaire et qu’il choisit malgré le fait que son entourage ne le comprenne pas. L’image du ventre vide me parle vraiment, et me fait penser à une certaine anxiété, un mal vraiment profond et autre qu’une émotion qui viendrait du cœur. On peut dire qu’il parle avec son cœur mais surtout avec ses tripes dans ce track. J’aime aussi le fait qu’il s’aventure dans un flow et des placements qui changent de ceux dont il a l’habitude.

 

12/ Rose Noire feat Elisa Jo : Un très beau morceau, le refrain par Elisa Jo est assez surprenant mais c’est cohérent. Je remarque dans ce titre, une écriture très pointilleuse et appliquée, le morceau a une portée assez universelle « on est tous passé par là, les mains vides le cœur lourd ». Un morceau qui reste assez clair et qui n’est pas dans la lamentation et la tristesse mais qui parle plutôt d’une mélancolie assez légère.

 

13/ La celle Saint Cloud : Il s’adresse directement à sa grand mère et fait part de nombreux souvenirs familiaux. Il se confie une fois de plus, il s’ouvre de manière très intime dans ce texte, il revient sur ses erreurs de jeunesse et fait part de quelques regrets mais aussi de beaucoup de qualités qu’il trouve a sa grand mère comme sa sensibilité, sa sincérité (peut-être que c’est dans les gènes ?) et sa sagesse.

 

14/ Des mots durs sur des bouts de papiers : L’autre titre c’est « Lettre à Salomé », et en effet il s’adresse directement à sa chérie et c’est très touchant. Il parle de sa relation avec elle qui dure depuis de nombreuses années, comme d’une façon pour lui d’atteindre un apaisement inespéré. Il parle aussi d’un certain malaise auquel il n’arrive pas a trouver de vraie raison mais qui est très pesant pour le jeune homme habité par de nombreuses peurs. Il explique croire en de nombreuses choses et pourtant ce penchant vers la tristesse le conduit vers un mal-être intrinsèque. Je ne suis pas convaincue par l’instru qui est un peu trop imposante à mon goût mais j’adore le format de la lettre et l’enregistrement « sali » au moment de la production qui rend le morceau plus brut et beaucoup plus accessible. Ici on retrouve le rap dans sa fonction d’exutoire pour le jeune homme. Il a l’air d’appeler à l’aide la personne qu’il considère comme sa moitié.

« Ma déprime c’est plus que ma musique c’est pas du cinéma »

 

Disque 2

 

1/ Belmond sur Lausanne : Je retrouve là l’écriture, les placements et le flow fidèles au Georgio que je préfère. Il évoque son écriture torturée, des souvenirs joyeux, l’angoisse du temps qui passe et ses nuits d’insomnies sur une prod assez entraînante. Rien de nouveau concernant les thèmes mais c’est encore une fois bien exécuté.

 

2/ Indomptable : Sorti en février, le morceau avait beaucoup plu, accompagné d’un clip des plus sobres et des plus efficaces. Georgio rap sa colère, et fait quelques références qui ne peuvent que plaire « le soir tu pleures plus lunatique qu’Ali et Booba en même temps ». Il parle aussi de sa démarche concernant le financement de l’album, et annonce déjà la couleur « Bleu Noir je le ferai avec le coeur »

 

3/ Voyage : Je trouve qu’il se rapproche du morceau « Bleu Noir » dans le côté imagé de l’écriture, c’est un bon morceau, dans la suite logique du projet même si de manière thématique il s’en détache légèrement et ça n’est pas plus mal.

Un premier album plus que réussi pour Georgio, qui, à en croire les retours correspond parfaitement aux attentes de son public. Dans ce projet l’artiste fait tomber les barrières de l’intime pour se livrer sincèrement en musique, où l’on sent bien que le moindre mot, la moindre instrumentale ont été calculés pour un résultat plus que carré. En ce qui me concerne, même si tous les choix artistiques ne m’ont pas convaincus, il y en a et le rappeur s’affirme au fur et à mesure des titres. J’ai sans doute été gênée par la plupart des prods que j’ai trouvé trop sophistiquées à mon goût, et trop « propres » dans la plupart des cas, ce qui m’éloignait un peu de l’émotion du texte en lui même. Cependant on ne peut nier le travail effectué par le jeune homme qui n’a sûrement pas fini d’évoluer et de nous raconter avec sa plume sensible, tous ses états d’âme.

NOTE : 15/20

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