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Chronique : Sofiane – Affranchis

Le rappeur du Blanc-Mesnil, Fianso, présente son album "Affranchis"

Moins d’un an après la sortie de « Bandit Saleté », le temps est passé, les choses ont changé. Un nouveau statut à assumer avec ses derniers succès commerciaux, la création du Cercle désormais devenu culte, des mises en avant médiatiques pas forcément à son avantage, et la création de sa structure affiliée à Universal. Tout cela a fait du résident du 93 l’une des principales têtes d’affiche du paysage rap français de ces dernières années. Une aubaine pour lui qui avait toutes les cartes en mains pour faire la différence, il ne manquait plus que l’étincelle pour créer l’incendie. C’est enfin chose faite, et surtout n’appelez pas les pompiers. Janvier 2018, Sofiane Zermani envahit enfin tous les TOP Albums possibles et imaginables. L’heure est à « Affranchis », référence au film culte de Martin Scorcese et au nom de son propre label « Affranchis Music ». L’époque des Blacklist est bien loin, et si les succès d’estime étaient au rendez-vous il y a quelques années de cela, le public est devenu aujourd’hui bien plus nombreux qu’à l’époque. De quoi engendrer une bonne pression pour un artiste qui n’attendait que son heure pour pouvoir montrer ses valeurs, sa mentalité et sa musicalité à un audit plus large. J’ai hâte d’écouter cet album, alors allons-y.

 

1. Cramés : On commence fort, un texte carré, une instrumentale signée Proof, l’homme à tout faire de la maison Dinrecords, l’expérience parle des deux côtés, que ce soit au niveau de la production ou de l’interprétation. On se calme, ce n’est que le début de l’album, ça donne envie d’écouter la suite. À noter le fameux « Gucci Gang, Gucci Gang, Gucci Gang… » de Lil Pump remanié à la sauce Blanc-Mesniloise. Vrai morceau, on valide.

 

2. #JeSuisPasséChezSo11 : C’est la série qui a fait exploser Sofiane au grand jour, les #JeSuisPasséChezSo sont devenus incontournables. Pour ce 11ème volet, la prod’ très efficace, texte sauvage. Les épisodes tirés de cette série sont globalement assez similaires au niveau de l’ambiance : brute. Tout ce qu’on aime.

 

3. Sous contrôle : « Tout est carré comme en Corée du Nord » comme dirait son acolyte Heuss l’Enfoiré ! Un troisième extrait maitrisé de bout en bout, un pont terrible avant le refrain : « 90 minutes sur le banc, 300 000 albums dans les arrêts de jeu » et YasserBeats à la compo, c’est du sérieux. C’est le terrain musical qu’affectionne le plus notre ami du 93. Les trois premiers morceaux sont au niveau de mes attentes, on démarre plutôt bien ! On n’en doute pas la ville est sous contrôle.

 

4. Longue vie feat Ninho, Hornet la frappe : Décrire ce morceau en 6 lettres ? B.A.N.G.E.R. Punchlines à foison, rythme effréné, Ninho qui nous propose un couplet que l’on pourrait noter à 5 étoiles (tellement haut qui malheureusement éclipse clairement les autres couplets, et ce, malgré leurs qualités). Longue vie à Fianso, longue vie à Ninho, longue vie à Hornet la frappe. On avait connaissance d’une proximité certaine entre ces trois artistes, il ne manquait plus que la preuve musicale pour confirmer tout cela, voilà une bonne chose de faite.

 

5. Arafricain feat Maître Gims : Fianso nous avait prévenu lors de sa collaboration avec Black M sur « Mort dans le stream », « Le seul bougnoule de la Sexion » récidive en collaborant avec l’une des identités phares du rap français de ces 10 dernières années, Maître Gims. Un titre d’ambiance qui prône l’unité. Pas d’arabes, pas d’africains, seulement des arafricains. Facilement diffusable en radio, la patte de Meugiwarano se ressent plutôt bien. De quoi nous faire patienter avant le featuring des deux artistes sur le prochain album du parisien intitulé « Ceinture noire ». Ce n’est pas le type de morceau que j’écouterais forcément en boucle, mais le message fédérateur est bon, et la globalité de l’extrait est loin d’être désagréable.

 

6. 200 : J’aime moins. Je trouve que le refrain prend trop de place sur ce morceau et donc, laisse très peu de place aux couplets, qui eux mêmes ne sont pas de grande qualité. Premier faux pas malgré la bonne production signée Seezy, qui se place dans tous les bons coups dernièrement.

 

7. Mistigris feat Kaaris : « Crains le prêtre, crains le mistigriiiiiiiiis ! », le morceau est juste bouillant, un refrain bourré d’énergie, une belle complémentarité entre les deux Séquano-Dionysiens. Kaaris énervé à faire rougir ses détracteurs qui l’aurait accusé d’être moins violent dans ces derniers morceaux, un Fianso en transe qui élève le niveau d’un cran. Dans l’ambiance c’est totalement maitrisé une nouvelle fois. RAS comme dirait ce fameux cagoulé du 93.

 

8. Sa mère : Faille spatio-temporelle, on adore. Qui ? Dites moi qui aurait pu imaginer la présence de Fiansomaan sur de la Funk en ces jours ? Soolking pour les ambiances lors du pont avant les refrains s’avère être quasi indispensable. À conseiller en voiture (ne roulez pas trop vite quand même). De quoi s’imaginer au bord d’une plage en ces temps frisquets. Et grosses pensées au gars qui s’est mangé la balayette et qui, malheureusement, n’est tombé que le lendemain. C’est totalement validé.

 

 

9. T’es une galère : Le mode storytelling est activé. Sombre histoire d’un personnage (j’espère fictif) qui ne passe pas franchement une bonne journée. Sans trop soûler, on plonge plutôt facilement dans ce récit. Le refrain est entêtant, et peut être facilement assimilé à quelqu’un de notre entourage, le fameux galérien qui n’a que des ennuis ; et si vous ne connaissez pas cette personne, c’est que cette personne c’est vous. Voilà tout. À noter la prod’ vraiment sympa d’Aribeatz, compositeur que l’on a pu voir aux côtés de Soolking et autres compères dans le passé. Fort bien.

 

10. Madame Courage feat Soolking : Mon coup de coeur. La complémentarité est mémorable entre les deux artistes algériens. Cette « Madame Courage » est en réalité des médicaments utilisés pour lutter contre la maladie de Parkinson, « ces pilules font perdre à ceux qui les consomment toute connaissance de la réalité. Ils sont l’une des causes qui poussent les jeunes délinquants à commettre des agressions et des meurtres. » comme très bien expliqué par nos confrères d’AlohaNews. Une belle image pour retranscrire le grand mal de toute une génération en Algérie. À noter que ces médicaments étaient utilisés par les forces armées algériennes lors de la guerre d’Algérie pour pouvoir exécuter certains ordres des plus hauts-gradés. Un thème peu abordé dans nos livres d’histoire, mais nécessaire à notre culture général. Vous l’avez bien compris, l’artistique est de qualité, le message aussi. Un sans faute magnifique.

« Triste est la surface, sombre est l’intérieur. Vivre les cauchemars, les rêves restent inférieurs »

11. Je fais la fête : Hymne à la solitude. Un texte très touchant qui dénonce le spleen de ces moments où la solitude prend le contrôle d’une vie sans vraiment se faire demander. Quelque chose de devenu assez banal au quotidien, mais qui peut s’avérer être très dangereux selon certaines physionomies. Le message est nécessaire et très bien dit, la prod peut se traduire un peu en décalé par rapport à l’ambiance du morceau, ce qui donne un bon équilibre, et rend peut être le morceau plus facilement perçu. J’aime beaucoup.

 

 

12. IDF feat Heuss l’Enfoiré : Va-li-dé. Si Heuss l’Enfoiré avait divisé suite à son passage dans le Cercle, pour le coup c’est un sans faute. Simple et efficace, bête et méchant, j’aime vraiment l’ambiance que ce morceau nous propose. Le refrain est TRÈS entrainant. Les couplets sont plus que maitrisés, une instrumentale totalement en cohérence avec le morceau. Zeg P aux manettes, parfait.

 

13. #Cpasdmafaute : Très bonne gimick en soit, mais le son est sans surprise, surtout à la suite des derniers morceaux. Place à un Fianso plus « classique », morceau carré tout de même, mais sans plus. Bakyl bien en dessous par rapport à son collègue. Proof à nouveau à la production, l’ambiance du morceau est moins bien géré que sur la globalité des extraits précédents.

 

14. Lundi : Incroyable morceau. Quelle prod’ signée Seezy, encore lui ! C’est très mélodieux, tout en étant efficace. Le morceau « Lundi » est sorti pour un clin d’oeil au fameux jugement de l’affaire de l’A3 qui se déroulait le lundi 22 janvier, jour de sortie de l’extrait exclusivement sur les plateformes de streaming. C’est un Sofiane blasé que l’on retrouve sur ce track. « Encore bourré d’hier », peut être une suite à « Je fais la fête ». Des paroles sensées, un flow terriblement efficace et une ambiance incroyablement maitrisées, Fianso passe et embarque l’auditeur dans un univers où le spleen règne. L’un de mes morceaux préférés sur ce projet.

 

15. Coluche : Seul contre tous. C’est le message qu’a voulu nous faire passer Fianso dans ce morceau qui clôture le projet. Et quelle clôture ! L’instrumentale est incroyable, la boucle du refrain est parfaite, le message est fort, l’interprétation puissante. Défendre ses convictions, ses valeurs, ses principes est sa priorité, n’en déplaise aux détracteurs, Monsieur Zermani fera comme bon lui semble et défendra toujours l’unité, quoi qu’en disent les médisants. On finit en beauté, c’est un magnifique finish, en espérant qu’il n’utilise pas trop souvent la moto comme moyen de locomotion.

« Tu t’souviens quand on parlait du pouvoir ?
Personne aurait prédit qu’on l’aurait… »

Bon projet, Fianso a pris des risques par rapport à ses projets précédents. Des morceaux réellement travaillés pour une véritable conception d’album, tous les morceaux ont leur place sur ce projet. Nous découvrons la partie « triste » de l’artiste du Blanc-Mesnil, des morceaux comme « Je fais la fête », ou « Madame Courage » ne me feront pas dire le contraire. D’autres portes s’ouvrent, son univers artistique s’élargit et plaît aux auditeurs. Le travail est très qualitatif. Seul hic, certains morceaux ne sont pas réellement surprenants et peuvent prendre place sur n’importe quel projet de l’artiste lorsque l’on écoute l’album d’une traite. Rien de bien méchant. J’adore les messages qu’à voulu faire passer Sofiane sur cet album, en parlant de spleen, de rue, de vécu, cela nous offre une belle approche de l’artiste, bien différente de ce qu’on avait pu voir dans le passé, les productions sont majoritairement excellemment travaillées. Malgré tout, si je devais ressortir un seul et unique mot de ce projet, ce serait « Unité ». Fianso s’adresse à tout le monde et prône la vie commune et le partage, ce qui apporte une vraie plus value au conducteur lors de l’écoute. Merci Sofiane.

15/20

chaves@vrairapfrancais.fr

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