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Chronique : Doums – Pilote

Retour sur le premier projet du rappeur de L'Entourage

Tout le monde connaît Doums mais personne le classe parmi les plus influents de son collectif. Dans la grande écurie de L’Entourage, on ne peut pas dire qu’il est le plus productif, mais il est toujours présent. Ce n’est pas lui qui va sortir un couplet exclusif à chaque freestyle Planète Rap de son équipe. Il n’est pas le numéro 10 de l’équipe mais plutôt le défenseur central longiligne qui va veiller sur ses coéquipiers. Il va monter au corner de temps à autres histoire de ne pas se faire oublier. Depuis 2010, cela s’est caractérisé par des projets avec Népal avec qui il forme le duo 2Fingz, des freestyles, des apparitions sur les divers albums des membres du collectif. Le 3 novembre 2017, Doums a sorti son premier projet solo, nommé Pilote. Ce n’est pas un album, comme il l’eut annoncé quelques années auparavant, mais un EP huit titres. Un format intéressant pour découvrir l’univers d’un mec qu’on n’a jamais connu en solo. Cinq morceaux où le parisien tient seul le vaisseau, trois avec des co-pilotes. Espérons qu’avec ce projet Doums soit aux yeux du public un rappeur à part entière et non pas le « pote de… ».

1. Intro : Diffusé en avant première par Colors, qui met en lumière de plus en plus de rappeurs francophones, ce morceau nous met gentiment dans le bain du projet. On se laisse bercer par la voix grave du MC et des douces notes de l’instrumentale. Ce son est loin des intro ultra-violentes, souvent pour nous faire oublier des « zumbas » derrière. L’entrée en matière est réussie. « On n’a pas bibi par choix, ne l’oublie pas p’tit frère »

 

2. Q.D.C. : Sur une prod de KLM, aka Népal, le grand parisien adopte deux attitudes différentes. Il est d’abord introspectif sur le premier couplet et le refrain, vient ensuite un second couplet plus égotrip. Les deux aspects sont satisfaisants avec un flow tranchant. La patte de Népal se ressent sur l’instru, un très bon son.

 

 

3. Zénith : Le second morceau a avoir été dévoilé par le MC sonne vraiment « Seine Zoo Records ». Des lentes notes de piano qui remplissent l’atmosphère, un BPM réglé autour des 110, des basses qui cognent autour d’un refrain chantonné. Non pas que ce soit déplaisant, mais ce morceau aurait pu aisément être placé dans l’album Destins Liés du $-Crew. Un morceau en soit pas forcément original mais redoutablement addictif.

 

4. Chronos : Atmosphérique. C’est le mot qui définirait le mieux ce son. Une autotune plutôt bien maîtrisée. En soit le morceau passe bien dans l’écoute du projet mais on n’est pas dans un temps fort. Belle prise de risque tout de même.

 

5. Dans le sang : Comme quoi les écoutes multiples d’un projet sont bénéfiques. J’ai trouvé ce morceau carrément inutile au premier abord, mais il est en fait excellent. Peut-être que le clip génial en 8bit y est pour quelque chose. Mais le refrain est hyper accrocheur, ça pue l’été et les cocktails. Hugz t’es en maillot sur celle là !

 

 

6. Oulala (feat. 2zer) : Assez mitigé sur ce son. Le passage chantonné qui introduit la partition est vraiment excellente et aurait dû se placer en refrain. Celui de 2zer est moins entrainant, le rapper dans un couplet aurait suffit. La prod est agréable mais n’a rien de transcendant pour une fois. La collaboration aurait pu être meilleure entre les deux MC de L’Entourage, comme le prouve leur couplet en passe passe sur « Fous la merde » dans l’album du collectif.

 

7. Pharaons Noirs (feat. Zuukou) : Encore une prod triple XL de la part de KLM. Doums surfe parfaitement dessus avec un refrain bien entêtant. Le mixage sur le couplet du rappeur de L’Entourage est vraiment excellent, cela met bien en avant le côté saccadé du 16. Après une partition parfaite du premier pharaon, c’est Zuukou qui prend la suite. Je reste assez mitigé sur son apparition, le flow est plutôt bon, nonchalant dans le style 667. C’est lyricalement que ça pose problème, les rimes ne sont pas assez tranchantes et parfois même pauvres. Plutôt dommage, mais ça n’enlève rien à la qualité du son qui est clairement l’un de mes coups de coeur.

 

8. Jeunes retraités (feat. Alpha Wann) : L’aisance d’Alpha Wann est vraiment édifiante, il ne rate jamais ses gammes en featuring. En attendant l’album, le membre d’1995 ouvre parfaitement ce morceau avec des schémas de rimes inédits, qui collent à merveille avec l’ambiance du morceau. Doums se charge du second couplet, lui aussi percutant. Mais ces frasques vocales ne seraient pas grand chose sans la nouvelle dinguerie de KLM, qui semble avoir réservé ses meilleures prods pour son compère de 2 Fingz. Une outro avec un solo de guitare électrique fort agréable pour clôturer le projet.

Du sang noir dans un cœur
Avec les valeurs de l’ancien temps
Et fuck les 35 heures, on veut la retraite à 35 ans papi

On connaissait Doums pour ses flows nonchalants pour chiller, percutants quand il faut découper. Mais l’épreuve qu’il fallait passer pour ne plus être « le backeur de Nekfeu » aux yeux du grand public était un véritable projet, avec des morceaux construits. L’épreuve est réussie, la fougue du MC s’adapte à merveille avec un format comme celui-ci. 8 titres alors qu’il est connu depuis 2011, c’est trop peu diront certains. Mais la consommation actuelle de la musique en général fait que ce format est vraiment adapté aux rappeurs comme Doums, qui ne sont pas au premier plan dans l’actualité rapologique. Mieux vaut garder un projet court mais cohérent, qu’un album trop long où seuls deux ou trois morceaux sortent du lot. Cela nous donne un EP de qualité, qui regroupe un peu tout ce qui caractérise les rappeurs de L’Entourage : du « boom bap » avec l’intro, des ballades avec Chronos, de fortes mélodies avec Zénith sur des instrus presque toutes excellentes. Pilote a une forte plus value au fil des écoutes, il va certainement rester dans ma playlist pendant de longues semaines. Ce projet montre que Doums a clairement une carte à jouer dans ce jeu interminable.

 

Note : 15/20

hugo@vrairapfrancais.fr

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