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CHRONIQUE: DOSSEH – YURI

"Yuri", premier album de Dosseh

Il aura fallu attendre 2016 pour que Dosseh se lance dans la cour des grands ! Après de nombreux projets -dont Perestroïka et Summer Crack Vol3 l’année dernière-, le MC d’Orléans vient de sortir son premier album intitulé Yuri. Et on voit que le petit frère de Pit Baccardi a fait ses griffes : une cover d’album très réussie et surtout une tracklist qui donne l’eau à la bouche en partie grâce aux énormes collaborations prévues dessus ! Espérons que Dosseh soit à la hauteur de ses ambitions…

 

1 / Afrikan History X : Quelle intro ! Une prod aux notes mélancoliques, contrée par la rancoeur de Dosseh sur un thème bien précis : la situation des Noirs : « Je viens du peuple le plus haï, je viens de la terre la plus salie » / « La nuit, je dors plus, me pose pleins de questions : je crois que les coups de fouets nous ont tué le caisson ». Le lien avec la magnifique cover de l’album ainsi que du titre -hommage au film American History X– prend aussi tout son sens : j’applaudis cette pertinence. Hâte d’écouter la suite !

 

 

2 / Yuri Barbarossa : « Je t’ouvre l’esprit en te fracturant le crâne, fais du biff en surfacturant le gramme ». Un titre énergique, tout en égotrip. Et malgré le fait que je suis loin d’être friande et réceptive à ce genre de morceau, je trouve que Dosseh est excellent dessus ! On rentre dedans, obligé de bouger la tête, le genre de refrain qui reste en mémoire toute la journée : en concert, ça va être bouillant, Barbaro-Barbaro-Barbarossa !!

 

3 / 25 Décembre : Whooua, quelle prod ! Mélancolique au possible : tout ce que j’aime ! Un titre sans refrain : un long couplet où le rappeur se livre, on apprend de lui. J’aime aussi ce côté virulent : Dosseh ne baisse jamais réellement les armes même s’il se confie un peu plus. Un flow qui évolue au fil de la prod qui fait qu ‘on ne se lasse pas. Un milieu de couplet un peu moins « puissant » que son commencement et son final. Très bon morceau.

« Porter une kippa en soutient à des feujs qui souffrent, moi j’y vois pas de problème : c’est pas ça qui va changer nos mœurs mais qui porte un boubou quand un négro meurt ? »

 

4 / Infréquentables (ft. Booba) : Une prod majestueuse pour accueillir les infréquentables du rap jeu ! Et même si l’annonce de cette collaboration a émoustillé la toile, ce n’est pas la 1ère fois que les deux rappeurs travaillent ensemble : et quand on compare « 45 Scientific » et « Infréquantables », on se rend compte que le rap s’est vraiment transformé en 6 ans ! Bref, le morceau est bon : Booba lancinant et blasé, Dosseh plus lourd que jamais qui démarre tellement bien son couplet ! Une connexion réussie qui fonctionne, tout en osmose.

 


 

5 / Solo : Un titre qui traite de la trahison, thème récurrent chez Dosseh : le rappeur est amer sur ce sujet « Combien d’entre eux m’ont déçu ? J’ai même peur de faire le compte… » rappait-il sur le morceau « Végéta » en 2015. Ici, toutes les relations sont pointées du doigt : amicale, fraternelle et amoureuse avec une seule finalité, « Et puis, on fini solo… »Bon titre.

 

6 / Coeur de pirate : Le genre de titre qui ne fonctionne pas sur moi : la prod ne me parle pas du tout, le délire non plus. L’histoire, on la connaît : une fille qui crame son gars infidèle via son téléphone, blablabla. C’est vu et revu et en plus, Dosseh ne fait pas en sorte d’être artistiquement original… Dommage, pour moi, « C’est plié, c’est plié ».

 

7 / Keblo : Il le fallait, pour avoir un album made in 2016 digne de ce nom : un titre afrotrap ! La prod est assez simple pour ce genre d’exercice, mais Dosseh fait le taf -surtout sur le pont- faut le reconnaître. Malgré ça, le titre ne me plait pas plus que ça, même pour me déhancher scandaleusement. On passe…

 

8 / Milliers d’euros (ft. Young Thug) : Nouvelle collaboration de choix et pour cause personnelle : j’adore le travail de Young Thug. C’est donc avec grand plaisir que j’ai regardé le clip dès sa sortie et j’ai été conquise : Dosseh n’a pas à rougir, le charisme, le flow, les punchlines, tout est là. Sublimé par la fluidité vocale de Young Thug, et un prod toute en volupté, un feat réussi !

 

9 / Le temps béni des colonies : Clin d’oeil assez sombre à Michel Sardou et à sa chanson « Le temps des colonies », Dosseh crache son amertume avec aisance sur une prod dans la même dimension: « Ramenez-moi le chien qui a parlé du temps béni des colonies que je le supprime ». Un texte militant, pointant du doigt ceux qui dénigrent l’Afrique dans son ensemble, un Dosseh que j’aime dans ce registre, malgré un refrain que je ne trouve pas aussi percutant que les couplets.

« La vérité c’est que si l’Afrique était une banque, il y a bien longtemps que l’Occident l’aurait vé-sau… »

 

 

10 / Abel & Caïn : Dans la religion, Abel et Caïn sont les fils de Adam et Eve. Caïn, le fils aîné, finira par assassiner son propre frère et deviendra donc le premier meurtrier de l’Histoire de l’Humanité. Très habile de la part de Dosseh d’en faire un storytelling -d’une écriture remarquable- se mettant à la place de Caïn, le temps d’un son, exécutant son frère de cœur, l’ayant trahis lors d’un business… Très bel exercice, rondement mené !

 

 

11 / Margiela : Name dropping de la Maison Margiela pour aborder le sujet du capitalisme personnel, ce devoir de réussir quand on connu la galère en étant enfant, cette envie de combler le manque matériel par tous les moyens: « Plus jamais les huissiers : je les ai vus tout vider chez mon vieux, lui laisser que son pieu ; Gros, j’étais médusé ». Un titre qu’on peut trouver superficiel si on l’entend, mais qui est vraiment profond quand on l’écoute. Très bon !

 

12 / Myah Bay : On revient sur quelques chose de plus égotrip, de plus léger dans les propos : sexe, soirées, voyage… La prod nous cueille, on y prend goût, « Cet été je vais à Miami ou au Myah Bay, Myah Bay, Myah Myah Bay ! ». Vivement cet été pour écouter ça sur la plage avec de gros cocktails !

 

13 / Putain d’époque (ft. Nekfeu) : Sûrement le titre qui attisait le plus ma curiosité car cette collaboration rassemble deux artistes aux univers bien différents. Et ce sont deux gros couplets que nous servent les deux rappeurs, pour notre plus grand plaisir. Tous les problèmes de notre société y passent : l’égalité, le racisme, le terrorisme…

« Laud-sa, je vais te dire quel est le blem : c’est que par les temps qui courent, se réveiller chaque matin est un cadeau hors de prix… »

14 / Marriott Hotel (ft. Tory Lanez) : Quelle outro ! Dosseh me tue à chaque fin d’album et celle-là est vraiment dingue ! En plus de l’excellente performance de Tory Lanez, la prod est grave et aérienne à la fois : « Chulvanij m’a signé sur Def Jam sans grande attente : je sais que l’industrie me respectera pas tant que j’aurais pas mis le roro dans la fente à sa tante ! ». Dosseh incisif comme toujours, contré par la douceur de Lanez : l’osmose est parfaite, pour atterrir tranquillement et terminer cet album. Très bon titre.

 

Un album très actuel, très tendance, dans l’air du temps mais en plus, Dosseh garde sa propre identité : avec toute son expérience en amont, répétée sur ses précédent projets, a su distiller le meilleur de ses capacités pour son premier album. Un album travaillé, où rien est laissé au hasard : tout est calculé et on ressent le côté perfectionniste du rappeur, on sent qu’il veut laisser le meilleur pour son premier bébé et j’apprécie beaucoup ce côté-là. J’ai adoré découvrir les différents titres, voir comment Dosseh allait me surprendre au fur et à mesure de l’écoute. Mise à part deux-trois morceaux auxquels je n’adhère pas du tout et malgré le fait que Dosseh n’est pas un de mes rappeurs favoris, l’album est vraiment bon, à la hauteur du travail fournit. Un album à écouter et à garder pour quelques temps.

 

NOTE : 16/20

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