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Chronique : DJ Weedim – Boulangerie française

Boulangerie Française de DJ Weedim, c’est tout chaud et ça sort du fourneau.

S’il y en a bien un qui ne passe pas 2015 à se tourner les pouces c’est l’ami DJ Weedim. Dans le même semestre, on a pu goûter à la sauce Weedim sur le projet de pas mal de têtes du rap francophone, notamment sur Plusss d’Infinit, l’Orgasmixtape vol.2 d’Alkpote ou encore Go Fast de Driver, rien que ça. 3 projets où le DJ est omniprésent. En attendant la future galette avec KSA (Eddie Hyde) ou bien l’Olympia aux côtés notamment de Big Sean et Rae Sremmurd à la rentrée on aurait pu s’attendre à ce que le type nous laisse respirer pour l’été…Que nenni ! Sortez les cahiers de vacances, le 22 Juillet DJ Weedim balancait sa mixtape gratuite Boulangerie Française sur Hauteculture.com, projet qui réunit les mecs les plus en jambes de 2015 ; à commencer par le MVP du semestre Joe Lucazz, le nouvel ambassadeur du Selfie Vald en passant par l’espoir Spri Noir ou encore l’homme à tout faire A2H. Et l’inévitable Alkpote  bien sûr.

 

 

1/ Alkpote – Tounsi Freestyle : L’empereur de la crasserie ouvre le bal donc, qui d’autre après tout ? Bonne entrée en matière, tout en lourdeur comme à son habitude. De la punch qui fait grincer les dents et une prod marteau piqueur. « La bonne nouvelle c’est qu’il y aura d’autres Orgasmixtape » bon ben ça déjà ça marque des points. Trop abouti pour n’être qu’un simple « freestyle » comme c’est annoncé dans le nom, un peu trop déstructuré pour un morceau classique. Une intro 2.0. Tounsiiiii

 

 

 

2/ Spri Noir -Le Meilleur : Je ne suis pas un grand fan d’Spri Noir je ne vais pas le cacher mais le morceau a vraiment quelque chose d’efficace ! Malheureusement son flow et ses lyrics sont quelque peu étouffés par l’instru, le rappeur mâche parfois trop ses mots, ce qui gène relativement à la compréhension. En demi-teinte, du coup.

 

 

 

3/ Joe Lucazz – Le Diable : L’auteur du très bon projet No Name a l’intelligence de ne pas se laisser oublier en attendant son prochain album annoncé. L’instru est habilement moins dense, et permet à Joe d’occuper le devant de la scène pleinement comme le maestro qu’il est. Couplets, refrain, Lucazz mène sa barque du début à la fin, du bon travail, et surtout le bon équilibre entre la touche de l’artiste et celle du producteur.

« Capsule de crack dans la joue droite
Puerto Rico près d’la couille gauche
A trop bruler d’pochons djo
Tu n’as plus d’empreinte sur le pouce gauche »

 

 

4/ Daddy Jokno -Update : Le fond n’est pas mal, mais je n’ai pas franchement été conquis par la forme. Le morceau n’est pas mauvais mais pas spécialement marquant. Plusieurs écoutes pour capter quelques références sympas !

 

 

5/ Biffty -Gouter : La surprise du chef. La dégaine de Norman fait des Vidéos et la voix caverneuse d’un Hugo TSR, peu nombreux sont ceux qui connaissait le membre du Patapouf Gang avant ce titre, je n’en faisais pas parti d’ailleurs. Un refrain qui résonne dans la tête, l’hymne de ton été, à écouter dans ta cave par contre. « LE BIFFTY C’EST LE MAÎTRE / LE BIFFTY C’EST LE BOSS!! » martèle-t-il. Qui a dit qu’il fallait soit forcément être des gros steaks comme Gradur ou Kaaris pour donner de la force aux gens ?

 

 

6/  Vald – Ecailles : Vald est un génie, Vald est naze, Vald n’a pas dit bonjour, Vald fait des selfies, Vald sort un clip sur Pornhub… A l’approche du second semestre Vald est partout, NQNT 2 en ligne de mire. Sur ce morceau qui emporte tout sur son passage, Vald est vulgaire comme d’hab, Vald a un flow qui rafale sur une instru qui arrache la tête, Vald régale. Et Vald parle de Vald à la troisième personne, aussi. On n’a pas fini de parler de lui.

 

 

7/ KSA – Baker Bwoy : Un refrain tout dans la sauvagerie qui alterne avec des couplets supposés plus techniques. Dans la performance c’est assez basique, dans le sens où ça n’a rien d’original surtout par rapport à ce qu’on peut entendre ces temps-ci. Une version bien améliorée d’un mélange Niska/Gradur/40K, sinon au niveau de l’énergie la mayonnaise prend sans problème.

 

 

 

8/ Jorrdee – Laisse pas rentrer les démons : Tu aimes ou tu détestes. Une prod’ ténébreuse transpercée par la voix nasillarde et grinçante de Jorrdee. Difficilement accessible pour la plupart des auditeurs, c’est un morceau vraiment intriguant, personnellement j’accroche. Cette voix c’est la force et la faiblesse de Jorrdee. Mais avec l’influence toujours plus grande sur les rappeurs français d’un Young Thug outre-Atlantique, pas impossible que ce genre de voix triturées deviennent monnaie courante dans les années à venir.

 

 

 

9/ B.e.Labeu – Mon style feat Alkpote :  Bon les flows ultra saccadés ça passe parfois de justesse mais la plupart du temps j’en ai ma claque. Lyricalement c’est pas la folie non plus donc bon ok le refrain rentre dans la tête, mais c’est à peu près tout. Pour avoir jeté un oeil à ce qu’a pu faire B.e.Labeu auparavant, je trouve qu’on ne ressent vraiment pas la créativité que l’on peut parfois distinguer dans ses projets. Même le passage d’Alkpote ne sauve pas les meubles, c’est dire.

 

 

 

10/ Jok’Air – La rivière du styx feat Mallaury : La voix chantonnante de la MZ en solo, ou presque puisque Mallaury apparait sur la fin du morceau. Un peu comme Maître Gims à une certaine époque de la Sexion d’Assaut, j’ai toujours trouvé que Jok’Air avait ce côté « numéro 10 » de son groupe, il alterne les flows et pousse la chansonnette à sa guise ce qui donne une autre dimension aux morceaux où il apparaît. Le côté édulcoré en moins, en témoigne le « J’suis dans cette p*te » répété X fois. Le morceau dégage une grosse vibe, surtout après réécoute.

« Ne me compare pas, ne mélange pas l’huile et l’eau
J’retourne le jeu comme Léo, j’suis l’élu comme Néo »

 

 

11/ Wacko -Google : Je n’ai jamais été particulièrement hermétique à l’autotune mais au vue de l’utilisation catastrophique qu’ont pu en avoir certains, il y avait parfois de quoi lever instinctivement son bouclier aux premières notes trafiquotées. Mais un peu à la manière de la 3D au cinéma j’ai le sentiment que depuis quelques temps l’emploi de l’outil est de mieux en mieux maitrisé, en témoigne le projet et l’ascension de PNL. Ben là, par exemple, le morceau est pas extraordinaire mais ça passe. Je sais même plus si c’est vraiment du rap mais au diable les catégories. « J’me suis perdu dans goooooogle », Des fois c’est bizarre mais… ça passe. L’OVNI de la mixtape.

 

 

 

12/ Dj Weedim – Décalage horaire feat Infinit, Aketo, B.e.Labeu : Une balade aux allures de G-Funk que n’aurait pas renié Aelpéacha. C’est assez surprenant d’entendre Aketo sur ce registre, qui avait déjà  collaboré sur un projet entier avec Weedim en 2014 pour Petits Meurtres Entre Amis, un son chill qui passe bien comme on dit. Planant, sans prise de tête.

 

 

 

13/ A2H – Ride feat Titan : La parenthèse ride se prolonge. Instru dense, parler de ride pour A2H ce n’est pas vraiment la prise de risque de l’année. Sinon le morceau est bon, les deux sont dans leur élément, on assure l’essentiel, on prend les 3 points.

 

 

 

14/ Riski (Metek) – Junkie : Une autre dimension. Je ne sais même pas si j’ai compris autre chose que « tiens toi droite ». Autant je suis très demandeur de créativité, d’originalité et de prise de risque dans la musique, autant je ne suis pas toujours friand de ce que peut faire Riski/Metek. Question de goût et de couleur sûrement… Mais là…on est pris au dépourvu, de tous les rappeurs du projet qui ont poussé la chansonnette, c’est de loin le track le mieux maîtrisé.

 

 

 

15/ Sidi Sid – Monsieur l’Agent : Dommage, on finit sur une moins bonne note. Ce n’est pas faute d’y avoir mis de la bonne volonté, mais le ton geignard autotuné pendant 4 minutes faut pas avoir mal à la tête. Pourtant tout n’est pas à jeter, ce personnage foncièrement malfaisant voire démoniaque n’est pas inintéressant. Je veux bien croire qu’il y a plus de fond qu’on ne pourrait le supposer au premier abord, mais ça coince.

 

 

On avait eu droit à un super projet de DJ avec Appelle Moi MC vol.2 de DJ Blaiz’, un bien moins bon avec DJ Skorp et son Red Devils, en voilà un formidable avec DJ Weedim et sa Boulangerie Française ! Formidable mais pas impeccable, quelques sons en dessous mais les gros bonnets ont tenu leur rang. Avec ses productions lourdes et pesantes, sauf quelques très rares accrocs, Weedim a trouvé l’équilibre nécessaire entre un DJ avec une identité et le MC qui pose sur l’instru. Il a auparavant étroitement collaboré avec bon nombre des artistes qui figurent au casting, pas étonnant donc de voir que l’adaptation à l’univers de chacun est souvent irréprochable. Il permet aussi de mettre sous la lumière des projecteurs quelques artistes méconnus, ce qui est toujours très louable chez les projets de ce genre. Du très bon boulot pour DJ Weedim qui confirme son statut d’homme en forme depuis un bon bout de temps.

NOTE : 15/20

tomlansard21@hotmail.fr

Tom, jeune et bien élevé. Sudiste et sans accent, le journalisme comme choix de vie le zin. On aime une mesure bien tournée comme un juron bien senti. De l’autotune sur les tartines le matin, les premières romances avec la nocturne le vendredi soir, pas peur d’aller s’enfoncer dans les abysses des suggestions Youtube. Tout a plus ou moins commencé avec Rohff, mais comme souvent les histoires d’amour finissent mal, en général.

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