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CHRONIQUE : Di-Meh – Focus, Vol. 1

Retour sur le nouveau projet du jeune rappeur suisse

Il y a quelques mois, lorsque l’on me parlait de la Suisse, je pensais chocolats de qualité supérieure, je pensais Cahuzac, je pensais horlogerie… désormais, je penserai rap. C’est de Suisse que débarque le collectif SuperWak, une clique qui déborde d’énergie et qui est en train de faire s’abattre la foudre sur le rap francophone. Parmi les artistes du collectif, on retrouve Di-Meh, rappeur à la technique millimétrée, dont la voix résonne depuis quelques années dans les recoins d’internet. Di-Meh est jeune, mais il n’a pas traîné pour faire bouger les têtes. En 2013, il en est déjà à son deuxième E.P, et sort le son « Ils s’branlent tous », l’originalité de sa voix et ses placements de rimes donnent le ton. Quelques clips et E.P plus tard, soit 4 ans, on le retrouve pour son nouveau projet, un 11 titres, nommé « Focus, Vol.1 ». Ces derniers mois, l’évolution de Di-Meh était prometteuse. Son précédent EP gratuit, Shine, ne pouvait que laisser nos oreilles éveillées, curieuses d’en entendre davantage. Ses derniers bangers commençaient à déchaîner nos corps. Lorsqu’il a sorti le morceau Focus, titre éponyme de son dernier projet, il fallait que la suite arrive rapidement…

 

 

1. Jeune Héritier : Di-Meh fait les présentations sur une prod planante, s’échauffe le vocoder, quelques notes de piano nous rappelle Focus, on y est. Mais au bout de 40 secondes, tout déraille… Oui, j’ai oublié un détail dans la présentation du jeune suisse : lui et sa clique, se transforment en ouragan une fois sur scène. Donc forcément, 43 secondes après le début du projet, le turn-up prend place, et vous êtes expulsés dans la fosse sans avoir le temps d’acheter votre prévente. Grosses lignes de basse, Di-Meh se lâche, « Sur la scène je vois un tel bordel, putain de merde je suis en flamme ». Je vous aurai prévenu, ce projet va être orienté pogo alors tenez bien vos casquettes Supreme.

 

 

2. Todo : Maintenant c’est certain, le vocoder coule à torrents dans les veines de Di-Meh. Son bonus à lui, c’est d’en varier l’utilisation, et de ne pas en abuser. Dans Todo, il nous répète qu’il lui faut de la mula pour l’encourager, sur un air rapide qui donne envie de danser comme Lil Uzi Vert. Il use de ces refrains faciles et répétitifs mais redoutablement efficaces, alors que les deux couplets sont travaillés pour que les phases rebondissent avec aisance sur le rythme. Le couplet de Di-Meh regorge de bonnes idées pour les schémas de rimes qui font varier le flow. Il pose ses phases rapidement mais le tout reste calme. Notamment grâce à un flow nonchalant et un pont avant le refrain qui vient nous bercer contre les douces mélodies de la prod, rythmées par un ensemble de basses efficaces.

 

3. Mauvais Oeil : Changement de style pour l’instrumental du morceau, on retrouve le grain de vrais instruments mêlés à des sonorités plus numériques, plus récentes. Le rythme est lent, Di-Meh glisse sur la prod, oscille entre voix naturelle et couplets sous auto-tune. Il est difficile de distinguer les différents couplets des refrains, la prod varie au fil du morceau. Ça déconstruit le tout et ça ne fait pas de mal à nos cerveaux formatés.

« Sur la scène, fout un tel bordel, putain d’merde, j’suis en flamme, oh man »

4. Focus : On arrive au morceau phare de Di-Meh sur ce projet. Lorsque ce son est sorti, accompagné du clip soigné par Natas3000, on a vite compris que le jeune suisse était passé à la vitesse supérieure. Quelques douces notes de piano, rapidement assommées par les fréquences graves d’une basse fracassante, qui propulse aussitôt Di-Meh dans un flow mélodieux. Les flows mélodiques s’enchaînent et se posent à merveille sur les notes de piano. Son couplet est entrecoupé de ponts, d’un refrain et d’adlibs qui rajoutent de la profondeur au morceau. Di-Meh nous montre que sa cuisine est très bonne, même sans auto-tune.

 

 

5. Benz (feat Slimka) : Après avoir écouté plusieurs sons de Focus, Vol.1, on se méfie quand le morceau commence calmement. Là, ça ne loupe pas, Di-Meh lance la prod au bout de quelques secondes avec un couplet au flow déterminé. Les drums cognent fort, Di-Meh tempère, il marque une pause, pour repartir encore plus fort. Ça abouti sur un refrain, ou les allitérations en ‘S’ rendent zinzin. Après ça, le premier invité de ce projet débarque, c’est Slimka. Lui, c’est pas le gars qui a une technique incroyable, mais il découpe les prods au hachoir de boucher, la lame aiguisée au vocoder. Il reprend l’allitération en ‘S’ dans son couplet qui glisse dans nos oreilles, au fil des différentes alternances entre flow brut et mélodies auto-tunées. Slimka ne suit pas non plus les structures classiques des couplets. Ce mélange de voix, de flows au sein d’un même couplet, Di-Meh et Slimka en ont fait une de leur spécialité.

 

6. Jabbawockeez : « Envoie de la trap ou de la boom-bap » clame Di-Meh en kickant dur dans ce morceau. Le rappeur Genevois fait ce qu’il sait faire de mieux : des très bons schémas de rimes et des placements précis qui nous amène un flow maîtrisé avec une aisance déconcertante.
Le son se termine sur un unique refrain, suivi d’une courte interlude musicale, sûrement pour faire une pause avant le morceau d’après. Il faut dire qu’on en a un peu besoin, surtout après cette prod très chargée. Mais on a tout juste le temps de boire une gorgée d’eau minérale que le prochain son se lance.

 

7. Hype (feat. Veerus) : Bien heureusement, on attaque le son par un refrain en apparence calme. Mais Di-Meh, c’est une usine à banger, alors il faut que ça soit plus puissant. Il hausse le ton et sa voix auto-tunée précède l’arrivée de Veerus qui termine le refrain. C’est une bonne surprise car Veerus  a pris la sale manie d’être très chaud depuis quelques temps (cf. Jacques Chirac avec Freeze Corleone). La prod est très énergique, Di-Meh rentre dedans avec un flow clamé haut et fort alors que Veerus tempère avec un couplet plus calme. Sa voix feutrée, presque cassée contraste avec celle plus aigu de Di-Meh, et c’est pas de refus à ce moment de l’EP.

 

8. Ennemis (feat. Népal) : La présence de Népal dans ce projet est presque logique. Ça fait plusieurs années que Di-Meh est proche de la 75e session, et il a surtout déjà fait 2 featurings avec Népal. On se souvient sans difficultés de Fu-Gee-La, le morceau à partir duquel Di-Meh est rentré dans la trap les deux pieds en avant, résultat = tacle à la gorge au rap français.
Les deux remettent le couvert et les couteaux sont tranchants. Certes, le morceau est moins entraînant que Fu-Gee-La, mais le flow rapide et précis de Népal laisse rêveur. C’est une habitude chez lui, le couplet est très carré, rempli de mystères et de références qui feraient pâlir Django. Il assure aussi le refrain, avec une voix très légèrement retouchée, ça fait robotique, c’est logique car c’est encore très carré.

 

9. No Stress : Après un couplet de Népal, y’a de quoi avoir des sueurs, donc Di-Meh nous rassure et nous calme, on en a besoin. Di-Meh pousse sur sa voix, l’adoucit, il se promène tranquillement sur la prod en suivant les courbes rondes de la basse. Le couplet est tranquille, mais la tête bouge quand même. Les ambiances en arrière plan rajoute de la consistance au morceau, sa voix est un instrument de plus ajouté aux pistes de la prod. Ça glisse tout seul dans les oreilles, faut pas oublier que Di-Meh, c’est aussi un Mec Chill, qui nous sert la un morceau délicieux aux courbes élégantes

 

10. Size : La boucle qui ouvre le morceau annonce quelque chose de lourd, elle vous collera aux oreilles jusqu’à la fin du morceau, accompagnée de lignes de basses bien rondes. C’est l’avant dernière track du projet, mais Di-Meh est toujours en forme. « Tu fais la pointure mais toi et oim , c’est pas la même size », il a peut-être pas tort… Di-Meh a un don pour cadencer le rythme de son flow et pour donner vie à ses morceaux. Même sur des prods très répétitives, il fait des variations de flow, multiples ponts, des mélodies à n’en plus finir… Di-Meh a de l’inspiration, et quand il expire, ça rugit comme on peut l’entendre dans ses backs survoltés.

 « Vous allez vous casser la nuque à c’t’heure, nous on n’a pas d’ennemis, my youth »

11. Agité : 11ème et dernier morceau de l’EP, on commence à connaître la recette : douce mélodie + grosse ligne de basse. Mais, dans ce morceau, Di-Meh frappe très fort, et ce dès l’ouverture du morceau avec un refrain que l’on a envie de chanter fort. Sa voix vient de loin, elle se pose sur une instru aux basses torturées. Il pousse l’auto-tune au profit d’une mélodie qui se retrouvent en filigrane durant tout le premier couplet, ce dont on tire facilement une certaine satisfaction à l’écoute. Au deuxième couplet, on retrouve la voix naturelle de Di-Meh, entrecoupées d’ad-libs et de bruitages au mixage impeccable.

 

Focus, Vol. 1 c’est un concentré de bonnes idées, de mélodies incroyables, de flows maîtrisés, qui nous arrivent de tous les côtés. Ça fait bouger. Beaucoup. Di-Meh ce n’est pas uniquement des bons couplets, des refrains qui mettent en forme, des ad-libs au style texan, des prods qui font mal au cerveau… C’est un tout, qui provoque un hochement de tête difficilement contrôlable. Et si certains abusent du vocoder et de l’auto-tune, Di-Meh en a fait ses grands atouts pour créer des mélodies à la fois douces et énergiques. Si les lyrics passent peut-être au second plan, ses couplets sont impeccables car il sait rythmer ses morceaux. Ses backs et ses ad-libs sont calés à merveille sur les prods. On sent qu’ils ont été travaillés, soignés, et tant mieux, car ça rajoute aux morceaux de l’intérêt et beaucoup de profondeur (sonore). Pas de doutes, Di-Meh est doué pour créer une ambiance unique dans ses morceaux. Mais malgré la qualités des prods, le projet souffre quelque peu d’un manque de diversité et d’un manque de continuité entre les titres. Ceci dit, avant d’écouter son projet, il est important de savoir qui est Di- Meh et de comprendre son goût pour le banger. Cette construction si particulière des morceaux et de ce projet n’est pas innocente. La SuperWak Clique aime la scène, et c’est réciproque. Ce projet est clairement destiné au turn-up en live. Les multiples pauses, les ponts, les prods qui commencent en douceur, les grosses lignes de basse, etc. Zéro doute, Di-Meh c’est une énergie brute, il est survolté. Certains risquent de salir leurs converses dans la fosse…

15/20

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